Reviens, Léon...

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Mercredi 19 décembre 2007
Ce qui est bien,  quand on cherche du boulot, c'est qu'on peut décider de redonner un coup de fouet à sa carrière.
Tenez, par exemple...heu...ben moi. Au hasard.
Depuis que j'ai filé ma démission, j'en ai, du temps, pour réfléchir à mon avenir professionnel.

Je vous ai dit qu'à une époque, j'ai fait du consulting?

C'était au moment où le métier d'infirmière me parassait aussi chiant que mal payé, ingrat (un gras, aussi) et sans autre intérêt que de vous faire visualiser et toucher du doigt à peu près tous les organes pouvant déconner dans un corps humain. Un peu comme de jouer à "Docteur Maboul" en taille réelle, quoi.

Alors je m'étais fait embaucher par une boîte d'informatique.
Qui faisait un dossier médical informatisé (logique, pour une boîte d'informatique).

J'allais donc convaincre les blouses blanches de France que le papier et le stylo, c'est carrément démodé, que l'avenir est à l'écran tactile et au Wi-Fi, que les plans de soins en 1024 X 768 ça en jette à mort et que, de toute façon, une erreur médicale a les mêmes conséquences, qu'elle soit pixelisée ou non.

Je ne sais toujours pas, aujourd'hui, si ce que je faisais à l'époque avait réellement un sens.
Je veux dire, quelle conne! Bien sûr que ça avait du sens, je voyageais en classe Affaires et j'avais un PC portable dernier cri, bon sang! Et des primes juteuses. Et un salaire fort sympathique. Et des cartes de visite à mon nom, que je pouvais exhiber en société, un peu comme Patrick Bateman dans American Psycho.

Alors aujourd'hui, quelques années plus tard, j'ai mis à profit le temps libre dont je disposais pour me poser LA question:
T'as pas envie de tenter à nouveau l'expérience?

C'est vrai, quoi...On est dans une société qui privilégie de plus en plus le fric, l'apparence, le moment ne saurait être plus idéal pour se replonger dans le monde du business, du benchmarking, de la prospective et du retour sur investissement.

J'ai donc regardé les annonces spécialisées.

Ah ça, on en cherche, des consultants, dans le monde de la santé! Pour consulter sur à peu près tout et n'importe quoi, des pompes à morphine aux respirateurs personnels, en passant par les logiciels infirmiers, l'éducation des diabétiques (sponsorisée par Pfizer) et le stress au travail.

J'ai vraiment eu envie, à certains moments, de cliquer sur le bouton "envoyer CV".
Sans déconner.

Et puis évidemment, je l'ai pas fait.

Tiens, ç'aurait été trop simple, hein, que l'emmerdeuse se trouve un job bien payé de jeune cadre dynamique, dans une boîte "hype" et branchouille basée à la Défense, où elle aurait passé son temps à sillonner les routes de France en VRP fidèle, fringues de marque et attaché-case, tableaux chiffrés et manager au cul.

Donc je l'ai pas fait.

Par contre, ah ouais, j'ai oublié de vous dire!

Demain j'ai rendez-vous pour un job d'infirmière dans un centre d'accueil pour SDF, toxicos et sans-papiers (je crois qu'en fait ils sont SDF, toxicos ET sans-papiers).

Putain.

Chuis vraiment trop conne.
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Mardi 18 décembre 2007
Il se trame quelque chose.

C'est évident.

J'en ai la preuve.

Depuis quelques jours, ma môme (trois ans et demi, déjà ça révèle pas mal de choses) interrompt régulièrement ses activités quotidiennes (suçage de pouce, destruction de playmobils, visionnage de dessins animés crétinisants, dévoration de saloperies "trop sucrée, trop grasses, trop salées"). Elle les interrompt, donc. Se tourne vers moi, sourire jusqu'aux oreilles. Hilare, même. Et me sort "la" phrase.

- Môman?
- Oui mon bébé?
- Ze t'aime.

Bon d'accord.
La première fois, mon coeur de pierre a sursauté. J'ai un peu fondu. J'ai craqué.

- Moi aussi je t'aime, tétard.

Je me disais que, finalement, ça valait le coup de se taper des années de couches merdeuses, de ouin-ouin nocturne, de régurgitations perpétuelles et de "va te laver les mains" quotidiens.

Mais ensuite...

- Môman?
- Oui?
- Ze t'aime.

Une fois ça va, deux fois c'est suspect. Surtout quand à peine dix minutes séparent les deux déclarations.

- Mmmm...Je t'aime aussi, poussin.

Et c'est pas fini.

- Môman?
- Grrrmmmoui?
- Ze t'aime.
- .......

Y'a quelque chose de pourri au royeaume de Poupon la Peste. C'est moi qui vous le dis.

- Môman?
- OUI QUOI ENCORE???
- Ze t'ai-meuuuh.
- Ben oui ça va je sais j'ai compris moi aussi je t'aime mais bon!!!!

Les minutes passent. Le temps s'écoule. Ma sueur froide aussi, qui se répand insidieusement le long de mon échine. Parce que n'allez pas me prendre pour une mère indigne (enfin...heu...), mais je connais l'animal. Alors quand elle me déclare sa flamme dix fois dans la journée, la première question qui me vient à l'esprit, c'est: "qu'est-ce qu'elle a pu faire comme connerie cette fois?"

Et les réponses qui me viennent spontanément sont loin d'être réjouissantes:
- Couper les moustaches de l'otarie obèse qui nous sert de chat
- Inonder la salle de bains en voulant faire une piscine pour ses dinosaures
- Dessiner une fresque monumentale sur le mur du salon
- Jouer avec l'ordinateur et taper "enter" à la question "format C: ?"
- Rapporter des escargots et faire une course qui s'est mal terminée

Bon. Après avoir fait le tour de l'appart', je n'ai rien trouvé d'anormal. Le chat ronfle en cuvant le lait que Sam Fisher persiste à lui donner le matin (et tu t'étonnes qu'elle soit grosse, bordel), la télé couine le générique de "Franklin" (une tortue stupide et tellement gentille qu'elle en devient lèche-cul, "La petite maison dans la prairie chez les reptiles") et Poupon la Peste suçotte son horrible doudou puant.

Et puis ça m'est venu, comme ça.
L'illumination.
Le pur trait de génie.

La concordance des dates.

Une semaine pile poil avant Noël.

Révélation.

Ma fille, plus tard, fera de la politique. Ou du business.
C'est obligé.

publié dans : Poupon la Peste
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