Reviens, Léon...

back.gif
Mardi 20 novembre 2007
J'ai lu Julia, de Peter Straub, quand j'avais quinze ou seize ans, et je crois que sur le coup, je n'ai pas compris qu'il s'agissait d'une histoire de fantôme, tellement ça me paraissait complexe, fouillé, moi qui avais l'habitude des bons vieux "Arghhhh! Pan! Boum! Bouhhhhhh!" de Stephen King.
Eh, depuis quand la littérature qualifiée de "fantastique" se préoccupe de psychologie? se demandait l'adolescente boutonneuse et niaise que j'étais (je suis toujours niaise. Je n'ai plus de boutons).

Evidemment, avec Ghost Story, j'ai tout de suite pigé: Une petite ville bien tranquille, un mystère du passé, des évènements surnaturels bien flippants: Crac! Voilà une excellente histoire de fantômes, bien gothique, bien angoissante, comme on les aime. Sans parler de Tu as beaucoup changé, Alison. One again, un spectre qui revient prendre une revanche sur des salauds...mais en faisant payer des innocents, parce que les fantômes, ils s'en foutent pas mal, d'être équitables ou pas (un peu comme les ectoplasmes qui nous gouvernent).

L'idée même du revenant,  cet esprit vengeur issu d'un passé qui se refuse à mourir...ça peut faire sourire, voire glousser, ça peut inspirer du mépris à tous les péteux qui pensent que "fantôme", "monstre" et "littérature" ne font pas bon ménage et que seuls les débiles mentaux ou les incultes ouvrent ce genre de bouquin.

N'empêche.
En dehors du fait que les grandes figures du "fantastique" sont enfin reconnues comme des maîtres de la littérature (De Poe à James, en passant par Lovecraft ,  Simmons ou  Clarke), je n'ai personnellement jamais connu de plaisir plus grand que celui de me mettre sous ma couette, l'hiver, avec un bon bouquin pour me faire frissonner, une tasse de chocolat chaud bien fumante à portée de main.

Mais je digresse, je digresse, et j'en oublie mon post, moi!

Peter Straub, donc.

Dans les romans de Peter Straub, ça meurt.
Beaucoup.
Dans les romans de Peter Straub, on usurpe des identités. On devient tueur en série. On a des prémonitions. On voit l'enfer, et on en revient. On se transforme. Tout en restant le même, au fond: Un gosse. Toujours un gosse.

Le fantôme, chez Straub, a évolué avec l'écrivain. Si, dans ses premiers romans, il était pris au pied de la lettre (en tant que "spectre ", créature surnaturelle), il est devenu, par la suite, beaucoup plus intéressant (enfin, c'est mon avis, et comme c'est mon blog, ben je le donne, mon avis...vous suivez?)

Dans ma trilogie fétiche Blue Rose, les "fantômes" sont, toujours, des hommes de chair et de sang. Ils ont, toujours, été des petits garçons martyrs. Ils deviennent, toujours, des monstres à visage humain, des tueurs, des maniaques. Dans une sorte de ballet qui, personnellement, m'a rendue à moitié dingue, on passe d'un livre à l'autre, d'un tueur à un autre,  et on se rend compte que tout est lié, que le vétéran du Vietnam psychotique de Koko a été victime du même boucher de quartier, pédophile à ses heures, que Tim Underhill, le héros de La Gorge (d'ailleurs, Tim et notre vétéran étaient potes de régiment, au Vietnam), que les meurtres de Blue Rose servent de toile de fond à Mystery autant qu'à La Gorge, que Mystery raconte l'histoire de Tom Pasmore et l'énigme de sa famille, alors que Tom Pasmore revient (bien plus âgé) dans La Gorge, que le tueur de La Gorge
a servi au Vietnam en même temps que Tim et Koko.......

Valse des personnages, valse des énigmes, valse des mystères, valse des crimes, on n'arrête pas de danser, de tourbillonner dans le labyrinthe des pensées schizophrènes de ces gosses devenus tueurs, qu'ils s'appellent M.O Dengler, Fee Bandolier ou William Damrosh. Avec, toujours en toile de fond, la guerre du Vietnam et ses traumatismes, le massacre de My Lai (rebaptisé "Ia Thuc"), les pulsions les plus dégueulasses et les sentiments les plus nobles qui se côtoient, et toujours, au premier plan: L'Enquête. Avec un "E" majuscule.

Dites, s'il fallait comparer les polars à de la bouffe, je dirais  que Patricia Cornwell, c'est du Mac Do bien gras.
Qu'Harlan Coben, c'est du très bon soufflé au fromage.
Et que Peter Straub, c'est du caviar.
publié dans : Papivorage
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Lundi 5 novembre 2007
« Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres : le verbe aimer…le verbe rêver… »

Cette belle phrase n’est pas de moi (pas un seul gros mot dedans!), c’est Daniel Pennac qui l’a écrite.

Un écrivain que je respecte énormément, et pour lequel on peut dire que j’ai une tendresse particulière, vu que c’est justement lui qui m’a redonné le goût de lire.
Attention, je n’ai pas dit « le goût de la lecture » mais bien « le goût de lire ».
Subtile différence, nuance peut-être imperceptible pour quiconque ne s’est pas péniblement avalé, pendant ses années de lycée, l’intégrale de Proust, de Balzac, de Zola, de Sartre, de Kant et d’autres…Et pas de notre plein gré, non, à l'entonnoir et dands ta gueule, juste parce qu'il FAUT avoir lu Le rouge et le noir pour devenir quelqu'un (tout comme il FAUT travailler plus pour gagner plus, vous suivez la logique?)

Gavés comme des oies, qu’on était !
Le « il faut lire! » que mon pote Pennac dénonce, c’était le Premier Commandement de mes chers professeurs (agrégés de beaucoup de choses sauf de pédagogie élémentaire).
Alors forcément, vient un moment où on sature, on en a littéralement les dents du fond qui baignent. Alors on se jette avec une frénésie toute animale sur la maudite Boîte à Images, ou sur la console de jeux accusée de tous les maux…de tous les mots ?

Après mon bac, je me suis goinfrée avec une délectation revancharde de roman de gare à quat’sous, de vidéos horrifiques et de bandes dessinées. J’ai vicieusement fait la nique à nos grands auteurs, en souvenir de ces années d’emprisonnement intellectuel que j’avais subies.

Et puis j’ai découvert, par hasard, un petit livre de poche. « Au bonheur des ogres », ça s’appelait. Coup de foudre immédiat. Je l’ai dévoré en un week-end.
Et ç’a été le déclic. J’ai redécouvert le plaisir de lire, et je suis devenue accro. Parce qu’un écrivain m’avait offert une bonne histoire, des mots savoureux, sans en rajouter dans l’imparfait du subjonctif, sans étaler un vocabulaire digne de « l’Encyclopédie Universelle ». Depuis, je me shoote au roman, c’est plus fort que moi, faut que j’en dévore au moins un par semaine.

Alors bien sûr, Pennac vient de se taper le prix Renaudot, il a publié pas mal de bouquins discutables, il nous a vraiment gavés avec l'interminable saga des Malaussène (putain, sur la fin, quelle daube), mais bon, Georges Lucas a bien commis l'impardonnable seconde trilogie consacrée à Dark Vadehors, il n'en reste pas moins le seul et unique papa du mythe Star Wars.

Non?



publié dans : Papivorage
ajouter un commentaire commentaires (5)    créer un trackback recommander

Texte Libre

Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus