Avec le temps, j'ai l'impression que le mot député se rapproche insensiblement du terme argotique et vulgaire décrivant l'activité immorale (mais parfois hautement lucrative) d'une péripatéticienne patentée.
Ne viens pas me traiter de poujadiste de bas étage, cher lecteur, j'ai ma carte d'électrice, je suis une citoyenne responsable profondément attachée aux valeurs démocratiques (la preuve, je n'ai encore jamais essayé de planquer une partie de mon fric à l'ombre, contrairement à un certain nombre de militants UMP dont les revenus individuels avoisinent le PIB d'un petit pays d'Afrique équatoriale).
N'empêche.
N'empêche, parfois, j'ai envie de transformer ladite carte électorale en confettis, de me payer la cuite du siècle, de conduire sans permis et complètement bourrée jusqu'aux abords de l'Assemblée nationale, de soulager une envie pressante sur le perron, de me saisir d'une bombe de peinture rouge empruntée à un sauvageon de banlieue rescapé d'un quelconque Centre de détention pour mineurs (tu sais, ces prisons modèles dans lesquelles les mômes ont toute la liberté de se pendre à une poutre) et de taguer, sur le fronton de notre vénérable Parlement (qui n'est plus que l'ombre de la mythique Constituante de 1789, et où le fantôme de Jaurès doit pleurer sa race tous les jours pendant les débats actuels ), de taguer, donc, un énorme "Mouahahahaha!" juste en-dessous de la célèbre devise "Liberté, Egalité, Fraternité" qui, de nos jours, semble avoir autant de signification qu'une obscure phrase en sanskrit qu'on aurait traduite en araméen avant de la recopier en ionien antique.
Parce que, tout de même, cher lecteur, avoue qu'il y a de quoi se tenir là, bouche béante et regard torve, goutte au nez et méninges en surchauffe, quand on apprend comment nos chers députés ont réagi à l'annonce de la mort de leur collègue Jean-Marie Demange, ancien maire de Thionville et député UMP, qui s'est brûlé la cervelle lundi matin avec une carabine de chasse (ou en ingurgitant le programme présidentiel édité sur papier glacé, je ne sais plus trop).
Que le bonhomme se soit flingué, c'est bien triste, on en convient.
Par contre, qu'il ait collé une balle dans la tête de sa maîtresse juste avant, ça n'a rien de compréhensible, ça s'appelle un meurtre, tu me l'accorderas volontiers (ou alors tu penses que l'usage d'une arme à feu à l'encontre d'un tiers s'apparente à un geste chaleureusement amical, et dans ce cas je ne peux que te recommander de consulter rapidement un spécialiste avant de commettre l'irréparable en voulant faire la bise à ta grand-tante).
Eh bien, ami lecteur, qu'ont fait nos respectables députés lundi, à l'ouverture de la Séance?
Nos valeureux députés qui, je te le rappelle, ont voté la loi sur la Rétention de Sûreté, avalisé sans problème les peines plancher, et qui, au moindre fait divers judiciaire, frétillent de la queue comme une meute de stupides clébards dès que celui qui leur sert la soupe et les croquettes sort une énième loi répressive complètement inutile de sa hotte de Père Fouettard de seconde zone?
Je te le donne en mille.
Ils ont observé une minute de silence.
Oui, oui.
Tu as bien lu.
Les mecs que ton vote a envoyés siéger à la Chambre Basse, les types qui votent les lois et qui donnent leur accord pour que des gens "éventuellement et hypothétiquement dangereux dans un avenir lointain" puissent passer leur vie en taule, ces mêmes types viennent d'observer une minute de silence respectueuse en hommage à un bonhomme qui venait de faire sauter la cervelle d'une femme mère de deux enfants.
En fait, ça me rappelle ces électeurs du Front National, qui ont toujours un copain Arabe, Noir ou Juif, et qui s'en défendent, entre deux ratonnades, en te disant que "lui, attention, c'est pas pareil".
Nos députés viennent de rendre un hommage solennel à un meurtrier complètement cinglé.
Mais là non plus, "c'est pas pareil".
Terminons ce petit pamphlet colérique en filant à nouveau la métaphore zoologique, cher lecteur.
"Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres", disait Orwell dans "La ferme des animaux", et c'était juste avant la scène finale, celle dans laquelle les animaux de la ferme, qui se sont bien fait baiser la gueule par les cochons, font ce constat navrant:
"Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l'homme et de l'homme au cochon, et de nouveau du cochon à l'homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l'un de l'autre."
par l'emmerdeuse
publié dans :
Monde de merde
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Mercredi 19 novembre 2008
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communauté de l'âne Ô
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