Reviens, Léon...

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Dimanche 1 avril 2007

La R.D.A, c'était moche.
La R.D.A, c'était gris.
La R.D.A, c'était l'angoisse permanente, la fin de l'espoir, le vide absolu.

Flippant.

Les dictatures ont leurs chiens de garde.

Wiesler, à mon sens le vrai "héro" de La vie des autres, est une machine, un Terminator parfait, le mec qui vit, dort, respire pour le Régime. Le genre de type que rien ne fléchit, n'émeut, n'attendrit. Le type qui traque les dissidents, les artistes, ceux qui veulent passer à l'Ouest ou, tout simplement, alerter l'opinion mondiale sur ce qui se passe en Allemagne de l'Est.

C'est drôle, Wiesler (Ulrich Mühe), l'officier de la Stasi, m'a fait penser à John Doe, le psychopathe de Seven, joué par l'excellent Kevin Spacey. Même regard froid, même expression figée, dépourvue de tout affect. Le tueur en série, mais contrôlé par le Système. Le type qui va au bout de sa mission et qui se fout complètement de ses victimes, des conséquences humaines de ses interrogatoires impitoyables. Le mec qui n'a aucune notion morale, ou plutôt seulement la définition de la morale que lui a inculqué l'Etat tout-puissant. Dans un autre film, Wiesler pourrait tout aussi bien être un officier de la Gestapo.

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Qu'est-ce qui fait qu'un pareil salopard devient, miraculeusement, humain?

Qu'est-ce qui a poussé certains fonctionnaires de Vichy, jusqu'alors obéissants comme de bons toutous, à fabriquer de faux papiers pour les Juifs pourchassés, ou à les avertir des rafles?

Qu'est-ce qui pousse certains soldats, en Israël, en Afrique, dans l'armée américaine, à ouvrir soudain les yeux? A devenir, enfin, des hommes?

Putain de question...

Wiesler espionne, écoute, sait tout, entend tout. Persuadé d'oeuvrer dans l'intérêt général, l'intérêt supérieur de la "Nation" (une notion très à la mode en ce moment, tiens, la Nation...). Il vole littéralement la vie d'un écrivain et de sa petite amie, le casque vissé sur les oreilles, la machine à écrire prête à baver tout ce qu'il aura à mettre dans son rapport.

Et puis Wiesler entend la "Sonate de l'homme bon". Un morceau de musique. Un piano.

L'écrivain se demande à voix haute: "Un homme qui écoute cette musique, qui l'écoute vraiment, peut-il être réellement mauvais?"

Wiesler pleure.

Wiesler pleure???

Ben oui.

Wiesler se met à protéger celui qu'il devait espionner, celui qu'il devait dénoncer. On assiste à une foutue métamorphose. On voit l'officier de la police secrète se transformer en être humain. Témoin invisible de la vie des autres, il finit par prendre parti. Pour ces autres. Dont le seul crime est de vouloir s'exprimer, vivre malgré le Parti, au-delà du Parti.

Evidémment que j'ai pensé à mon p'tit frangin. Coincé sur cette île qu'on appelle "paradis du Socialisme". C'est moins gris, y'a des palmiers, du rhum et de la salsa, de prime abord c'est moins déprimant, et pourtant...

Là-bas aussi on surveille. On écoute. On dénonce. On balance. On arrête arbitrairement, on fout en taule. On vire les enfants de la fac pour faire pression sur les parents. Comme dans "La vie des autres", à Cuba aussi les voisins savent mais n'osent pas.

Qu'est-ce qui transforme un chien de garde parfaitement dressé en rebelle? Qu'est-ce qui métamorphose un salaud qui s'ignore en héro anonyme?

Putain de question.

Quelqu'un a une réponse?

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publié dans : Le potager: pot-aux-films
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