Benito Zambrano a réalisé un putain de film, avec son « Habana Blues »…et ravivé des tonnes de souvenirs, à travers cette histoire de musiciens fauchés qui ne rêvent que de partir vers l’Eldorado européen .
Merci, Benito, pour les odeurs de La Havane, ce mélange inimitable de palmes pourries, de viande qui grille, d’ordures oubliées sous un soleil de plomb, de sel marin, de cumin et de laurier, des parfums bon marché dont s’aspergent les femmes, de sueur, et de bouffe, encore, oignons en train de frire dans une arrière-cour minable, sucre de canne qui roussit au fond d’une poêle noircie, mangues et goyaves trop mûres. Et les fleurs, ces millions de fleurs de bougainvilliers qui vous font tomber amoureux ou gerber, tellement leur parfum est capiteux et sucré.
La saveur du vent, le soir, quand il souffle dans les palmes et les fait bruisser comme les commères qui papotent devant les maisons, langues de putes au grand cœur, toujours en train de te tailler un costard dans le dos, mais qui partageront avec toi jusqu’à leur dernier concombre racorni.
La cadence de ces nuits, nuits chaudes, moites, si vivantes avec la salsa, le son et le guaguanco en bruit de fond, rythmes scandés par des milliers de vieux tourne-disques ou ghetto-blasters des années 70, montant de chaque appartement, de chaque bicoque, et les lueurs intermittentes des téléviseurs tchèques ou soviétiques, tous calés sur le même canal, celui qui diffuse la « telenovela », et tous les voisins rassemblés dans le minuscule salon de celui, ou celle, qui a la chance de posséder un vieux poste, une bière à la main, ou un verre de mauvais rhum, parce que le bon rhum, le vrai, le Havana Club, personne ne peut s’en payer ne serait-ce qu’un verre…
Et le front de mer, le Malecon, cette longue promenade qui sépare la ville de l’océan, avec sa digue rongée par le sel, ses couples d’amoureux enlacés, ses vendeurs de cacahuètes qu’on appelle « maniseros » et qui marchent d’un pas tranquille en agitant leurs petits sachets et en criant « mani ! mani ! » pour attirer le chaland.
Et nos vieilles bagnoles, ces monstres made in USA qui tournent avec des moteurs de Lada…
Et malgré tout ça, Benito, malgré l’amour infini que tes personnages ont pour nuestra Cuba, tu nous balance la réalité en pleine figure, le seul désir des compañeros cubanos : s’arracher de cette puta isla, à n’importe quel prix.
J'en reviens pas...j'deviens poète...pas une trace de cynisme désabusé ou d'humour noir dans cet article...
Je dois couver quelque chose, moi.
http://wwws.warnerbros.es/movies/habanablues/