...et il part en couilles.
Vous me direz que je suis pas la première, encore moins la seule, à énoncer doctement ce genre de lapalissade (j'en vois déjà qui saisissent leur petit Robert: "Heu...lapalissade...lapalissade..."), puisque tous les alter-machins et alter-trucs, les cocos, les facteurs célèbres et télégéniques (tiens, au fait, ils recrutent, à la Poste?) et même les dictateurs en habits de révolutionnaires le crient sur tous les toits depuis longtemps.
Ouais mais moi, c'est pas tout à fait pareil, vu que je ne roule que pour ma pomme, que j'ai pas spécialement de visées politiques (même si j'ai toujours rêvé d'être payée à
Le monde est petit, donc.
Par exemple, ce matin, en allant vers Bastille, j'entends un SDF ânoner sa petite leçon ("à la rue...ticket resto...honte...pas le choix...") d'un siège à l'autre, et puis quand il arrive à ma hauteur, nos regards se croisent et je reconnais l'inénarrable monsieur B., un poivrot notoire du Foyer, qui fait croire depuis deux semaines à son assistante sociale que tous les matins quand il part, c'est pour se rendre au centre de cure pour alcoolos gérée par la RATP ("Amitié Présence RATP"...ça ne s'invente pas).
Donc là, en le voyant, je me rends évidemment compte que si monsieur B. est effectivement devenu un habitué de la RATP, c'est pas précisément dans les locaux de l'association qu'il passe ses journées. Comme, en plus, il est dix heures du mat' et qu'il pue la bière à cent mètres, je me dis que les tickets resto des braves voyageurs ont dû changer de main chez Mourad, l'épicier du quartier, sympa comme tout mais pas très au courant des problématiques propres à nos chers hébergés à nous.
Quand je vous dis que le monde est petit.
Et pourquoi il part en couilles, le monde?
Pas forcément parce qu'on essaie de nous faire croire qu'un trentenaire à la tronche de premier de la classe a réussi à piquer cinquante milliards à l'une des plus grosses banques du pays, non.
Pas non plus parce que la grande Zaza a demandé 500 000 euros de dommages et intérêts à Ryanair pour la très mauvaise affiche de pub parue dans le Parisien (entre nous, vu la conjoncture, si tu veux vendre quoi que ce soit en ce moment, évite la moindre référence à Sarkozy et / ou à sa Duduche femelle).
Pas non plus parce qu'au Kenya, des mecs jadis voisins et amis se rasent allègrement à la machette tous les matins depuis des semaines ("Et le génocide?" "J'y pense, et pas seulement quand je me rase").
Pas parce que ça pète encore à Alger, comme si les Algériens avaient marché dans la merde du mauvais pied y'a vingt ans et que ça leur collait aux basques.
Pas non plus parce que des bombes explosent en Birmanie.
Ni parce que les chiffres du SIDA en Afrique commencent vraiment à faire penser au budget pharaonique du nouvel Asterix (78 millions d'euros pour un navet annoncé, ça laisse songeur...).
Non, non, pas du tout.
Si je dis que le monde part en couilles, c'est parce que, tenez-vous bien:
FRANCE TELEVISIONS A DU MAL A REMPLIR SES ECRANS PUBLICITAIRES (dixit Le Monde).
Ce qui veut dire bientôt, pour compenser le temps d'antenne lâchement abandonné par les Ipod, les bagnoles, les écrans plats, les banques et les putes du Bois de Boulogne, eh ben tu vas voir qu'on va nous rallonger la durée des programmes.
Ce qui veut dire davantage de Derrick, encore plus de Drucker et "une soirée de polars franchouillards à chier" encore plus longue.
Et ça, c'est très grave.




