Reviens, Léon...

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Mercredi 21 novembre 2007
C'est du recyclage de vieux post, je sais...
Mais c'était trop tentant, vu l'atmosphère nationale et l'ambiance sociétale actuelle (putain, je cause bien, parfois!).

Je deviens parano.

Si, si, c'est vrai.

Depuis quelques temps déjà, et vous l'aurez sûrement remarqué si vous habitez Paris, un drôle de message "subliminable" est diffusé régulièrement dans les couloirs du métro. Et ça dit à peu près:

"Nous vous rappelons qu'il est interdit de fumer...Pour arrêter de fumer, FAITES-VOUS AIDER! Appelez  le....." (suit un numéro en 08 quelque chose, surtaxé ou pas?). La voix est métallique, presque accusatrice, les fumeurs doivent avoir l'impression d'être de grands malades, limite des psychopathes qui s'ignorent.

P'tain...moi ça me fait froid dans le dos, j'ai de plus en plus l'impression que les caméras de surveillance sont braquées sur tout le monde et cherchent vicieusement l'inconscient, le fumier, le salaud, le petit pervers qui osera porter la main à sa poche (pour en sortir un paquet de clopes, forcément!). Et là on entendrait:

- Vous, là...Oui, vous! Avec le pantalon vert et le blouson noir! Sortez la main de votre poche! Vous croyez qu'on ne vous a pas vu??? Ne bougez plus! Bouge plus, on t'a dit!

Immédiatement, intervention d'une brigade de la sécurité, surgie d'on ne sait où...qui sauterait sur le mec, le plaquerait au sol, tandis qu'une deuxième équipe, médicale cette fois (petits hommes en blanc) se frayerait un chemin dans la foule, sur le quai. Très pros, très calmes, ils embarqueraient le type manu-militari, en le rassurant:

- ça va aller, monsieur. On va vous aider. Ne vous inquiétez pas.

Et hop! Direction un hôpital psychiatrique, une clinique de désintox, que sais-je...hospitalisation d'office.

Et je ne parle pas des affiches, des pubs télé et même radiophoniques pour la malbouffe! Z'avez remarqué? En bas de chaque placard 4 X 3 pour Mac Do, Twix, Mars, Kinder et autres trucs bien gras, on peut lire en petits caractères:
"pour votre santé, mangez cinq fruits et légumes par jour! connectez-vous sur www.mangerbouger.fr
Même ma gosse répète ce slogan en boucle, vu qu'elle l'entends environ tous les quarts d'heure sur sa chaîne de cartoons pour nains.

- Tu sais maman, faut pas manger trop gras, trop sucré et trop salé sinon on tombe malade.
- Ouais, ma puce. C'est très bien. Tu veux une pomme pour le goûter?
- heu...Nan.
- Une banane? Une clémentine?
- Nan. Ze veux un pain au chocolat et un sandeouiche au fromage qui sent pas bon.

Bon, le message passe comme il peut....

Et là je fantasme, brusquement. J'imagine le même type sur son quai de métro, en pantalon vert et blouson noir, portant une main à sa poche (toujours pour en sortir un paquet de clopes, forcément) et tenant, dans l'autre, un bon gros Big Mac dégoulinant de sauce. Et La Voix, résonnant sur le quai et désignant notre ami à la vindicte  des autres clampins qui attendent leur rame:

- T'as toujours pas compris, alors??? Pour arrêter de fumer, FAIS-TOI AIDER, connard! Et mange cinq fruits et légumes par jour! Pour arrêter le Mac Do, FAIS-TOI AIDER, eh, bouffon! Pour arrêter de te gratter les couilles en public, FAIS-TOI AIDER, imbécile! Pour arrêter de regarder "C'est quoi l'amour" sur TF1, FAIS-TOI AIDER et appelle le 08 25 25 25 (deux euros la minute) ! Pour arrêter de flipper, FAIS-TOI AIDER, pauvre sous-merde! Pour arrêter de...

Et là, re-belote, intervention de toute une brigade de flics et de médecins, hop hop hop! Direction l'hosto, et la thérapie par électrochocs pour arrêter la clope, le fast-food, pourquoi pas le sexe("baiser nuit à votre santé! Pour arrêter de baiser, FAITES-VOUS AIDER!")

Je sais pas pourquoi, mais j'ai peur, tout à coup.
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Mercredi 21 novembre 2007
Pendant que Chirac était (enfin!) mis en examen pour les chargés de mission de la Ville de Paris...
Pendant qu'au Pakistan et en Russie, deux fous furieux, Poutine et Musharraf, gesticulaient en éructant comme des clébards enragés contre l'opposition ("tous des chacals", selon Vladimir)...
Pendant que les syndicats étaient largement débordés par leur base (que c'est con, parfois, la base!) et que les grèves continuaient à faire chier le monde...
Pendant qu'on juge une bande de mafieux qui alimentent les banlieues en armes de guerre (très utile, en ces temps de grève)...

Pendant que le monde bougeait, s'agitait, avait des gaz, s'auto-dévorait, ronflait, marchait, râlait et tournait sur lui-même...

Le coeur de madame M..., lui, arrêtait de pomper.

Marrant, ça fait toujours une drôle d'impression, même avec les années d'expérience, de voir un macchabée.
Encore plus de le toucher.
Surtout quand vous avez la famille, là, à deux mètres, dans la pièce voisine, qui pleure tout ce qu'elle peut, les enfants, les p'tits enfants, le cousin Gérard, tout juste si le caniche n'y est pas allé de son hurlement ridicule.

C'est froid, un mort.
C'est lourd, aussi.

La veille, la dame vous engueulait encore parce que vous arriviez, encore et toujours, à la bourre (la faute à la grève, mamie, la faute à la grève). Elle finissait par vous offrir un café, parce que "quand même, c'est pas facile, vot' métier". Vous lui faisiez la leçon, parce qu'elle avait (encore) oublié ses bas de contention, et elle vous répondait "je sais pas à quoi ça sert, je sais même pas écrire con...conten...vot' truc, là!".

La veille, la dame claudiquait encore péniblement dans son appart', l'horrible caniche sur ses talons, l'époux avachi devant la téloche, un couple de vieux dans un appartement de vieux, avec les inévitables bibelots à vomir, les oeuvres au crochet de madame exhibées au mur, les castagnettes rapportées de Malaga et les disques de Frank Michael sur la table de nuit, à côté du verre à dent (oui, à cet âge-là, on enlève ses dents pour dormir).

On a trente ans, on se dit "quelle vie de merde, pourvu que je ne finisse pas comme ça".
L'angoisse! Cohabiter sans guère se parler au fin fond de la banlieue, en regardant Pascal Sevran et en écoutant Frank Michael, ne sortant de chez soi que pour aller acheter les plats surgelés et le litre de gros rouge de Monsieur...

On a trente ans et on se dit: "Moi? JAMAIS!"

Et puis on se retrouve à laver un corps tout flasque, tout fripé, un corps qui sent le vieux, et on se dit qu'il y a cinquante ans, Mamie s'appelait mademoiselle, qu'elle devait faire craquer un certain nombre de petits mecs de son quartier, qu'elle avait sûrement des projets, qu'elle a épousé Robert, pondu trois lardons, pris sa retraite, et vieilli.

Et on se dit que de toute façon, castagnettes au mur ou pas, vie de beauf ou vie de château, gros rouge ou vodka orange, Pascal Sevran ou Arte Reportages, Barbara Cartland ou Spinoza sur la table de chevet, eh ben qu'est-ce que ça peut foutre?

Un mort, c'est toujours froid, lourd, flippant, touchant, ça fout la trouille, ça donne le vertige, la nausée, l'envie de vivre à cent à l'heure, l'envie de se barrer sur la Lune, l'envie d'aller dare-dare se mater une bonne grosse comédie de bidasses, l'envie de hurler, l'envie de chialer, l'envie, enfin, de rentrer chez soi serrer son môme à l'en étouffer, d'embrasser sa meuf à lui en faire craquer les côtes (pardon chérie!), de mettre un disque de Dire Straits ou des Stones au volume maximum et de vite, vite, vider son sac sur son petit blog.

Allez! On trinque?
Comme on dit : "Lechaïm!" , "à la vie!"

 




publié dans : Mon moi personnel, profond, du dedans
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