Jeudi 3 avril 2008
Non.
Rien.
Enfin, si.
Quand même.
J'ai eu ce matin l'équivalent d'une bonne vieille remontée acide, mais dans sa version psychique (une remontée neuronale gerbatoire? Tiens, voilà une expression qu'elle est pas mal, même si elle ne surclasse en aucun cas le brushing superfétatoire que Vieux Félin avait réussi à placer sur un post consacré à Michael Landon).
Ce matin, donc.
De mauvais poil.
Sans savoir pourquoi (enfin...)
Envie de faire chier.
Là, maintenant, tout de suite.
Evidemment, il a fallu que j'emmerde ma femme, pour changer.
Elle regardait, sur internet, tout ce qu'il faut savoir sur le Rallye des Gazelles, un équivalent féminin du Paris-Dakar qui la fait rêver depuis que Frida nous a annoncé sa participation probable à l'édition 2009 (ma femme, c'est une baroudeuse, et la perspective de rouler pendant des semaines dans une jeep en plein désert, les deux mains dans le cambouis avec une carte IGN et deux bouteilles de Contrex, ça la fait bicher grave).
Je sentais bien que ça la titillait, cette histoire de rallye au bout du monde, ça réveillait en elle l'aventurière avide de découverte, de grosses plantades, de fractures et de grands espaces habités essentiellement par les scorpions.
J'aurais pu la laisser rêver un peu avant de partir au boulot, voilà qui aurait été respectueux et démonstratif de mon amour.
Au lieu de ça, évidemment, j'ai ouvert la bouche.
- Quoi? Ce truc coûte si cher? Mais c'est pas possible, c'est un luxe mécanique pour petite fille riche! Et puis ça sert à rien, sinon à écraser des autochtones en toute quiétude avec un gros 4X4 sponsorisé par Bouygues et Bolloré!
Voilà.
Rajoutez à ça que la veille, j'avais déjà craché mon pitoyable venin devant Question Maison sur France 5 ("ils nous montrent que des maisons à un million d'euros, c'est n'importe quoi, ils savent que les gens qui regardent l'émission ne pourront jamais se payer ne serait-ce qu'un putain de studio à Grigny, merde!") alors que ma femme, elle aime bien regarder comment les riches aménagent leurs lofts et leurs villas du Sud de la France (ça l'inspire, et c'est vrai que chez nous, ben c'est beau, et c'est elle qui a tout pensé en termes de déco...).
Elle avait réussi à me répondre sans me dire d'aller me faire foutre:
- Ben tu sais, le but c'est pas de montrer le studio d'un RMIste à Garges-les-Gonesses, non plus, hein! Le truc c'est juste de trouver une inspiration pour chez toi, même si t'as qu'un deux-pièces.
Angélique, je vous dis. Un seuil de tolérance qui frise l'abnégation. Une Mère Thérèsa de ma connerie.
Mais ce matin, le coup des gazelles, c'était trop.
- Mais PUTAIN, c'est bon, là, ho! T'arrêtes un peu???
Et voilà.
Tension.
Départ au boulot après un très rapide petit bisou.
Moi, merdeuse comme tout, mais du coup encore plus remontée, j'ai un peu passé mes nerfs sur Poupon la Peste, qui mettait encore trois plombes à bouffer deux pétales de maïs paumés au fond d'un bol de lait aux couleurs de Dora l'exploratrice (et de cet enculé de Chipeur le renard, je t'en ferais un manteau, moi, de ce con).
- Ben on va pas y passer le réveillon, non plus! Tu t'actives un peu, ou ou zut?
Elle, dédaigneuse, princière, connaissant par coeur les coups de bourre matinaux de sa conne de mère:
- Mmm-mmm.
Et voilà.
Tension.
Départ à l'école sur les chapeaux de roues, largage de la môme dans la classe avec, au passage, une pensée amère pour la maîtresse qui va se fader vingt-cinq morpions pleurnichards et aussi habiles de leurs mains que Daniel Day Lewis dans My left foot.
Arrivée au boulot avec trois putain de minutes de retard.
Et le cadre des Services Généraux qui me fait les gros yeux.
- T'as eu beau courir, t'es à la bourre, t'as oublié la formation incendie? Alors j'ai filé ta place à Titi, hein, t'iras à dix heures!
Commentaires de ma collègue Mimi, peu de temps après, café à la main:
- C'est pas ton jour?
- Nan.
- Bah...Moi quand j'étais môme, j'ai flanqué une baffe à mon p'tit frère pour le faire chialer.
- Pourquoi?
- Pour pouvoir le consoler juste après.
- ....
- Ouais.
Epilogue:
Alors que je m'installe à dix heures pour la formation incendie de mes deux, un patient me fait appeler en urgence, rapport à une ordonnance qu'il ne comprend pas bien, ce con.
En tout, ça me prend...allez...deux minutes.
Au moment où je repars en courant vers la salle de formation, Robert m'interpelle:
- Ah ben nan, trop tard, il est 10h02. T'iras à celle de onze heures.
- ....
- Ben ça te pose un problème?
Et là, j'ai craqué.
Littéralement.
- La formation incendie, Robert, j'me torche avec, j'en ai rien à foutre, oui, j'irai à onze heures, avec un peu de pot je foutrai le feu à ce Foyer de merde, tiens, et puis dis donc, quand t'es d'astreinte et qu'on t'appelle le soir parce qu'un mec est en train de défoncer la vitre avec un cendrier en pied, ça te ferait mal de décrocher? T'es pas assez payé?
Et je me suis barricadée dans mon bureau.
Là, je crois que je peux éventuellement commencer à penser que peut-être, hypothétiquement, sans aucune confirmation mais selon certaines probabilités encore non vérifiées scientifiquement, je dois me chercher un autre boulot.
"A travers les innombrables vicissitudes de la France, le pourcentage d'emmerdeurs est le seul qui n'ait jamais baissé".
Michel Audiard




