Note pour plus tard...






Au Nid Douillet, on est décidément formidables.

Pour partir en week-end, on choisit exprès le moment où le soleil se barre à Vladivostok et où les températures frisent l'équivalent du taux de réussite du gouvernement de Nicolas Sarkozy aux affaires de l'Etat.

Ce qui n'est pas si grave.

Sous le flotte de Normandie, embourbées dans les Grèves autour du Mont Saint Michel, on a déjà prévu quelques activités d'intérieur ludiques et conviviales, comme la confection de rideaux en macramé, la poterie à l'eau de source et l'élaboration de magnifiques petits napperons ornés de chatons gambadant à travers champs, le tout au  point de croix.

Plus sérieusement, ce sera l'occasion rêvée de faire une pause et de se coller lamentablement devant une télé conchiée, honnie, méprisée mais finalement bien utile quand la moindre sortie en pleine nature risque de se transformer en dramatique épisode de Koh Lanta (avec, comme climax ultime, l'emmerdeuse emportée par un torrent de boue, ou Val attaquée par une horde de mouettes rendues folles par le réchauffement climatique).

Je fais donc une pause de trois jours.

Je laisse au vestiaire un certain nombre de questions philosophiques cruciales, que je compte bien traiter un peu plus tard en me servant de mon désormais célèbre Neurone Unique, celui qui ricane quand on...

Bref.

C'est donc pas aujourd'hui que j'arriverai à trouver des réponses cohérentes aux interrogations métaphysiques suivantes:

- Nicolas Sarkozy ferait-il une doublure acceptable de Woody Allen dans un remake francophone et gouvernemental du cultissime Prends l'oseille et tire-toi?
- Rachida Dati, qui vient d'annoncer son intention de désengorger les prisons, pourra-t-elle éviter une probable décompensation psychiatrique tendant vers la schizophrénie, attendu que si les prisons sont pleines à craquer, c'est précisément à cause des politiques qu'elle a elle-même contribué à mettre en place?
- PPDA, qui sera sans doute récupéré par M6 à la rentrée pour animer une émission littéraire chic et de bon goût, parviendra-t-il à faire un choix (forcément cornélien) parmi les grands écrivains actuellement en tête de gondole chez Auchan et Carrefour? 
(Mon frangin le
Levraoueger a subtilement défini la sixième chaîne du PAF par ces mots, auxquels j'adhère autant qu'une bernique en rut à son rocher favori: M6, c'est la chaîne pédagogique, celle qui t'apprend à chanter, à danser, à cuisiner, à t'habiller, à élever tes mômes, à refaire ta baraque, à changer la déco, à être sympa avec tes voisins et à tenter d'aller à pied par la Chine.
- Un nouvel Albert Einstein, un Isaac Newton du XXIe siècle, se fera-t-il connaître dans les semaines qui viennent en inventant, enfin, une méthode infaillible pour inciter tous les connards à s'entretuer impitoyablement avec la même persévérance qu'ils mettent à nous casser les couilles?
- Bachar El Assad, invité officiel de la France pour le défilé du 14 juillet, achètera-t-il à notre beau pays la même proportion d'avions de chasse invendables que les stocks de  vaseline qu'il ne manquera pas de vendre à Sarkozy afin que nos respectables fions déjà bien malmenés depuis un an puissent, sans trop de douleur, avaler cet énième suppo (de Satan)?
- Les résultats du référendum irlandais sur la Constitution européenne vont-ils en fin de compte nous faire changer d'Eire?
- Le nouvel album de Carla Bruni, auquel le Figaro fait une publicité tellement tapageuse qu'on ne sait même plus si c'est de la "pub" ou de la "pute", sera-til aussi mauvais que le précédent, et les bobos de la Gauche Caviar auront-ils le culot de l'acheter et de le mettre bien en vue dans leur cédéthèque, entre celui de Vincent Delerm et la dernière tambouille à la flûte de pan de Manu Chao?
- Le cuistot de ma cantine professionnelle cessera-t-il un jour de se prendre pour la réincarnation sénégalaise de Maïté en noyant systématiquement la bouffe sous des litres d'huile et des tonnes de beurre, ou serons-nous tous et toutes, demain, des émules non consentants de Laurence Boccolini?

L'hypothétique résolution de tous ces mystères universels nécessite davantage de temps que celui dont je dispose actuellement, ami lecteur.

Mais si tu penses détenir le début de l'embryon d'une éventuelle réponse, je t'en prie:
Passe devant.

publié dans : Monde de merde commentaires (21)   
Vendredi 13 juin 2008
par l'emmerdeuse ajouter un commentaire







Commence pas à te plaindre que tu as déjà lu ce qui va suivre, d'accord?
Commence pas.
Ne me fais pas chier.

Oui, c'est un ancien article.
Oui, je le ressors.
J'ai mes raisons.
Alors tu lis, ou tu vas surfer chez Laurel, là où c'est qu'il y a des bisounours partout qui t'accueilleront avec des "kikoo" et des "lol" de joie tellement hystériques qu'ils en mouilleront leurs pantalons.





Parfois, quand je suis de mauvais poil, je me demande (et j'en fais profiter tout le monde) pourquoi je suis devenue infirmière, alors qu'au départ, j'étais partie pour devenir membre du Club des Débiles Supérieurs (grande école, gros diplôme et gros salaire à la clé, avec peut-être une petite place à l'UMP?)

Et puis, de temps en temps, je fais une rencontre, une rencontre toute bête, rien d'extraordinaire, et la question devient tout simplement obsolète, voire carrément conne.

Tiens, aujourd'hui.

Suis allée chez les époux V.

Soixante ans de mariage, lui ancien ébéniste amoureux de son bois,  elle maîtresse femme qui commence à sucrer les fraises (la faute à un mec qui s'appelle Alzheimer, ou un truc comme ça).

Petit pavillon un peu pourri, quelque part dans le 93.
Personne pour entretenir la baraque, forcément ça tombe un peu en ruines...
Antique poêle à charbon dans le salon, mais plus personne ne se sert du salon, le peu de vie qui reste dans cette maison se déroule dans la minuscule salle à manger, où madame a installé son lit.

Frapper à la porte, mais frapper fort, parce que l'oreille n'y est plus vraiment, pensez donc, à quatre-vingt piges passées...

- Keske c'est, encore?
- C'est l'infirmière, madame V !

(changement de ton, de pitbull on passe à gentil labrador)

- Ah ouais, mais entrez donc, mon p'tit, entrez donc!

("Mon p'tit"...c'est ça, c'est ça...)

Entrer dans le Saint des saints.
S'essuyer les pieds sur le paillasson, surtout, sinon gare, on risque de s'attirer les foudres de Mémé, et Mémé est impitoyable. Tatie Danielle à côté, c'est Line Renaud dans le téléfilm le plus putassier que puisse produire TF1.


- Comment qu'ça va donc, mon p'tit?
- Ben c'est plutôt à vous que je demande ça, madame V.
- Nous? Comment qu'ça va? Ben...Comme des vieux.

Imparable.

Je fais le tour de la pièce. Je vérifie les médicaments posés sur la cheminée, des fois qu'elle aurait encore pété un câble et décidé de tout foutre à la poubelle.
Discrètement (trèèès discrètement, oh oui!), je me glisse dans la cuisine. Mémé déteste qu'on se mêle de ses affaires, mais eh oh! J'suis payée pour ça, aussi, elle va pas me les birser, non plus, la vioque...


- Elle fait quoi, la môme?
- Elle fait rien, madame V, vous inquiétez pas.

Vite, presto, ouvrir le frigo...et se désoler de le trouver, comme d'hab' , presque vide. Putain, mais elle fait quoi, l'aide-ménagère dûment diligentée par la mairie? Elle prend le fric pour aller faire son PMU?

- Eh, madame V, dites voir...vous avez mangé quoi, ce midi?
 
Haussement d'épaules fataliste. Mémé, elle a jamais faim, de toute façon.
Pépé s'en mêle, histoire de nous rappeler que, nom d'un chien, grabataire ou pas, c'est encore lui le chef de famille.

- Bah, elle mange jamais rien, de toute façon!

Hurlement de Mémé.

- Dis donc, tu vas la fermer, ta gueule, ouais?
- Si j'veux, madââââme, si j'veux!
- Rahhh, ça fait soixante ans que tu m'emmerdes, Max, j'en ai marre!
- Ouais, tu t'es vue? Si chuis pas là pour m'occuper de tes conneries, tu fais n'importe quoi!
- Et alors? J't'ai sonné, vieux hibou?

Et ainsi de suite.

Moi, de mon côté, je prépare mentalement une liste de courses, je sais que je vais téléphoner à la Mairie, sonner les cloches, menacer de poser une bombe sur le Monument aux morts, de pisser sur la sculpture de merde censée rendre hommage aux résistants, et de taguer sur le fronton de la mairie "Lénine était une drag queen qui couchait avec Goebbels".

Avec un peu de pot, ce soir, le frigo sera rempli.


- Je vous propose pas l'apéro, mon p'tit, hein, z'avez sans doute pas l'âge...voulez un jus de fruit?

(Mais si, j'ai l'âge! J'suis majeure et vaccinée, moi, merde! C'est juste que je ne bois pas en service!)
C'est fou, ce qu'on a l'air d'un gamin, face à un octogénaire.

J'aime bien la voix de Mémé, quand elle ne gueule pas, on dirait du velours...et je les regarde, ils se tiennent la main, même si elle vient de le traiter de vieux hibou, même si elle lui casse les couilles depuis soixante ans, même si lui, de son côté, n'a pas du être facile à vivre tous les jours, avec ses grandes mains caleuses et sa gueule de mineur de fond...Ils s'envoient des joyeusetés à la tronche toute la journée, mais je sais que si elle loupe une prise de médicaments, il va passer une nuit blanche...S'il se met à tousser un peu trop fort, elle sera au bord des larmes...
Putain d'amour qui résiste à l'arthrite, à la démence sénile et même aux couches-culottes pour vieux.

- Bon, ben je vais vous laisser, messieurs-dames...
- Quoi, elle s'en va déjà?
- Ben, elle a du boulot, madame V...elle a du boulot.
- Et quand c'est qu'elle revient?

"Elle" réfléchit...
Demain, j'ai absolument aucune raison de passer. Aucune. Les médocs sont prêts pour la semaine, j'ai pris la tension de Mémé, ausculté un peu Pépé...
Alors quoi?

Tiens, mais si, j'suis con, demain je serai à trois rues de là pour faire une piqûouze à l'autre connasse qui a un portrait du Maréchal dans son salon.
Faut que je vérifie, pour ce frigo...


- Demain, madame V. Je repasse demain.





Voilà, c'était l'hiver dernier.
Entre temps, ben j'ai changé de boulot.
Et Maxime, il a cassé sa pipe.
Et comme Antoinette, ça la faisait chier de s'engueuler du matin au soir avec un fauteuil vide, eh ben elle l'a suivi une semaine plus tard.

Putain d'amour, je te dis.
publié dans : Tronches de vie commentaires (20)   
Jeudi 12 juin 2008
par l'emmerdeuse ajouter un commentaire





Je t'ai déjà fait le remake de Tout sur ma mère.

Je t'ai parlé de ma génitrice adorée.

De son incompétence crasse pour tout ce qui relève, de près ou de loin, de la technologie.
De sa névrose ménagère.
De sa propension touchante à toujours vouloir ramener le calme dans une famille que la Seconde Guerre Mondiale, Mai 68, Mitterrand et le gefilte fish ont rendue complètement hystérique.

De la façon dont elle a accueilli mon coming-out adolescent, boutonneux, honteux et déballé avec la finesse de Maïté quand elle éviscère une truite en direct:

- Bouahhhh! Je crois que je suis amoureuse de Claire-heu!
- ....
- Bouahhh! C'est horrible!
- ....
- Snirfl...Ben tu dis rien?
- ....
- ....
- Mais enfin...Ma chérie...C'est pas si grave!

J'ai l'impression que ma mère a passé les trente dernières années à me répéter "mais enfin ma chérie, c'est pas si grave", comme un mantra un peu usé, un vieux disque vinyle qu'on a écouté dix mille fois mais qu'on aime toujours autant passer sur sa vieille platine et entendre craquer sous le diamant.

Ma mère, non seulement elle est aussi névrosée qu'Anne Bancroft dans Torch Song Trilogy, mais en plus elle réunit à peu près tout ce que l'OMS a pu lister comme pathologies à travers le monde.

Par exemple, elle se traîne un Megadolichocôlon, qui n'est pas un Israëlien de grande taille squattant illégalement une dune de sable à Hébron,  mais un allongement du côlon plus important que la moyenne, et qui l'envoie tous les deux ans se faire charcuter à coups de bistouri par le docteur Frankenstein.

Elle fait de l'hypertension.
Elle a une fuite mitrale.
De l'arthrose cervicale.
Des broches dans les tibias.
Un jour, elle a eu un trou dans le palais. C'était tellement rare que tous les carabins de la Salpêtrière ont fait le déplacement, certains sont même montés de province, pour contempler la bête.

Et parce qu'il faut toujours une cerise sur un gâteau, elle fait de l'ostéoporose.

Tu dois te dire qu'après tout, chez une mémé de quatre-vingts ans, tout ça n'est pas si original, d'ailleurs ta mémé à toi elle est encore plus forte, elle a une poche externe dans laquelle elle chie, ou un bras en titane, ou un seul lobe cérébral.

Détrompe-toi.

Ma mère, elle vient seulement de prendre sa retraite, à l'âge parfaitement légal.

Hier matin, elle m'a appelée, toute jouasse, because elle sortait de sa densitométrie.
La densitométrie, c'est un peu comme dans un épisode d'X-Files, au moment où les gens kidnappés par les extraterrestres se retrouvent allongés sur des tables métalliques et soumis à tout un tas d'expériences horribles, sauf que pendant une densitométrie, on ne t'enfonce pas de sonde dans le cul, on se contente de te passer complètement aux rayons X pour
étudier la masse de calcium contenue dans tes os.

- Ma chérie, tu vas être bien contente!
- Raconte, m'man.
- Je n'ai plus d'ostéoporose, j'ai seulement une ostéopénie!
- ....
- Fais pas la gueule, c'est quand même moins grave, mes os ont retrouvé un peu de solidité.
- J'suis contente, m'man. Vraiment.
- Du coup, je me demande si je vais pas reprendre un chat. Tu sais que ça me manque, d'avoir un chat? Maintenant que je suis plus solide, peut-être...
- Réfléchis bien, m'man, un chat c'est beaucoup d'emmerdes, au sens propre comme au sens figuré.
- T'as raison, t'as raison. Je sais que t'as raison.
- Mmmmm.
- En tout cas, qu'est-ce que je suis contente de ne plus risquer la fracture au moindre éternuement!

Le même soir, elle me rappelle.

- Je te dérange pas, ma chérie?
- Pas du tout, m'man, pas du tout.
- Bon. Vous allez bien? Val est en forme? Poupon la Peste aussi?
- Au poil, m'man.
- Tant mieux.
- ....
- Ahem.
- Qu'est-ce qui va pas, m'man?
- Tu te souviens de l'histoire du chat?
- Oui.
- Bon. Ben t'avais raison. Je vais pas pouvoir reprendre de chat.

J'ai mis trente secondes à digérer l'info, à la traiter, à la recycler, à l'assimiler et à la comprendre.
Et puis "tilt".
Fiat lux.

- Tu es dans quel hôpital, m'man?

Oui.

Ma mère vient de se péter la rotule.

- Je m'en veux, ma chérie, t'as pas idée à quel point je m'en veux!
- Ben de quoi, maman?
- De trouver le moyen de me péter la gueule la veille de ton anniversaire, et puis qui va vous garder le chat si vous partez en week-end samedi? Hein? QUI?
- Mais on s'en tamponne, m'man! T'es à l'hôpital, bordel, tu vas te faire opérer, c'est ça qui compte!
- De toute façon, pour ton anniversaire, ne t'inquiète pas.
- Comment ça?
- Comme je passe au bloc dans cinq minutes, j'ai téléphoné vite fait à ma conseillère bancaire pour te faire un petit virement. Comme ça tu pourras t'acheter ce que tu voudras.
- ....
- Ah...je dois te laisser, ils viennent me chercher pour m'emmener au bloc.
- ....
- Mais enfin, ma chérie! C'est pas si grave!



publié dans : Monde de merde commentaires (49)   
Mercredi 11 juin 2008
par l'emmerdeuse ajouter un commentaire

Nurse Ratchet

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Albert, mascotte











Les Eves en Gilles

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