Reviens, Léon...

back.gif
Lundi 31 mars 2008


Hier matin, mon chef dépose du courrier sur mon bureau.

C'est très rare, hein, d'habitude je vais le chercher moi-même dans ma banette, mon courrier. Quand Big Boss le fait à ma place, c'est, au choix:

- Parce qu'Ahmed a glissé, entre deux lettres de médecins, une feuille toute pourrie avec dessus "L'emmerdeuse, tu pues autant des pieds qu'un coureur de fond après le marathon de New York" et un affreux gribouillage (deux pieds stylisés et une mouche morte)
- Parce qu'il y a une invitation quelconque à un pince-fesse médical officiel, et qu'il (mon Boss) se propose tout naturellement de me remplacer au vu de la charge de travail qui s'accumule au-dessus de ma petite tête (les petits fours et le champagne sont d'ordinaire plus que potables au service santé de la Mairie).

Mais ce matin-là, point de gribouillis puéril, pas non plus de carton municipal.

A la place, une feuille (papier glacé) colorée, limite flashy, avec un en-tête en gros caractères bien gras:

"Crise cardiaque: Que feriez-vous?"

- On a reçu ça par la poste.
- C'est quoi?
- J'en sais rien, j'ai pas tout lu, mais ils disent qu'il ya un pourcentage non négligeable d'accident cardiaques sur les lieux de travail, ça mérite d'être étudié attentivement par votre pomme, vu que vous êtes notre seule infirmière.

Là, je vois un peu où il veut en venir: Il a quinze bons kilos en trop, il picole et il fume comme un pompier.
De là à se faire des films et à vouloir prévenir plutôt que guérir...

Alors je prends la feuille et je lis, m'attendant à une sorte de circulaire du Ministère de la Santé, un avertissement pour tous les paramédicaux en poste, ce genre de truc.

Macache.
Walou.
Que dalle.
Ministère? Nowhere.

Par contre, un numéro vert pour contacter une boîte. L'adresse du site web de ladite boîte. Et cette phrase qui tue:
"En France l'arrêt cardiaque représente près de 200 décès par jour! 1 minute perdue=10% de chances de survie en moins!"

C'est une pub.
Une vulgaire pub.
Mais pas pour n'importe quel produit, non.

Pour un défibrillateur semi-automatique.

Oui.
Pour 1500 euros, ils vous livrent un def' avec son coffret mural et sa "signalisation normalisée".

D'ailleurs ça veut dire quoi, "signalisation normalisée"? Que vous collez un panneau avec "En cas d'arrêt cardiaque, brisez la vitre"?
Ben oui.
Exactement.

C'est vrai qu'avec le Décret du 4 mai 2007, tout le monde est habilité à utiliser un defibrillateur semi-automatique. C'est la loi. Comme le dit la pub:
"Maintenant, tout le monde peut sauver une vie!".

Et le tract enfonce le clou: "Sans défibrillateur, auriez-vous vraiment tout mis en oeuvre?"

Histoire de bien culpabiliser le chef d'entreprise: Si t'avais acheté le HS1 Kit, connard, monsieur Machin (le pilier de la machine à café) n'aurait pas bêtement claqué comme une carpe asphyxiée sur un quai du port de Marseille! T'as vu? Non mais t'as vu, la connerie que t'as faite, imbécile! Tout ça parce que t'as pas voulu débourser 1500 malheureux euros! T'es vraiment une merde.

Je lis donc le machin jusqu'au bout.
Et puis je le rends à mon chef.

- Alors?
- Alors? Ben c'est vous qui voyez, c'est pas à moi de décider ce qu'on fait du budget.
- Mais ça peut être utile ou pas?

Je relis le papelard.
Ils disent que "des instructions claires émises par une voix naturelle guident l'intervenant pas à pas dans les étapes de la défibrillation d'urgence et de la réanimation cardio-pulmonaire. Le choc est délivré uniquement par appui sur un bouton, sur l'invitation de l'appareil".

J'imagine alors une voix "naturelle" d'audiotel porno en train de "guider" Nico pendant qu'il tenterait de charger la machine:

- Oui...oui...comme ça...Appuyez sur le bouton...Mmmm...titillez le rhéostat, là, à droite...mmmm...effleurez les palettes...oui, comme ça...

Est-ce que ça me rassure?

J'imagine, le temps d'un soupir, Ahmed en train de me courser entre l'infirmerie et la salle de réunion, les palettes à la main, le bordel gonflé à bloc (150 joules, quand même) et criant "Attends, cousine, attends, on va voir s'il marche, ton machin!".
J'imagine encore Titi essayer de défibriller le Boss, s'énervant comme d'habitude, tremblant de tous ses membres, insultant la voix électronique de la machine ("J'ai compris, connasse, tu la fermes ta gueule?") et finissant par se prendre elle-même 250 joules dans les plombages (tachycardie ventriculaire).
J'imagine encore Alex grillant les miches de Momo et le finissant à coups de pieds parce qu'il n'a pas eu de rab' à la cafétéria (fibrillation ventriculaire).
J'imagine, enfin, le bastringue tombant en panne à l'heure H, un couillon attendant l'invitation mécanique qui ne vient pas, qui ne viendra jamais...

Je regarde mon chef.
Je secoue la tête.

- Je crois que ça le ferait pas.
- Z'êtes sûre? Ils ont l'air de dire que c'est fréquent, les arrêts cardiaques au boulot...
- Je sais pas. Je le sens pas.
- Ben pourquoi?
- Voyons...essayez d'imaginer l'engin entre les mains d'Ahmed. Entre la clope et le café. Disons que le bidule zappe 200 joules à chaque pression sur le bouton. Maintenant imaginez que la clope ou le gobelet de café menace de tomber. A votre avis, la priorité d'Ahmed va au café, à la clope, ou à l'appareil à 1500 euros sur le bouton duquel son petit doigt boudiné est appuyé?

Il me fixe pendant une bonne minute.

Et puis il froisse le prospectus jusqu'à n'en faire qu'une boulette bien tassée, le balance dans ma corbeille, loupe son tir, me lance un regard glaçant parce qu'il sait que je vais faire un commentaire, tourne les talons et sort de mon infirmerie.

L'infirmière: 1 
La machine infernale: 0.







publié dans : Tronches de vie
ajouter un commentaire commentaires (23)    créer un trackback recommander
Lundi 31 mars 2008



La célèbre Glory Hole a pris son courage à deux mains pour rédiger un appel à l'aide et le glisser dans une bouteille (de vodka?) afin qu'on nous sorte d'une merde dans laquelle nous sommes, elle et moi, plongées jusqu'au cou.

Nos femmes sont sportives (on vous l'avait déjà dit).

Ce qui, en soi, n'est pas un problème (c'est bon, d'avoir une compagne taillée comme une gymnaste, avec les carrés de chocolat et tout, ça vous pose une femme, vous passez un peu moins pour la minable qui n'arrive à séduire que des thons comme elle).

Sauf quand elles décident que nous devons nous y mettre à notre tour.

Mme Glory a un planche à abdos sous son lit.
Ma copine à moi possède un rameur.
Mme Glory nage comme Laure Manaudou.
Ma copine fait trente longueurs finger in the nose pendant que je coule comme une merde dans le petit bain.
Mme Glory hésite entre les GR20 et les GR100.
Ma copine à moi crapahute jouissivement en plein Atlas avec une mule (l'animal, pas moi, même si y'a des points communs).
Glory , elle, rêve de vacances  en tongs dans le Sud, à siroter des Mojitos.
Moi je rêve de vacances en tongs n'importe où, à siroter n'importe quoi (et bientôt, je pourrai écrire "cirrhoter des coktails).

Alors depuis des jours et des jours, on cherche une solution.
Pour sortir du cercle vicieux "piscine-vélo-Koh Lanta-hôpital".

Ben j'ai trouvé un argument.

Un argument de merde.
Tout pourri.
Pas du tout objectif, pour changer.
Complètement bancal, bourré de stéréotypes et de mauvaise foi.

Mais on s'en fout.

Alors pour ce que ça vaut, on pourrait dire ceci:

Le sport, c'est pas seulement la culture de l'effort jouissif et désintéressé, la franche camaraderie (Rahhh, ces amicales et attendrissantes parties de "chat-bite" dans les vestiaires après les douches!) et le lacher d'endorphines salutaires qui suit la douleur intense masi volontairement provoquée.

C'est aussi la connerie à l'état pur, la bave aux lèvres du débile vautré dans son canapé avec sa bière, le bide gras et débordant d'un jogging taché d'huile d'olive (la faute aux anchois de la pizza dégoulinante commandée chez Pizza Pute), l'érection instinctive du beauf amateur de bonne musique (Sardou et Barbelivien, parfois aussi les Petits Chanteurs à la Croix de Fer et leur reprise émouvante d'Haili Hailo) devant le but magistral marqué par un trisomique incapable d'aligner plus de trois mots mais payé 100 000 euros par mois, les discussions hautement intellectuelles des fans de gazon boueux ("Meuarghhh, Zizou! Blêêê, Cissé! Aarff, Henry!"), les dimanches de rêve passés en meute sur une pelouse miteuse de quatrième zone, à courir comme des clébards en rut derrière un pauvre ballon cousu à la main par des petits Chinois de cinq ans, à s'interpeller virilement entre deux tacles:

- Ho Marcel, enculé! Vas-y, la passe, la passe!
- Putain, Robert, fais pas ton pédé, plonge sur ce ballon!
- Allez, les mecs, montez que vous avez des couilles, venez un peu me la prendre, la balle!
- Bon, on fait la pause, bande de tarlouzes? Y'a les connasses qui nous attendent sur le banc de touche avec le Ricard!

Toujours cette poésie dans le vocabulaire, ce besoin viscéral de bien faire comprendre "qu'on est pas des tafioles" (ce qui n'empêche pas de se claquer des mandales viriles sur le cul à la moindre occasion). Et puis l'apéro, bien sûr, l'apéro avant le match, l'apéro pendant le match et l'apéro après le match, parce que le footeux de base n'est rien sans ses 4 grammes dans le sang.

Alors mesdames nos z'amours, si vous pensez que le sport, c'est Mens sana in corpore sano, je vous signale que parfois, ça peut dégénérer en Mens sauna in corpore salaud .

La preuve?

Une banderole sobre, chic et de bon goût déployée par nos amis les footeux du Kop Boulogne pendant leur dernier match de merde (PSG - Lens, tout un programme) dans leur stade pourri: «Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les ch’tis".

Voilà.
Voilà...

Quoi?
Comment ça, j'ai convaincu personne?

Attends, attends...

Sam Fisher, femme de ma vie et athlète accomplie, est un modèle de droiture et de probité, c'est entendu.

Quant à moi...

Je n'ai jamais rien prétendu de tel.
 



publié dans : la Boîte à cons
ajouter un commentaire commentaires (17)    créer un trackback recommander
 
blog consomateur sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus