Reviens, Léon...

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Mardi 18 mars 2008



Pas facile, chez moi, de regarder la télé.

Surtout quand Val, alias Sam Fisher, alias ma femme, est en pleine crise hormonale.

Drôle de truc, la crise hormonale.

Ca revient tous les mois, ça fait pousser des boutons sur la gueule des femmes (sauf l'emmerdeuse, car l'emmerdeuse n'a jamais de boutons), ça les rend littéralement hystériques (sauf l'emmerdeuse, car l'emmerdeuse n'a pas besoin d'hormones pour être en permanence hystérique) et ça transforme une poitrine classique (disons "90 B") en pare-choc de luxe digne d'une Lara Croft ou d'une Pamela Anderson porteuse d'implants taille XXL (sauf l'emmerdeuse, qui assure son 90 C de façon naturelle et 365 jours par an).

Donc, certains jours, Sam Fisher se transforme en une gironde et plantureuse fille de ferme souffrant d'une petite poussée d'acnée ainsi que d'un léger trouble de la personnalité.

Alors évidemment, quand on veut regarder quoi que ce soit à la télé à ce moment-là, mieux vaut prendre un minimum de précautions et s'assurer que le fauve hormonalement dopé n'est pas dans les parages.

Hier soir, je me faisais une joie de regarder Lundi Investigation, sur Canal Plus, parce que la soirée était consacrée à une enquête très sérieuse sur les OVNI et que moi, j'ai grandi avec E.T l'extraterrestre et j'ai vu Rencontres du 3e type une vingtaine de fois, sans compter toutes les vagues d'invasion alien que j'ai admirées sur grand écran.

Nous voilà donc installées sur le canapé , l'émission commence, et la première demi-heure se passe carrément bien.

Les journaleux se baladent de base aérienne en Ministère de la Défense, interrogent des contrôleurs aériens et des pilotes de chasse (là, j'étais en plein croisement de Top Gun et d'Independance Day, Pete "Maverick" Mitchell rencontre Roy Neary), nous montrent des photos d'archive couvertes de points lumineux et des films amateurs à côté desquels Plan 9 from outer space fait office de chef d'oeuvre.

Juque là, Val s'est contenté de sourire ironiquement:
- Quand je pense qu'on met du fric dans des organismes d'Etat qui ne servent qu'à enquêter sur des pôv' taches lumineuses au-dessus de Roissy...
- chut!
- Ah, pardon.

Et puis la deuxième partie du documentaire déménage l'équipe en Norvège.

Et là, tout bascule.

On nous présente un petit village typique, quelque part dans le trou du cul des fjords, un petit village bien tranquille, le Walnut Grove vicking, quoi, qui est depuis trente ans la capitale des phénomènes lumineux aériens inexpliqués.
On nous présente aussi quelques habitants du coin.
Dont "Rutt", qui a vu des engins bizarres décoller au-dessus de la vallée.
Rutt, une créature dont on peut éventuellement imaginer que c'est une femme, mais c'est difficile à dire, parce qu'elle ressemble en même temps à Maïté, à Raymond Barre, à Guy Carlier et à la femme à barbe.

C'est à ce moment-là que Val part en vrille.

- Hiiiiiiiiiiiii! Putain, t'as vu ça? Non mais vraiment, si y'a des petits hommes verts au-dessus du village, ils vont pas rester longtemps, crois-moi, ils vont retourner vite fait sur Melmak en hurlant!
- Mais chut, quoi!
- Mouahahaha! Snif...snock...pardon....

Les caméras s'installent ensuite en pleine nuit au sommet d'une montagne, où une équipe de chercheurs fait du camping sauvage pour essayer de choper un petit gris en flagrant délire.

- T'as vu? T'as vu? Ils ont construit des chiottes en dur! Et ils les ont équipées avec des ordinateurs "Yakashié"! J'y crois pas! Mouahahaha!

Val se met alors à sous-titrer les dialogues entre pilotes extraterrestres, en direct.

- Marcel, hé Marcel! Regarde en bas cette grosse bande de connards!
- P'tain, y'a la télé française! Refais un passage, refais un passage!
- Par les couilles de Jupiter, j'espère qu'ils ont emmené Jean-Pierre Coffe!
- Ah ouéééé, trop fort, "c'est d'la meeeeeerde"!

Le reste est du même tonneau, faut dire: On rencontre un scientifique norvégien en chemise à carreaux et gilet de cuir sans manche, tout droit sorti des Aphrodite's Child et qui se met à nous montrer tout le matos que l'armée a installé dans la vallée pour surveiler les apparitions lumineuses.

Chez Val, c'est le délire:

- Arrrghhhh! Demis Roussos habillé comme Charles Ingalls! Putain c'est collector, ton truc!
- Mais merde, tais-toi!

Zoom ensuite sur un fermier du coin, encore un clone de Demis Roussos, avec une casquette de trappeur en peau de fion de castor sur la tête et qui s'exprime un peu comme dans une pub pour les yaourts "Fjord" de Danone, mais en version originale.

Val se met à braire.
Littéralement.

C'est là que je craque, que je saisis tous les coussins qui me tombent sous la main et que je tente un étouffement par derrière.

Val hulule "Téléphone maison, téléphone maison", sa voix est un peu déformée par le tissu que je lui enfonce dans la bouche mais je reconnais bien les mots.

- Putain on avait dit qu'on touchait pas à E.T! Tout, sauf les mères et E.T!
- Maiiiisoooon!
- MAIS TU VAS LA FERMER, TA GUEULE?

Voilà.
Je ne me souviens plus très bien comment tout ça s'est terminé.
Je crois que les journalistes partaient aux USA pour interroger des habitants de l'Arizona.
Mais là j'ai dû éteindre, parce que si j'avais laissé l'occasion à ma femme de voir une brochette de ploucs en pantalons à franges et chapeaux de cow-boys en train de glapir "Yiiiiii-Ha" près d'un cactus, on aurait basculé dans l'homicide volontaire.

Putain d'hormones.
Publié dans : Le Nidouillé
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