Reviens, Léon...

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Mercredi 30 janvier 2008


...et il part en couilles.

Vous me direz que je suis pas la première, encore moins la seule, à  énoncer doctement ce genre de lapalissade (j'en vois déjà qui saisissent leur petit Robert: "Heu...lapalissade...lapalissade..."), puisque tous les alter-machins et alter-trucs, les cocos, les facteurs célèbres et télégéniques (tiens, au fait, ils recrutent, à la Poste?) et même les dictateurs en habits de révolutionnaires le crient sur tous les toits depuis longtemps.

Ouais mais moi, c'est pas tout à fait pareil, vu que je ne roule que pour ma pomme, que j'ai pas spécialement de visées politiques (même si j'ai toujours rêvé d'être payée à rien foutre exercer une noble charge ) ni d'esprit collectif (ou alors seulement dans mon salon, une bière à la main et un match de rugby à la téloche, et encore c'est récent, avant j'y comprenais que dalle, au rugby).

Le monde est petit, donc.

Par exemple, ce matin, en allant vers Bastille, j'entends un SDF ânoner sa petite leçon ("à la rue...ticket resto...honte...pas le choix...") d'un siège à l'autre, et puis quand il arrive à ma hauteur, nos regards se croisent et je reconnais l'inénarrable monsieur B., un poivrot notoire du Foyer, qui fait croire depuis deux semaines à son assistante sociale que tous les matins quand il part, c'est pour se rendre au centre de cure pour alcoolos gérée par la RATP ("Amitié Présence RATP"...ça ne s'invente pas).
Donc là, en le voyant, je me rends évidemment compte que si monsieur B. est effectivement devenu un habitué de la RATP, c'est pas précisément dans les locaux de l'association qu'il passe ses journées. Comme, en plus, il est dix heures du mat' et qu'il pue la bière à cent mètres, je me dis que les tickets resto des braves voyageurs ont dû changer de main chez Mourad, l'épicier du quartier, sympa comme tout mais pas très au courant des problématiques propres à nos chers hébergés à nous.

Quand je vous dis que le monde est petit.

Et pourquoi il part en couilles, le monde?

Pas forcément parce qu'on essaie de nous faire croire qu'un trentenaire à la tronche de premier de la classe a réussi à piquer cinquante milliards à l'une des plus grosses banques du pays, non.
Pas non plus parce que la grande Zaza a demandé 500 000 euros de dommages et intérêts à Ryanair pour la très mauvaise affiche de pub parue dans le Parisien (entre nous, vu la conjoncture, si tu veux vendre quoi que ce soit en ce moment, évite la moindre référence à Sarkozy et / ou à sa Duduche femelle).
Pas non plus parce qu'au Kenya, des mecs jadis voisins et amis se rasent allègrement à la machette tous les matins depuis des semaines ("Et le génocide?"  "J'y pense, et pas seulement quand je me rase").
Pas parce que ça pète encore à Alger, comme si les Algériens avaient marché dans la merde du mauvais pied y'a vingt ans et que ça leur collait aux basques.
Pas non plus parce que des bombes explosent en Birmanie.
Ni parce que les chiffres du SIDA en Afrique commencent vraiment à faire penser au budget pharaonique du nouvel Asterix (78 millions d'euros pour un navet annoncé, ça laisse songeur...).


Non, non, pas du tout.

Si je dis que le monde part en couilles, c'est parce que, tenez-vous bien:

FRANCE TELEVISIONS A DU MAL A REMPLIR SES ECRANS PUBLICITAIRES (dixit Le Monde).

Ce qui veut dire bientôt, pour compenser le temps d'antenne lâchement abandonné par les Ipod, les bagnoles, les écrans plats, les banques et les putes du Bois de Boulogne, eh ben tu vas voir qu'on va nous rallonger la durée des programmes.
Ce qui veut dire davantage de Derrick, encore plus de Drucker et "une soirée de polars franchouillards à chier" encore plus longue.

Et ça, c'est très grave.
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Mardi 29 janvier 2008

Comme je ne suis plus à ça près depuis quelques jours, eh ben ce matin, on a sonné à ma porte.

"On s'en tamponne le coquillard sur l'air de Rosalie", penserez-vous. Et vous aurez bien raison, d'autant plus que Rosalie c'est d'la merde, et qu'on peut donc se tamponner le coquillard dessus sans remords.

Sauf qu'en l'occurrence, le sonneur de ce matin était un livreur.

Le pôv' type, que je m'apprêtais à agonir copieusement d'injures (oui, le mardi matin je glande, je ne fous rien, et toute personne qui me dérange pendant cette activité hautement culturelle est forcément à conchier), le malheureux bonhomme, donc, dépose un carton tout joli et tout décoré à mes pieds.

Je remets les choses dans le contexte: Depuis deux jours, j'étais imbuvable, insupportable, ma meuf a même fini par croire que je ne l'aimais plus et que je voulais me barrer pour refaire ma vie avec Christine Boutin ou Rachida Dati. Là-dessus, j'aurais pu facilement la détromper, parce que je ne fais pas dans la rombière aux dents longues, encore moins dans le cul béni frigide. Mais bon, ma douce et tendre s'inquiétait, moi j'voyais que dalle, je pestais et profitais à fond de mes angoisses existentielles, conne que je suis, égo-centrée comme une Carla, nombriliste comme un Nicolas, aveugle comme un Gilbert.

Alors ce fameux carton, y'avait quoi dedans?
Evidemment.
Bien sûr.

Qui a dit "une valise et un formulaire de changement d'adresse" ???

Des fleurs.
Un bouquet de fleurs.
Avec un p'tit mot doux.
Qui disait, en substance: "Pourquoi? Ben comme ça, tiens. Et pis c'est tout".

Alors voilà.
C'est la cerise sur le gâteux.

Après lui avoir foutu la trouille, après lui avoir pourri sa soirée d'avant-hier et sa journée d'hier, après m'être comportée comme la dernière des chaussettes puantes de Roberto, le clochard brésilien qui squatte notre bouche de métro, voilà qu'elle me fait livrer des fleurs.

Alors que tout ce que je mérite, c'est une paire de baffes et un bon coup de pied au cul.

Bon.

Pour ma pénitence, j'étais prête à me fader l'intégrale de la discographie de Michel Sardou tout en plongeant la tête la première dans une piscine remplie de Destop, un tee-shirt "Ensemble tout devient possible" sur le dos et un bermuda à fleurs sur le cul.

Et puis finalement, j'ai trouvé mieux.
Plus propre.
Et ça fera marrer la femme de ma vie (ce qui est le seul et unique but de cet article).

Chérie, c'est décidé: je rentre dans les ordres.


 

publié dans : Mon moi personnel, profond, du dedans
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