C'est flippant, de se dire qu'on est, finalement, un peu "bobo".
Quand je m'en suis rendu compte, j'ai eu un moment d'angoisse assez paradoxal. C'est vrai, quoi, après des années passées à surveiller mon compte en banque histoire de m'assurer que j'étais pas (trop) dans le rouge, voilà que ma chère moitié et moi, on commençait à regarder les catalogues "meubles.com", les cloisons coulissantes à la japonaise, les enceintes de luxe pour Ipod...
Mais c'est quoi, aussi, un "bobo"? Est-ce que ça existe, au moins?
J'en sais rien...J'ai trouvé cette définition sur le ouaibe:
"Catégorie de personne à l’aise financièrement qui prise de scrupules s’engage éthiquement (contre les OGM) ou politiquement(écologie, taxe tobin) dans le but de faire des grands rassemblements festifs (Larzac) où "un autre monde est possible". Le bobo aime le petit peuple, mais pas trop, il ne va pas jusqu’à fréquenter le zinc assidûment ou les campings deux étoiles par amour des vraies gens...Le bobo appartient souvent à la catégorie des cadres moyens et supérieurs de la fonction publique (beaucoup) et privé (un peu moins). Sa bible ? Le Monde diplomatique, le bobo aime également lire Libération, Viviane Forrester, Pierre Bourdieu et Philippe Corcuff parfois Guy Debord même si il ne comprend pas tout. Il part en vacances dans le Gers, le Lot, l’Aveyron car il aime la campagne, lui le citadin en quête de zen. Notre ami bourgeois-bohème goûte aussi le jazz cross-over (Norah Jones, No-jazz, Jazzanova), la musique cubaine, la chanson française à texte (ah ! Carla Bruni) et les films asiatiques (Wong- kar Wai). Le bourgeois-bohème n’aime pas : les cons de droite qui emprisonnent son idole José Bové, la socièté de consommation, TF1, Patrick Sébastien et les vilains fachos."
clichés, clichés, clichés...
Et pourtant, quand je regarde autour de moi...on a toujours tendance à voir la paille dans l'oeil des voisins, hein...
Et quels voisins! Dans mon quartier, avant, y'avait surtout des vieux. Bon, c'est chiant, les vieux, ça marche pas vite, ça prend tout le trottoir, ça promène des yorkshires qui laissent des crottes de rats partout et ça n'est pas très aimable (surtout les jours de marché). M'enfin, bon, les vieux, ils vont chez Franprix, ils achètent des fringues de vieux et ils font pas de bruit.
Avec l'arrivée des "jeunes-couples-aisés-de gôche-avec-enfant", mon quartier s'est métamorphosé.
"Miel et nature", "Foie gras biologique", "traiteur de luxe bio", "Espace beauté nature"...y'a même plus moyen d'acheter une plaquette de beurre à un prix raisonnable. Les agences de voyage (elles ont poussé comme des champignons) ne proposent plus que des circuits "découverte" en Toscane, à Cuba ou en Croatie, à mille euros les trois jours. Les p'tits magasins de fringues pas chères ont fermé, maintenant c'est "Gap" et "Zara"...Les jeunes cadres dynamiques et les artistes à la mèche étudiée écoutent Vincent Delerm et la "World music", y'a plein de vernissages partout (ils vernissent surtout le bois des chaises avec leurs fesses) et aussi une grande mobilisation politique: des pétitions pour sauver un immeuble du 18e siècle, pour épargner les arbres centenaires du square d'à côté...et pour faire dégager les SDF qui, depuis pas mal de temps, squattent l'entrée du Monoprix. Le Monop', tiens, qui a changé ses rayons: on peut y acheter des trufades, des chèvres chauds sur toast, toute une gamme de produits "gastronomes" et "bio" (putain, le "bio", c'est une obsession, chez ces gens!). La boulangerie "Bio" (elle aussi, bordel!) vous fait la baguette à plus d'un euro et vous propose trente mille styles de pains différents, parce que vous le valez bien. Et puis le samedi, vous avez le choix entre tout plein de meetings sympa, "écolo-tiermondo-gratte-moi-l'dos" dans lesquels vous pouvez prouver à fond votre engagement sincère pour les pauvres, les baleines et les ornithorynques. Et après, tout le monde se retrouve dans l'un des nouveaux bars "branchés", autour d'une assiette de "tapas".
Alors, est-ce que ça existe, les "bobos", j'en sais rien...allez savoir pourquoi, je suis pas totalement à l'aise dans mon quartier. Mais ça doit être la fatigue, la sortie de l'hiver, l'ambiance des présidentielles et le rhume des foins.
Ma chère moitié, elle, qui a de la lucidité et de l'auto-dérision à revendre (c'est pour ça aussi que je l'aiiimeuh) se baptise elle-même "Bobo 1" et m'appelle tendrement "Bobo 2".
Bobo, moi???
Ben oui. Un peu, quand même, finalement.
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