« La sonnerie stridente du réveil m’arrache au sommeil »….
Combien de fois ai-je lu cette phrase, dans combien de romans, de nouvelles ? C’est devenu un cliché, ça, « la sonnerie stridente du réveil »…qui en plus vous « vrille les tympans »…à classer dans la même catégorie que le « glouglou de la cafetière » et le « soleil qui caresse l’oreiller »……catégorie des stéréotypes matinaux…banalités du saut du lit.
- Salut, ça va ?
- Pas très bien, mon réveil m’a vrillé les tympans ce matin.
Non, l'autre matin, c’est une agréable petite musique qui, tout en douceur, me détache des bras de Morphée. Avec délicatesse, avec légèreté. Ce sont les millions de gouttes de pluie qui finissent leur course sur les carreaux de la fenêtre. Elles viennent mourir avec classe, elles ont le tact de ne pas se crasher brutalement sur la vitre. Au contraire, elles s’y déposent avec une souplesse toute humide, ça me fait comme une caresse liquide à l’âme…
Ouvrir un œil…tout collé encore, les paupières ont du mal à s’extraire de leur long baiser nocturne. Et puis ouvrir l’autre. Hou, ça scintille, ça picote, c’est tout blanc, c’est chantilly sur lit de grisaille…c’est la lumière voilée d’une aube hivernale.
Bonjour, bonjour…
Y’a une couette toute chouette qui a posé ses longues ailes blanches sur mon corps, elle m’enveloppe amicalement. Pas envie de me tourner, pas encore. J’aime me perdre un peu dans le blanc du plafond et me dire que c’est l’Antarctique, écouter le vent et tailler une bavette avec les manchots…
Je me tortille sur le côté en m’étirant. J’aime bien faire le chat, le matin. La félinité matinale est le luxe des lève-tard…
Je tends le bras, arf! quel effort, pour allumer la radio. Envie de musique, ouais, un peu de musique douce, siouplé, quelque chose qui berce, un truc qui colle bien à cet instant de grâce...
Evidémment, je tombe sur le "flash infos".
Maurice Papon a cassé sa pipe.
Pas en taule. Pas dans une cellule. Pas en tant que condamné pour "complicité de crime contre l'humanité". Non. Dans son pieu. Chez lui. Avec, sans doute, enfants et petits-enfants autour de lui. A moins que ceux-là n'aient eu un sursaut...allez savoir...un sursaut de quelque chose d'indéfinissable...serais-je allée veiller mon grand-père s'il avait été "complice de crime contre l'humanité"? Pas évident, comme question, hein? Pas évident non plus, sans doute, de s'appeler Papon aujourd'hui...
L'avocat du père Maurice hurle à qui veut l'entendre qu'on enterrera son client avec la Légion d'honneur...décoration remise par le grand Charles, en 1962...grande année pour Maurice, 1962, tiens, une année sans massacre d'algériens, sans déportation de juifs, sans faux certificat de résistance.
Allez, soyons quitte avec Papon...Laissons punaiser à son cadavre déjà faisandé cette breloque vide de sens (après tout, il la partage avec Pascal Sevran, Johnny et plein d'autres héros français)...rebaptisons-la seulement "Légion d'Horreur". Et qu'il en soit titulaire pour l'éternité, tiens.
Merde...Ma belle matinée est foutue.






