Reviens, Léon...

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Mardi 29 juillet 2008





Fais comme moi.

Passe des heures à discuter avec des gens bien comme il faut, des électeurs disciplinés, lecteur assidus du Monde ou du Figaro, pas méchants pour deux sous mais quand même un peu cons, qui trouvent que Carla Bruni est une femme exceptionnelle, que les musulmans sont quand même des gens dangereux, que la Loi sur la Rétention de Sûreté n'est pas si mauvaise, qu'il y aura peut-être un attentat islamiste dans le RER à la rentrée et que c'est pour ça que l'engagement français en Afghanistan est important, que Johnny a eu bien raison de se barrer en Suisse parce que l'Etat nous pompe décidément trop d'impôts, que les SDF sont des loosers qui ont forcément une grosse part de responsabilité dans leur dégringolade sociale, et que la France ne travaille pas assez, d'où la nécessité de rayer un maximum de chômeurs des listes de l'ANPE s'ils ne font pas l'effort d'accepter un boulot de merde à cinquante bornes de chez eux.

Papote un peu avec ces gens-là, en essayant de garder ton calme, et surtout, ne réagis pas de manière épidermique quand on en vient à la question qui fâche:

- Mais pourquoi tu perds ton temps dans un centre d'hébergement social avec une centaine de chômeurs professionnels et d'immigrés clandestins, bordel?

Ne leur rote pas à la gueule, même si l'envie t'en prend subitement de manière irrépressible.
Ne leur tends pas ton majeur en ricanant.
Ne te mets pas à brailler les paroles de "j'encule", la célèbre chanson de Gogol Premier.
Non.
Au lieu de ça, fais preuve de pédagogie, dis-toi que rien n'est perdu, que même Robert Bidochon mérite d'être écouté quand il éructe ses conneries à l'oreille de Raymonde, qu'avec la fin du Tour de France, ils auront peut-être un ou deux neurones de disponibles, que Rome ne s'est pas faite en un jour et que putain, qu'est-ce que je serais mieux à lancer des cacahuètes aux bonobos du zoo de Vincennes.

Et puis ensuite, retourne au boulot et reprends ta petite routine.

Et là, tu tomberas sur Gilbert.

Gilbert et son air de chien battu.
Gilbert et son sourire de clown triste.

Au départ, Gilbert, tu le trouvais sympathique.
Surtout quand il t'a raconté un peu sa vie, son passé de patron de PME (une boîte d'informatique florissante, quelque part dans le Gard), ses quinze heures de boulot par jour, son impossibilité d'avoir des gosses (la faute à deux couilles improductives, t'a-t-il expliqué avec des larmes dans la voix) et puis le drame soudain, l'entreprise qui part en fumée à cause d'un concurrent jaloux et pyromane, le suicide de l'épouse pour qui c'était une déception de trop, et la dégringolade, l'alcool, la rue...
Gilbert, il t'a impressionnée, il t'a touchée, justement parce que c'est la quintessence du  mec normal qui n'a pas eu de bol et qui est tombé dans la spirale de la précarité (c'est comme ça que les gens éduqués appellent l'ascenseur social quand il se met à descendre au sous-sol, ils disent "tomber dans la spirale de la précarité", c'est beau, c'est littéraire, c'est aussi recherché que du Marc Lévy récité par Christine Boutin).

Gilbert, il t'a raconté tout ça avec l'humilité d'un prix Nobel de la Paix qui se demande ce qu'il fout là, et ça, ça t'a bouleversé encore plus, parce que si c'était toi, tu sais que t'aurais chialé ta mère en te roulant par terre.

Et puis le mois dernier, y'a eu ce coup de fil auquel tu t'attendais à peu près autant qu'à une annonce de Bernard Kouchner déclarant qu'il repasse à gauche et qu'il faut fermer Guantanamo.

- Allô?
- Je suis bien au Centre Machin?
- Oui.
- Je voudrais parler à Gilbert.
- Mais...vous êtes qui?
- Sa femme.

Et là, c'est comme s'il se mettait à pleuvoir des harengs.

- Reuhhhhhh reuhhhhh! Kof kof!
- Vous toussez? Vous êtes malade?
- Non m'dame...surprise, plutôt. Figurez-vous qu'on vous croyait officiellement décédée.
- Première nouvelle.
- Même que votre mari nous a fait tout un sketch sur la facture des pompes funèbres qu'il n'arrivait toujours pas à payer.
- Dites-lui de me l'envoyer, je me ferai un plaisir de leur demander de repasser dans cinquante ans, vu que je suis pas tout à fait prête.
- .....
- Et tant qu'on y est, demandez à cet enculé quand est-ce qu'il compte m'envoyer les dix-huit mois de pension alimentaire qu'il me doit.
- Pension alimentaire?
- Pour ses mômes. Si tant est qu'il se souvienne qu'il en a.
- Ben...justement...

Et c'est là que tu commences vraiment à avoir mal au cul.

Depuis, le Gilbert, moins tu le vois et mieux tu te portes.

Sauf qu'aujourd'hui, il vient poliment frapper à ta porte.
Toujours avec cet air de brave type à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession.

- Madame l'emmerdeuse? Bonjour. Vous allez bien? Dites, il me faudrait un justificatif médical.
- Pour quoi faire? Vous voulez prouver à la CAF que votre grand-oncle a été kidnappé par des extra-terrestres et qu'ils lui ont planté des sondes dans le cerveau?
- Vous m'en voulez toujours pour l'histoire de ma femme, hein?
- Qu'est-ce que vous allez imaginer? Nan, pas du tout, je me soucie de la petite santé de votre famille.
- Vous savez, je vous ai menti, c'est vrai, mais c'était parce que j'avais tellement honte de moi...
- Bien sûr. Comme le coup des yeux rouges provoqués par les cent kilomètres que vous faites chaque jour à la piscine, et pas du tout par les trente pétards que vous fumez entre huit heures du matin et minuit?
- Heu...
- Champion départemental de natation, hein? Mes amitiés à Laure Manaudou, qui doit être votre voisine de vestiaire.
- .....
- Bon, c'est quoi, cette histoire de justificatif?

Et de me tendre une convocation de l'ANPE, dans laquelle un bureaucrate quelconque le menace de radiation définitive s'il ne pointe pas sa petite gueule d'enfant de choeur à neuf heures pétantes, vu que ça fait déjà quatre fois qu'on lui demande de passer.

- Mais...c'était la semaine dernière, ce rendez-vous!
- Ben oui, mais j'ai pas pu y aller.
- Mais pourquoi?
- Ben souvenez-vous, je suis allé chez le toubib, j'avais la gale.
- La gale? Mais vous l'avez chopée y'a un mois, la gale!
- Ben c'est bien ce que je dis. J'avais la gale.
- Mais c'est pas parce que vous aviez la gale y'a un mois que vous n'avez pas pu honorer une convocation la semaine dernière, bordel!
- Ouais, mais en fait je l'ai rechopée, la gale.
- Tiens donc? Et quand ça?
- Ben...la semaine dernière.
- Bon. Et vous avez revu le médecin?
- Heu...Oui.
- Montez-moi l'ordonnance.
- C'est ça qui est ballot, vous voyez: je l'ai jetée.
- .....

Voilà.

Après ça, fais comme moi.
Et continue à t'engueuler avec des gens qui pensent que les RMistes et les chômeurs sont des branleurs, des assistés et des parasites sociaux, continue à leur démontrer, par A + B, qu'ils se fourrent le doigt dans l'oeil jusqu'au coude et que tu voudrais bien les y voir.

Continue.

Mais avant, n'oublie pas d'envoyer Gilbert faire un long stage chez les FARC au fin fond de la jungle colombienne (pendant qu'Ingrid bronze aux Seychelles), ou bien dans une mine de diamants en Afrique du Sud, ou encore dans une communauté hippie sous acide à Tegucihualpa, et assure-toi bien de lui avoir coupé les deux jambes, histoire d'être absolument certain qu'il ne pourra jamais retraverser l'Atlantique, et de lui avoir agrafé la langue à un exemplaire de n'importe quel pavé pondu par l'Abbé Pierre.

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Jeudi 24 juillet 2008



Encore du déjà-lu, bordel!
Non, je ne me fous pas de toi.
Sur ce coup-là, j'ai une circonstance atténuante en béton: je publie cet ancien billet sous la forme d'un petit manuel de survie à l'usage de l'amoureuse transie, qui se reconnaîtra sans peine, ceci dans le but hautement altruiste de lui suggérer, avec l'humilité qui me caractérise, d'éviter les pièges grossiers régulièrement tendus par l'amante religieuse qui guette, embusquée dans un virage sournois, et qui profitera du moindre faux-pas pour donner triomphalement l'estocade.

Dans ce billet, je ne te propose que du vécu (du vrai-cul?).
De l'authentique.
Du vrai.
Parole, juré-craché, si je mens, je me tape l'intégrale de Max Pecas (polars pourris et pornos hilarants inclus, si, si, même Embraye bidasse ça fume).


Et je commence avec:


1. La fille qui parlait cru (Très cru. Très, très cru)

La fille qui parlait cru a besoin, pour s'éclater au lit, de déverser en permanence un flot d'insanités dans le creux de ton oreille. Et quand je dis "insanités", je pèse mes mots.
Alors toi, bien sûr, ça te déstabilise un tantinet. Tu as beau ne plus être une sainte-nitouche depuis que tu as environ seize ans, tu as du mal à assumer cette impression de tourner dans une production Marc Dorcel strictement féminine. Et puis tu angoisses: quand elle te demande de lui (....) tes gros (....) dans la (....) et qu'elle te traite en même temps de (....) et de (....), le tout en se tortillant comme une malheureuse qui aurait mis les doigts dans la prise, tu te demandes si tu vas assurer comme elle l'attend. Et même, à la limite, tu as presque envie de te fâcher et de lui dire:
- Eh ho! On avait dit qu'on traitait pas les mères!
Au final, si tu n'as pas le self-control adéquat, tu finis par te retrouver à poil sur son palier, avec tes fringues chiffonnées en boule jetées à tes pieds, tandis que la demoiselle te claque bruyamment la porte dans le dos en te traitant de "petite joueuse".


2. La fille qui avait un squelette dans son placard

Celle-ci a tout pour te plaire: tu la trouves belle, intelligente, sexy, tu te dis même qu'il pourrait se passer bien plus qu'une banale partie de jambes-en-l'air avec elle.
Le seul petit problème, c'est qu'elle a rompu il y a peu de temps avec Supergirl, une sorte de croisement entre Jodie Foster et Cécile de France, et qu'elle n'arrive pas à l'oublier, pas même quand tu te retrouves dans son lit:
- Tu sais...ton pull, là...c'est fou comme il me rappelle M, elle avait le même genre.....même ton parfum, il me fait penser à elle....quand je te voyais tout à l'heure, debout dans la cuisine, je pouvais pas m'empêcher de penser à M, parce que c'est exactement là qu'elle se tenait pour préparer ses tartes aux poireaux....
Toi, tu t'en contrefous, des tartes aux poireaux de son ex, mais quand elle est lancée, la fille, elle ne s'arrête plus.
Ou plutôt, elle ne s'arrête que quand elle pleure trop pour arriver à en placer une.
En règle générale, tu finis la soirée à consoler la dame devant un épisode de FBI Portés Disparus. C'est frustrant. Sauf si l'épisode était un inédit.


3. La fille qui avait eu la révélation mais qui avait un métro de retard

La fille qui avait eu la révélation n'a encore jamais couché avec une autre fille (c'est logique, puisqu'elle sort du placard).
Souvent, la fille qui sort du placard ne passe pas par la case "j'ai loupé un épisode" et rattrape très vite son petit retard (tu te demandes, quand tu l'as dans ton lit, si c'est vraiment sa première fois).
Plus rarement,
elle s'est préparée avec autant d'acharnement qu'un Marine yankee en partance pour Bagdad.
Elle a an-ti-ci-pé.
Elle s'est fadé l'intégrale de toutes les saisons de L Word, histoire de mieux aborder son sujet (d'ailleurs elle passe désormais le plus clair de son temps sur des forums de discussion passionnants où il s'agit de débattre intensément pour déterminer qui est la plus sexy de la série, et comme elle sort du placard, tu te doutes bien qu'elle a craqué sur "Shane", histoire de bien débuter sa nouvelle vie).
Elle a aussi dévalisé le minuscule rayon "lesbien" de la FNAC Montparnasse et s'est fait un devoir de regarder absolument tous les DVD en une soirée. Ce qui ne lui a pris que trois heures, puisque la FNAC propose en tout et pour tout deux pauvres titres des années 80, filmés avec les pieds et aussi bien joués qu'une pub pour Soleil Vaisselle.
La fille qui sortait du placard te plaît surtout, même si tu ne l'avoueras jamais, parce que tu comptes bien être sa première expérience. Et que ça, Dieu que c'est excitant.
Le problème, c'est que si toi tu as largement dépassé le stade dit "de la séance de coiffure mutuelle hyper-érotique devant un feu de bois sur une peau d'ours", telle qu'on te la vendait dans n'importe quel téléfilm italien de deuxième partie de soirée sur M6, la fille qui a eu la révélation, elle, elle en est encore à rêvasser sur le Bilitis de David Hamilton et les aventures sexuelles imaginaires de Claude avec Annie dans Le Club des Cinq.
Inadéquation de l'offre et de la demande.
Crise du marché.
Crash inévitable, avec valeurs en baisse.


4. La fille qui se prenait pour Bette Porter

Quand tu vas chez la fille qui se prenait pour Bette Porter, il peut se passer deux heures entre les premiers préliminaires et le moment où vous vous retrouvez nues dans le même lit.
Parce que la fille qui se prenait pour Bette Porter, c'est une working girl. Une job-addict. Elle est cadre sup' dans une grosse boîte, et t'as intérêt à le savoir, hein.
Du coup, ses trois téléphones (qui font aussi pager, organizer, pocket PC et cafetière programmable) n'arrêtent pas de sonner en même temps, et elle se fait fort de répondre en anglais à son assistant, en russe à son client et en mandarin à son fournisseur, tout en te roulant une pelle distraite.
Et quand tu crois que tu vas enfin te retrouver un peu peinarde et pouvoir t'attaquer à ses formes appétissantes, c'est une autre forme qui vient te rentrer dans les côtes au moment où tu te jettes sur le lit: celle, dure et coupante, du coin de son ordinateur portable, sur lequel elle va d'ailleurs se révéler capable de construire un graphique Excel hyper-complet ET de rester pendue au téléphone, tout en te disant que oui, c'est bon, formidable, continue, ça t'embête si je termine mon rapport de benchmarking, vas-y, là c'est bien, allô Peter, tell them that it's not ok for 50%, oui, t'es bonne, Peter how much, oh oui, oui, OH OUI PUTAIN ON L'A EU A 40% !!!!


5. La fille qui collectionnait les gadjets de Pif

Celle-ci te présente sa collection avant même de t'avoir fait visiter son appartement.
Car madame rêve d'atomiseurs et de cylindres si longs, d'artifices et de formes oblongues...
Du coup, tu te retrouves un peu bête, à contempler tous ces machins fluo ou flashy, des p'tits, des grands, des ovales, des ronds, que tu te demandes même à quoi ça peut servir, que tu risques de finir aux urgences si t'as pas le mode d'emploi, et tu te demandes surtout comment tu vas lui expliquer que tu trouves ça sûrement très joli, et que tu ne doutes pas que ce soit l'accessoire le plus fashion, mais que personnellement tu préfèrerais consommer "bio", si ça ne la dérange pas trop.
Parfois, la fille qui collectionne les gadjets de Pif est aussi celle qui parle cru, et quand elle te sussure ce qu'elle va te faire, ou ce qu'elle attend de toi, en agitant un engin non-identifié sous ton nez, ben t'as un peu l'impression d'être un opposant politique argentin dans un sous-sol bien insonorisé de l'Ecole Navale.
Et quand, de guerre lasse, tu as finalement accepté de la laisser filer dans la salle de bains pour "se préparer" et qu'elle revient arnachée comme tu l'imaginais, le défi est de ne PAS éclater de rire avant de te faire virer de chez elle.


6. La fille qui était super-zen

Elle ressemble à la Phoebe de Friends, la fille super-zen.
Déjà, elle a tenu à te faire commencer la soirée par une interprétation toute personnelle de San Francisco, de Maxime Le Forestier, sur sa guitare, et tu n'as pas voulu la contredire, même si tu es plutôt fan de Nirvana.
Elle t'a invitée à dîner, et tu as découvert les joies des algues et du Tofu.
Ensuite, elle a tamisé les lumières et allumé des dizaines de bougies, ce qui en temps normal peut se révéler hyper-érotique, sauf que quand se mélangent patchouli, menthe sauvage, amamélys, olive, vanille des îles et noix de coco, t'as limite la gerbe, et ta libido retombe à peu près au niveau de tes rotules.
Elle a mis un CD, pour créer une ambiance musicale, sauf que tu n'es pas particulièrement férue de musique new-age sur fond de chant des baleines.
Et quand, enfin, elle t'a proposé un petit massage de derrière les fagots, tu t'es dit qu'on sauvait quand même les meubles et que les choses sérieuses allaient pouvoir commencer. Sauf qu'elle s'est mise à te frotter le gros orteil en te prédisant que ça allait "ouvrir tes chakras".
Et que tu as pouffé.
Et que tu t'es encore fait virer.


Et que celle à qui quelque chose d'à peu près semblable n'est jamais arrivé me jette le premier string.

Quant à la douce amoureuse transie, je lui souhaite de tomber sur la numéro 7: celle qui fait oublier toutes les autres.


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