Lundi 17 décembre 2007
Mettez-vous deux minutes à ma place, voulez-vous?
Quand on est petite-fille d'immigrés, même pas née sur le sol français mais sur une petite île qui réussit l'exploit d'être l'une des dernières dictatures staliniennes de la planète, quand on a des grands-parents maternels venus dans le "pays des Droits de l'Homme" pour fuir les pogromes antisémites des buveurs de vodka, et des grands-parents paternels dont les propres parents n'étaient que du bétail à vendre sur la place du marché, quand on a une hérédité pareille (hérédité de merde, me dis-je parfois), ça veut dire quoi, "la France"?
Ben pour être honnête, moi je suis un peu conne. Mais je l'assume.
Moi, arrivée ici à l'âge de cinq ans, j'ai grandi avec Casimir, Dorothée (voui je sais...personne n'est parfait) et pis Renaud, Voltaire, Les Rita Mitsouko, Rousseau, l'image de De Gaulle qui rachetait (un petit peu) celle de Pétain, les engueulades monstrueusement jouissives de "Droit de réponse", la naissance des radios "libres" comme autant de voix qui créaient un joyeux bordel sur la bande FM, les livres de Valérie Valère, Gainsbourg, les reportages de guerre qui donnaient la gerbe mais ouvraient les yeux, l'info traquée et expliquée par de vrais journalistes (parfois), un Président respecté à défaut d'être vraiment respectable, un autre qui avait au moins la décence de piquer dans la caisse avec discrétion, des "dérapages" qui faisaient descendre un million de personnes dans la rue, des manifs à gogo (justifiées ou pas), des gens qui ouvraient parfois leur gueule pour autre chose que servir la soupe, et tout ça avant l'invention du web, des blogs et même du téléphone portable, dis donc!!!!
Je me disais, putain la chance!!!
Alors évidemment...
Pour la conne que je suis, à votre avis, ça fait quel effet, la France du 17 décembre 2007?
Bien sûr, elle n'est objectivement pas vraiment pire que celle de 1987 ou de 1997.
Evidemment, y'a toujours eu des pourris ici et là, des SDF dans les rues, des secrets d'alcôve, du fric détourné et des Français grugés, des guerres, la faim dans le monde et Drucker à la télé.
Et pourtant.
Je sais pas, ça doit être l'approche des fêtes, mais j'ai quand même cette sale impression.
L'impression d'être un peu plus qu'avant dans une "Ripou-blique". L'impression de ne voir, à la télé, que des clones de la Star Académy, des Johnny, des Florent Pagny et des trépanés chroniques. L'impression de n'entendre que de la pub quand j'allume la radio. D'être prise pour une (grosse) conne en permanence. De lire des chiffres au JT de 20 heures, entre la poire et le fromage, qui me disent qu'il y a officiellement plus de 7 millions de pauvres en France. Et puis de passer, immédiatement après, à la seule info du jour qui vaille: la nouvelle putain de la République et son mac d'un mètre douze. De n'entendre, de ne lire, de ne voir, que des "penseurs" autorisés et estampillés "sarkoziquement correct" comme Alain Finkielkraut. De ne voir personne broncher quand ledit Finkielkraut utilise ce qui lui reste de cerveau (car jadis il en eut un, brillant de surcroît) pour nous pondre des bouquins plus réacs les uns que les autres, applaudi et encouragé par cette clique de pseudo-intellos qui seraient bien mieux à faire des concours de pets dans le Loft qu'à l'Académie Française (Ah, Madame Carrère d'Encausse et ses déclarations tout en finesse sur les Noirs et les Arabes!). L'impression d'être passée d'un humour provoc' mais pas con (Desproges) à un humour con-sensuel ras la bite (plaisir jamais épuisé du "lâcher de salopes" qui fait hurler Sarkozy de rire), un humour de beauf lobotomisé, dans un pays que, parfois, quand je suis crevée ou mal lunée, j'ai du mal à reconnaître.
Putain, j'avais cinq ans quand je suis arrivée...
Allez...je la fais, ma crise d'ado de 21h15?
Nan...
Si!
Nan....allez....
Mais si....
Des fois, quand je suis vraiment fatiguée, je me dis que quand j'avais cinq ans, je m'ai planté.
Quand on est petite-fille d'immigrés, même pas née sur le sol français mais sur une petite île qui réussit l'exploit d'être l'une des dernières dictatures staliniennes de la planète, quand on a des grands-parents maternels venus dans le "pays des Droits de l'Homme" pour fuir les pogromes antisémites des buveurs de vodka, et des grands-parents paternels dont les propres parents n'étaient que du bétail à vendre sur la place du marché, quand on a une hérédité pareille (hérédité de merde, me dis-je parfois), ça veut dire quoi, "la France"?
Ben pour être honnête, moi je suis un peu conne. Mais je l'assume.
Moi, arrivée ici à l'âge de cinq ans, j'ai grandi avec Casimir, Dorothée (voui je sais...personne n'est parfait) et pis Renaud, Voltaire, Les Rita Mitsouko, Rousseau, l'image de De Gaulle qui rachetait (un petit peu) celle de Pétain, les engueulades monstrueusement jouissives de "Droit de réponse", la naissance des radios "libres" comme autant de voix qui créaient un joyeux bordel sur la bande FM, les livres de Valérie Valère, Gainsbourg, les reportages de guerre qui donnaient la gerbe mais ouvraient les yeux, l'info traquée et expliquée par de vrais journalistes (parfois), un Président respecté à défaut d'être vraiment respectable, un autre qui avait au moins la décence de piquer dans la caisse avec discrétion, des "dérapages" qui faisaient descendre un million de personnes dans la rue, des manifs à gogo (justifiées ou pas), des gens qui ouvraient parfois leur gueule pour autre chose que servir la soupe, et tout ça avant l'invention du web, des blogs et même du téléphone portable, dis donc!!!!
Je me disais, putain la chance!!!
Alors évidemment...
Pour la conne que je suis, à votre avis, ça fait quel effet, la France du 17 décembre 2007?
Bien sûr, elle n'est objectivement pas vraiment pire que celle de 1987 ou de 1997.
Evidemment, y'a toujours eu des pourris ici et là, des SDF dans les rues, des secrets d'alcôve, du fric détourné et des Français grugés, des guerres, la faim dans le monde et Drucker à la télé.
Et pourtant.
Je sais pas, ça doit être l'approche des fêtes, mais j'ai quand même cette sale impression.
L'impression d'être un peu plus qu'avant dans une "Ripou-blique". L'impression de ne voir, à la télé, que des clones de la Star Académy, des Johnny, des Florent Pagny et des trépanés chroniques. L'impression de n'entendre que de la pub quand j'allume la radio. D'être prise pour une (grosse) conne en permanence. De lire des chiffres au JT de 20 heures, entre la poire et le fromage, qui me disent qu'il y a officiellement plus de 7 millions de pauvres en France. Et puis de passer, immédiatement après, à la seule info du jour qui vaille: la nouvelle putain de la République et son mac d'un mètre douze. De n'entendre, de ne lire, de ne voir, que des "penseurs" autorisés et estampillés "sarkoziquement correct" comme Alain Finkielkraut. De ne voir personne broncher quand ledit Finkielkraut utilise ce qui lui reste de cerveau (car jadis il en eut un, brillant de surcroît) pour nous pondre des bouquins plus réacs les uns que les autres, applaudi et encouragé par cette clique de pseudo-intellos qui seraient bien mieux à faire des concours de pets dans le Loft qu'à l'Académie Française (Ah, Madame Carrère d'Encausse et ses déclarations tout en finesse sur les Noirs et les Arabes!). L'impression d'être passée d'un humour provoc' mais pas con (Desproges) à un humour con-sensuel ras la bite (plaisir jamais épuisé du "lâcher de salopes" qui fait hurler Sarkozy de rire), un humour de beauf lobotomisé, dans un pays que, parfois, quand je suis crevée ou mal lunée, j'ai du mal à reconnaître.
Putain, j'avais cinq ans quand je suis arrivée...
Allez...je la fais, ma crise d'ado de 21h15?
Nan...
Si!
Nan....allez....
Mais si....
Des fois, quand je suis vraiment fatiguée, je me dis que quand j'avais cinq ans, je m'ai planté.




