Vous vous souvenez peut-être que pour fêter notre PACS, Sam et moi avions invité je ne sais combien de personnes dans notre chez-nous.
Vous vous souvenez peut-être aussi qu'au cours de la campagne "Préparons la Réception", j'avais très simplement, très honnêtement et très naïvement suggéré à ma chère moitié qu'on se fasse pas
chier, qu'on passe vite fait chez Picard et qu'on dévalise le Monoprix du coin en Tucs. A quoi mon z'amour avait répliqué, simplement, honnêtement et froidement:
- Y'a pas à dire. T'es consternante.
Ben oui, on ne se refait pas.
Mettre les p'tits plats dans les grands, passer des heures à découper des trucs, à mijoter des machins, à disposer des serviettes assorties aux rideaux et au papier cul, c'est définitivement pas
mon truc.
Alors évidemment, pour le 31 décembre, pas folle la guêpe, je me suis assurée qu'on recevait au minimum syndical: Le Meilleur Pote, la Meilleure Potesse (ça tombe bien, ils sont mariés) et deux
de leurs nains de jardin (les gosses, tu leur files des chips et du Coca et t'es peinard pour la soirée, surtout si tu leur colles un DVD de "Dora" en boucle). Avec, en supplément, les parents du
Meilleur Pote, parce qu'ils sont dans le coin et qu'on ne va quand même pas les laisser passer en 2008 avec la spéciale de Question pour un Champion.
Ce qui est cool, avec les Meilleurs Potes, c'est qu'ils ne vont jamais critiquer ce que tu as préparé à dîner, ni ta déco (qui brille par son absence), ni la musique que tu passes en arrière-fond
("j'vous mets le dernier album de Christophe Willem, vous alez voir, c'est d'la bombe!") même si c'est de la merde en bâton ("Alors, ce Christophe Willem? Il déchire, hein?").
J'ai donc évité de proposer une soirée pizza-coca-bière, même si ça me brûlait les lèvres.
A la place, j'ai même suggéré de préparer un plat Cubain "typique", histoire de faire dans l'exotisme sympatoche et de changer un peu de la connasse de dinde et du bouffon de chapon. J'ai même
failli proposer qu'on termine la soirée par un p'tit sacrifice de poulet ou de chat, comme ça se fait là-bas, mais je me suis dit que ça ferait trop d'exotisme d'un coup.
Et voilà donc l'emmerdeuse trainée au Carrefour du coin, remplissant son caddie de toutes sortes de trucs festifs et chers, se disant que bordel, on aurait pu aller chez Leader Price, de toute
façon ce sont les mêmes fournisseurs partout, alors...
Et puis les heures passées à faire mariner ces deux cons de volatiles plumés! Ouais, parce qu'un poulet "à la cubaine", faut que ça marine, les gars, faut que ça marine longtemps. Très longtemps.
Très...très...longtemps.
Et puis choisir un pinard. Moi, je ne connais rien en pinard. Je sais à peine faire la différence entre la Villageoise et un grand Bordeaux, et encore, c'est seulement grâce à l'emballage.
Et le fromage.
Laisser la Meilleure Potesse et son cher et tendre s'occuper du fromage, c'était une bonne idée.
Surtout quand j'ai ouvert le frigo, en début de soirée.
- SAINTE MERDE! Y'a un rat crevé dans le réfrigérateur!
- Nan, c'est le plateau de fromage.
Et là encore, je passe pour la béotienne inculte de service, bien entendu.
Alors bon, d'accord, finalement le poulet était assez réussi, le crumble de Sam Fisher carrément extra, la soirée franchement sympa (surtout quand, après avoir allumé Sarko pendant trois heures à
table, Meilleure Potesse m'a fait remarquer à voix basse que ses beaux-parents l'aimaient particulièrement bien. La boulette).
Mais il n'empêche.
Il n'empêche.
Le réveillon, ça reste une pathologie annuelle et chiante, un peu comme la gastro saisonnière.
Si j'ai de la fièvre et une gueule de hamster, c'est les oreillons.
Si j'ai la gueule de bois, la migraine, si je vomis mon boudin au champagne avec mes huîtres et mon fondant au chocolat, c'est le réveillon.




