Parce qu'elle est, souvent, la Mauvaise Foi incarnée (et qu'elle l'assume aussi).
Parce que, des fois, elle a envie de casser son image (quelle prise de risque, vu que c'est cette image qui lui attire pléthore de visiteurs chaque jour) et de se la jouer "moi aussi j'ai un coeur, une pompe à larmes, un palpitant tout frais, moi-aussi-je-sais-réfléchir-quand-même-un-peu-des fois" (mais rarement. Pigé? Très rarement. Faut pas déconner, non plus).
Voilà un ch'tit texte que j'avais écrit pendant la campagne des Présidentielles.
C'est du vécu, poil au cul.
Ce matin, je passais tout près du fameux Q.G de Sarkozy...
Comme d'habitude, des cars de flics garés aux environs, des mecs en uniforme aux coins de rues, des riverains pas très contents (on les comprend).
Dans une petite rue transversale, un flic, tout seul, bien droit dans ses rangers de G.I Joe, le regard fixe, les mains négligemment passées dans le ceinturon. Pose réglementaire. Matraque
au fourreau, flingue au repos.
Je me dis "quel con!" et je m'apprête à passer mon chemin, quand un détail attire mon oeil (le droit, celui qui est "de larynx") et me pousse à me retourner.
Un tout p'tit bonhomme, haut comme trois pommes, aussi noir que le flic est blanc, s'est arrêté devant mon keuf. Vu la taille du pygmée, je me dis que l'autre doit lui apparaître comme un foutu
géant, pas celui du maïs (qui était vert) mais plutôt celui d'un conte pour enfant pas sage (pas non plus le style "sympa qui rote", comme Shrek, hein)...
Eh, petit schtroumpf, passe vite ton chemin, on t'a pas appris que les CRS sont rarement des amis? Dans la jungle urbaine, ils font davantage office de hyènes que d'antilopes...
Mais, tu parles, le môme a un grand sourire tout barbouillé de chocolat (il vient de terminer une saloperie hyper chimique et, sûrement ,
mortellement délicieuse, le genre de truc qui me fait prendre un kilo si je le regarde) et mate le grand couillon avec une confiance qui me désarme.
D'ailleurs, l'autre doit ressentir un peu la même chose, parce qu'il baisse les yeux sur le gamin et les laisse là, au ras du sol. Gardant la pose, hein, ne bougeant pas d'un iota...mais le
regard animé. Putain...Un flic dont le regard s'anime, dis donc...Bientôt il va remuer la queue...
Non.
Il fait mieux que ça.
Il sourit.
Le flic sourit. Un vrai sourire, attention, un truc qui lui vient du coeur (les flics ont donc un coeur?) et qui lui accroche les zygomatiques aux pommettes. J'en reste baba.
Et puis le planton (parce que c'est un planton, un fonctionnaire placé là pour faire le chien de garde, en fait il doit se faire chier grave, le mec) regarde à gauche, à droite. Je me dis qu'il
doit chercher les parents du petiot, vérifier qu'il n'est pas tout seul.
Pas du tout.
Mon flic (je commence à bien l'aimer, ce con) s'assure qu'aucun collègue ne traîne dans les parages, ni "Marcel", ni "Roger" (dans mon imagination, les flics s'appellent tous "Roger"). Nobody,
personne, nadie.
Alors il fait un truc qui me laisse vraiment sur le cul:
Il enlève son calot bleu marine et le pose sur la tête du gamin, dont la face de lutin s'éclaire comme si c'était Noël.
Le flic lui ajuste le truc comme il faut, c'est presque surréaliste, ce petit Black avec un képi de CRS sur la tête... Et je vois "Roger" qui a soudain la nostalgie à fleur d’uniforme et la
larme à la moustache...
Moi je suis là, à les regarder, comme une andouille, et quand la scène se termine (arrivée de la maman, échange de sourire avec le flic, salut de la main réciproque), je reste plantée sur le
trottoir, avec mes préjugés à deux balles et une petite dose de culpabilité.
En fait, si ça se trouve, les flics, ils sont aussi papa, des fois.




