Depuis que j'habite dans le 93, j'ai appris plein de choses sur la banlieue.
Et d'abord, que les stéréotypes télévisuels et cinématograhiques, c'est un peu de la merde.
C'est vrai que si tu te branches sur TF1 à une heure de grande écoute, tu as des chances de voir des tours de
béton sinistres, des mémés terrorisées, et surtout des jeunes encapuchonnés qui dealent et qui molestent les braves citoyens de la France d'en bas, obligés de partager ces HLM pourris avec de la
"racaille" forcément d'origine immigrée (sinon c'est pas drôle et puis ça fait moins d'audimat).
Bon, ben là où j'habite, y'a déjà pas de tours.
Par contre, y'a des maisons avec des potagers, et plein de petits vieux qui se cassent le dos à ramasser leurs tomates. Et aussi plein de gosses de toutes les couleurs qui font du vélo et du
skate, même que les vieux qui jardinent, ça les fait râler. Et on a une floppée d'associations, aussi, les boxeurs Thaï et les femmes africaines, les peintres contemporains et les sans-papiers,
les amateurs de pêche à la ligne et les fans de rap. On avait même un local siglé "UMP", mais va savoir pourquoi, depuis les municipales, il est tout le temps fermé.
Enfin quand même, à quelques kilomètres, des tours, on en a.
D'ailleurs la seule fois où j'ai une eu galère là-bas, c'est quand j'étais infirmière à domicile. Ma collègue et moi, on est tombées en rade de bagnole comme deux pouffes, avec les trousses de
soins et tout le barda, et tous les petits vieux s'étaient mis à leur fenêtre pour se foutre de nous, les cons, pendant que la Clio crachait tout ce qu'elle pouvait et toussait comme un Grégory
Lemarchal sur le point de passer l'arme à gauche.
On n'en menait pas large, parce que nous aussi, on a vu La Haine et qu'on imaginait la faune du coin
embusquée derrière une cage d'escalier, prête à bondir et à nous dépouiller de tout ce qu'on avait, à commencer par cette voiture pourrie qui refusait de démarrer.
C'est là qu'on a vu s'approcher un groupe de "jeunes", avec les pantalons baggy et les sweats à capuches, un vrai
bonheur de cliché à la Pernault, une dizaine au moins, démarche nonchalante et chaloupée, mains dans les poches et téléphones portables braillant un hip-hop du niveau zéro de la
musicalité.
- Démarre, Thérèse, bordel, démarre!
- Je fais ce que j'peux, t'as remarqué? Si t'avais ton permis, tu pourrais l'ouvrir, ta gueule.
- Si tu savais conduire, on aurait pas calé!
- Si on avait des bagnoles normales au lieu de poubelles sur roues, ça irait p'têt bien mieux!
- Si ma tante en avait, on l'appelerait mon oncle! Démarre, putain de bordel de
merde!
Mais ça démarrait pas, ça faisait juste "uiiiiiii", un peu comme comme ton grand-oncle qui fait de l'emphysème et
que ta mère elle dit qu'il n'en a plus pour très longtemps (ta mère, elle dit pas ça par méchanceté, c'est juste parce que ton grand-oncle il a une vache de baraque à Nice et aussi un compte à
dix chiffres au Lichtenstein).
L'un des mecs s'est approché de la vitre passager, il m'a fait signe de la baisser, et j'ai obéi, parce que je le
voyais déjà en train de la défoncer avec une batte de base-ball.
- Vouiiiiii?
- Z'avez un problème, madame?
Madame.
Tu sais que ça me fait toujours un petit coup au coeur, quand on m'appelle "madame"? C'est là que je vois que j'ai définitivement dépassé
cette période de ma vie où on me prenait pour une élève infirmière, cette période pendant laquelle j'ai pu gruger sur la Carte Étudiant, cette époque où je trouvais les trentenaires péteux et
cons comme des manches.
- Ben c'est-à-dire que non, on n'a pas de problème, c'est la voiture qui en a un.
- Ah ouais, ça démarre pas, hein?
- Voilà, oui.
Il a fait le tour, s'est approché de Thérèse, qui lui a sorti son plus beau sourire (Thérèse, quand elle sourit
sous la contrainte, on dirait Jaws dans Moonraker, c'est pas très joli, et puis surtout ça fait peur aux enfants.
- Eh madame, c'est vot' batterie qu'est à plat, j'crois.
- Ben oui, je crois aussi, oui.
Le petit mec a appelé ses potes, qui se sont groupés autour de la Clio pourrie (dans ma tête de citadine, ça me
renvoyait l'image des lions qui encerclent la gazelle, parce que j'ai vu plein de documentaires animaliers sur la Cinquième, et je sais que quand ils te montrent ce moment-là, ben ça pue sévère
pour la gazelle).
J'ai regardé Thérèse et j'ai essayé de lui expliquer le coup des gazelles et des lions, mais tu parles, elle était
trop concentrée sur la clé, elle n'arrêtait pas de tourner cette foutue clé, et ça repartait pour un "uiiiiiiii" pathétique.
- Arrêtez, m'dame, vous allez la noyer, vot' voiture.
Le gars s'est tourné vers les autres, ils ont papoté deux minutes, et puis y'en a au moins quatre qui se sont
collés au cul de la voiture, deux autres sur les côtés et deux qui sont partis en éclaireurs sur la Dalle.
Le p'tit chef a dit à Thérèse:
- Nous, on pousse.
Thérèse, elle a la paupière qui a fait "tic-tic", deux fois, et elle a dit:
- Ah bon...
Et ils ont poussé.
Ils ont poussé vachement fort, pendant que les autres jouaient à la police de la route devant nous et demandaient aux gens de dégager le
passage.
Moi j'y connais rien, aux voitures, mais Thérèse elle a eu l'air de
savoir quoi faire, parce qu'assez rapidement, on a démarré pour de bon.
Les mômes ont poussé des cris de Sioux, ils étaient tellement jouasses qu'on se serait cru dans une scène de film
des années 80, pendant une surboum où Kevin fait du plat à Cindy sur une musique merdique et que les potes de Kevin l'encouragent en rigolant.
- Madame, ça roule, hein, ça roule! Z'arrêtez pas, madame, z'arrêtez pas, ça roule!
Pour rouler, ben ça roulait, ouais.
On est rentrées au boulot avec une demi-heure de retard et on s'est fait passer un savon par la connasse de service, mais on avait ramené
la Clio.
Cette cité, j'y suis retournée pas mal de fois, ensuite, parce qu'on avait au moins 70% de nos patients qui y
créchaient (la faute au RMI, au chômage, à Giscard, qu'est-ce que j'en sais, mais ils s'en seraient bien passé, tous autant qu'ils étaient).
Les gamins, on les a revus souvent. Une fois, ils nous ont aidées à descendre une mémé qui faisait un malaise et qu'on voulait
emmener à l'hosto. C'était pas vraiment comme dans Urgences, parce que ça faisait un peu bordélique et que la cage d'escalier était vraiment étroite, mais quand même.
Alors bon, tu vois, depuis, ben je suis encore plus certaine que la téloche, c'est de la merde.
et surtout il y a beaucoup trop de gens qui prennent trop ca au 1er degres et avalent tout ce qui leur est dit sans meme essayer de reflechir par eux meme... comme de bons vieux moutons... cons...
Hein?
Situation quasi similaire dans une autre banlieue, il y a quelques années. Mon ex qui me fait le coup de la panne. Non mais ça va pas bien !!! Y a plus glamour comme endroit.
A défaut de tête à tête, on a rencontré des mecs charmants, qui nous ont dépanné en 2/2. Et pas un geste déplacé, respect total. Ah les préjugés ! ;o)
(Sergai me manque)
C'était juste comme ça, en passant.
bisous!
C'est marrant, j'ai eu le même truc mais sur un parking de supermarché..
Ben les seuls qui m'ont aidé, c'est pas les familles avec leurs gros caddies, c'est pas les mémés BCBG avec leurs cabas sur roulette, non...Moi ceux qui m'ont aidé c'est un groupe de SDF rigolards qui faisaient la manche sur le parking et que tout le monde ignorait en passant avec des tonnes de bouffe...
J'ai rien trouvé pour les remercier de m'avoir sortie de la galère que de leur filer mon pain, mon jambon, mon fromage et mes bouteilles d'évian....
La plupart des gens ont la trouille d'y venir en vacances, je croise des gens complètement apeurés que ça en frise le ridicule, avec leurs clichés à la noix.
Quand tu expliques qu'en Corse on ne touchera jamais un gamin ou une femme, qu'un vieux c'est sacré et qu'on le respecte et qu'on ne le fiche jamais dans une maison de retraite ou dans un hopital, et que quand une personne est à l'hopital, tu as toute la famille qui campe à côté...
Quand tu expliques que la baraque qui saute, c'est pas du hasard, c'est juste que le gars, il n'avait pas de permis de construire ou bien qu'il n'a pas respecté la loi sur le littoral ou qu'il a filé des pots de vin pour l'avoir son permis...
Et que le mec qui ramasse une balle, c'est souvent un voyou, qu'on ne touche pas aux touristes, jamais...
Bien sûr y'a eu Erignac... mais c'est pas Colonna le tueur, on le sait tous, parce qu'en Corse, il n'y a pas de secrets nan plus. On sait aussi pourquoi il est mort ce pauvre gars...
Et puis on aidera toujours le gars dans le besoin, on sait donner un bout de pain et un verre d'eau au gars de passage et lui offrir un matelas pour la nuit. Trouve ça ailleurs...
J'suis qu'une rapeuse de la banlieue Corse avec ma casquette d'i Muvrini sur la tête. YEAH !!
T'as une baraque avec piscine?
Vendu, alors.
On est voisine alors (montreuil, romainville, bagnolet, saint denis...?). Moi tous les jours j'me dis que j'suis drolement fortunée de bosser dans ma petite asso du 93 en bas de ma tour de la grosse cité qui fait peur. Comme toi, moi aussi avec la musique j'essaye un peu de soigner les plaies.
La culture, ça fait mal à la tête !
Arte, c'est trop compliqué !
Parce que faut bien rigoler !
Cela dit, ça me rappelle ma mère qui s'était foutu dans un fossé avec le break 505 dans une allée du bois de Boulogne... les seulEs qui se sont bougéEs les miches, ce sont les brésiliennes... En 2 temps 3 mouvements, la caisse était sortie du trou...
On est tous les racailles de quelqu'un. Va te balader en sweat shirt à capuche, capuche rabattue, regard hostile, démarche Kaiser Sösé, dans le 9.2, tu verras les mamies changer de trottoir.
A essayer, c'est comique à voir.
A faire à plusieurs, c'est encore plus convivial.
Le monde est mal foutu.
N'empêche que ça m'a bien fait rire, et que j'y ai aussi reconnu une banlieue lyonnaise où j'ai vécu, banlieue dite sensible. Bien sûr il y a eu quelques incidents (voiture dans la piscine du quartier, incendies de voiture, agressions dans le bus), mais je n'en suis partie que parce qu'on détruisait mon immeuble, dans le cadre d'une politique de la ville "à taille humaine". "Humain", mes fesses (pardon), parce que personne ne voulait en partir, et moi y compris. Les jeun's avec leurs rottweillers me tenaient la porte quand je sortais mon pitt-bull bonzaï (un teckel nain).
Je regrette beaucoup ma banlieue.