Reviens, Léon...

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Jeudi 24 avril 2008



C'est marrant comme un début de journée banal au possible peut mettre sur votre route des gens bizarres.

Je dis ça parce qu'hier matin, en l'espace d'une heure, j'ai croisé deux zigotos pas piqués des hannetons...

Vers 10h, j'avais rendez-vous chez mon psy (comme tu le sais, parce que je t'ai fait ce coming-out là il y a déjà longtemps, y'a pas que mon con de chat qui soit névrosé, y'a aussi moi, ma pomme, ma gueule, myself, et j'me soigne).

Donc, j'ai rendez-vous chez mon psy.
Je sors du métro pour retrouver le délicat fumet des rues parisiennes (crotte de chien, sueur, malbouffe grasse et hormones en folie, ça y est, c'est l'printemps, faut que ça se sache).

J'aime bien la chanson de Dutronc (le fils, celui qui était en maternelle avec moi, tu te rends compte?) qui dit j'aime plus Paris. Quelque part  y'a du vrai.
Paris pue, Paris ressemble à une working-girl surbookée et stressée au dernier degré, Paris a toujours l'air d'être en transit, comme si c'était elle, la ville, qui allait prendre l'avion à Roissy ou le RER à Châtelet.

Et en parlant de RER, on se demande vraiment où est passé le Poinçonneur des Lilas. Maintenant que tout le monde a son Navigo, les greluches derrière l'hygiaphone ont l'air de s'emmerder encore plus qu'avant, du coup elles sont encore moins aimables, te regardent à peine quand tu demandes un carnet plein tarif, mâchonnent leur gomme à la fraise (light, hein, zéro calories) en te rendant distraitement la monnaie et ne répondent même pas à ton "au revoir" poli.

Du coup, j'ai trouvé la parade: 

- Salut vieille branche! Alors, ça boume? Pas trop dure, la vie en souterrain? Tu m'étonnes, tu m'étonnes...non? C'est pas vrai? Sans déconner? Ah ben...elle est raide, celle-là!

- Excusez-moi mademoiselle, mais vous êtes en train de parler à un distributeur automatique de tickets.

- Comme si je le savais pas. Celui-là en plus, je l'ai jamais vu, on fait connaissance, là.

- Vous êtes sûre que vous allez bien?

- Mais oui. Je préfère simplement faire la causette à la machine qu'à la connasse du guichet.

Voilà pour la parenthèse métropolitaine.
Dehors, je me fairs agresser par une horde de pigeons trop pressés de me chier sur la tête ou de me piquer une miette de pain au chocolat. Les pigeons, ce sont des rats avec des ailes.

Au coin de la rue, y'a un type aux allures de Père Noël (si le Père Noël était le papa de Gainsbourg, ou son oncle, ou son grand-père, en tout cas un vieux qui ne boit pas que de la Contrex) qui, entre deux gorgées d'un bière particulièrement forte, fait courir ses doigts sur un accordéon, assis sur un cageot.

Ce qui est étonnant, c'est qu'il ne fait pas la manche.
Non.
Il joue, c'est tout. Il joue pour lui.

Je dois avoir une tronche qui lui revient, parce qu'au moment où je passe devant lui, il me fait un sourire qui ressemble au budget de la France selon Sarkozy (vu que les caisses son vides): Un trou béant, un chicot, un trou béant, un chicot...alternés avec une régularité qui frise la démonstration classique d'art contemporain.

- Alors, ça va, beauté?

Moi, tu m'appelles "beauté", tu m'fais fondre comme un carré de chocolat en plein soleil, même si ça marche beaucoup mieux quand c'est une jolie fille qui me le dit (et quand c'est ma femme, ça me fout carrément en transe, limite à me mettre à faire la danse des canards dans mon salon).

- Ouais, ça va...

(Je me retiens d'ajouter "papy", faut pas déconner)

- J'te joue un air, ma belle?

Tiens, why not? J'aime bien l'accordéon, ça fait un peu vieillot mais c'est toujours sympa, ça me changera des "boum boum" de merde qui fusent des bagnoles sur le boulevard (pourquoi les auto-radios qui gueulent sont systématiquements calés sur "Skyrock" et "connard FM", alors que ceux qui jouent du Placebo et du Noir Désir sont plus discrets? Le monde est mal fait).

- Ben ouais, allez, j'ai du temps à perdre, je suis en avance.

- Ma p'tite demoiselle, on ne perd jamais son temps. Il ya le temps qui attend, et le temps qui espère.

Merde.
Papy qui cite Jacques Brel.

Et c'est parti, justement, le voilà qui attaque Le port d'Amsterdam avec une putain de voix qui me fait penser, à travers les vapeurs de sa 8.6 , que si Edith Piaf avait eu un service trois-pièces, elle aurait sûrement chanté à peu près comme ça.


Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes


Du coup, j'ai envie de lui refiler une pièce, mais j'ose pas, imagine qu'il monte sur ses grands chevaux, me déclame du Shakespeare (
Il n'y a que les mendiants qui puissent compter leurs richesses, madâââââme!) en se drapant dans sa dignité outragée (et dans son trench un peu crade) et me rote à la gueule?
Alors je m'assieds devant lui et j'écoute. Et même, je chante (un peu) avec lui. J'aime pas ma voix, mais c'est pas grave.

Quand c'est terminé, j'entends des applaudissements. C'est qu'une petite foule de parigots s'est rassemblée autour de Papy (je l'appelle comme ça, j'ai adopté) et en redemande!
Lui, très digne et bourré comme un coing (c'est pas incompatible) se lève, se fend d'un salut théâtral et se bidonne comme un gosse. J'en profite pour m'éclipser, à lui la gloire, ce n'est que justice...

(Ici, parenthèse. Je suis chez mon psy. Secret professionnel...)

A la sortie, je me sens plus légère (tu m'étonnes, vu le prix de la séance) et je reprends le métro, parce qu'il faut bien regagner ses pénates pour nourrir le chat, nourrir les plantes, se nourrir soi-même et enfin partir au boulot pour gagner des sous et nourrir la môme (je te le dis, à partir de six ans, elle ira faire la manche dans le métro, crois-moi, bientôt terminé, le squat perpétuel, hop hop, au turbin, le tétard!).

Et là, rebelote, un musicos s'invite dans le wagon. Je me dis, chouette, c'est journée musique aujourd'hui, je suis bien vernie.

Le mec est américain, ça s'entend dès qu'il ouvre la bouche, c'est nasillard, ça a le goût du chewin-gum et de la Budweiser.

Il a aussi la gueule de Mark Knopfler (le chanteur de Dire Straits, aujourd'hui je précise, parce que je me rends compte qu'il y a une génération nouvelle qui ne connaît pas Dire Straits, ce qui me file un coup de vieux presque angoissant), des cheveux mi-longs, un bandana autour du front. Et une guitare de rêve, qui me précipite immédiatement dans les affres de la jalousie.
Une gratte de blues, patinée par le temps, qui a l'air de sortir tout droit de "O Brother".

Il chante, il joue et il souffle dans un harmonica. Côté voix, c'est plutôt Bob Dylan. Et ça tombe bien, vu qu'il nous fait "Blowing in the wind".

Vous avez déjà vu la gueule de cinquante parisiens dans un wagon de métro, quand un pacifiste américain de plus de cinquante ans leur chante "Blowing in the wind" pendant qu'une moitié de la planète fout sur la gueule de l'autre moitié?

Ben ça vaut son pesant de cacahuètes.

Du coup, je suis rentrée chez moi toute jouasse, j'ai regardé ma guitare à moi, j'y ai pas touché (la déception attendra, ne jamais précipiter le retour sur Terre quand on flotte aux environs de Saturne), je me suis plutôt mis un morceau des Byrds et j'ai savouré.

A time to gain, a time to lose
A time to rend, a time to sew
A time to love, a time to hate
A time for peace, I swear its not too late...

Y'a pas à dire.
Question musique, Connard FM, c'est vraiment de la merde.



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Mercredi 23 avril 2008



Quand le Vieux Félin m'a confirmé, sous serment et devant huissier, que son tétard fraîchement démoulé s'appelait bien Lazare, pour de vrai et sans déconner, ça m'a rappelé un petit texte que j'avais écrit l'année dernière, directement puisé à l'encre de tes yeux  au seau de mes mémoires hospitalières, quand, jeune infirmière sexy empotée en pyjama vert trop grand, je me prenais pour Carol Hattaway en trimballant mon stéthoscope nonchalamment autour de mon cou (n'essayez jamais, jeunes infirmières, un stéthoscope peut devenir une arme redoutable pour peu que vous ne soyez guère douée de vos dix doigts et que vous coinciez le bastringue dans une porte, ce qui cesse de vous donner la cool attitude pour vous faire basculer dans la strangulation involontaire).




Il est environ trois heures du matin, c'est Noël.

Le tour de deux heures est terminé, les perfusions changées, les bassins vidés. Bernie est affalée devant la télé, le regard dans le vague pendant qu’un rappeur avec quinze mille bagues en or et un flingue raconte sa life  dans le ghetto, entouré de dix top models qui tortillent du cul comme si elles avaient quelque chose de vivant dans le rectum, et que ce quelque chose était en train de se creuser un chemin vers la sortie.

Au moment où je vais moi aussi me résoudre à me vautrer devant l’écran de la télé pour me fader une rediffusion bandante de Très Chasse, Très Pêche, on entend une cavalcade dans le couloir. Il est fichtrement long, notre couloir, 75 mètres exactement, on s’est amusé à le mesurer une nuit, c’est une piste idéale pour les courses de fauteuils roulants.

Je me lève, persuadée qu’un de nos pensionnaires a encore eu la brillante idée de nous faire un arrêt cardiaque, un œdème du poumon ou autre chose de pas très gai. Je passe la tête par l’encadrement de la porte, et je vois un type courir vers moi, pas un médecin, plutôt le genre « jeune cadre dynamique », un mec en costard cravate, mal mise la cravate, froissé le costard. Pas rasé, le monsieur. Essoufflé, aussi, on dirait qu’il vient de terminer le marathon. Il fait un dérapage à peine contrôlé devant moi, c’est là que je remarque qu’il porte des baskets blanches, pas du tout assorties à son costume, et sans chaussettes en plus.

- Heu…Je peux vous aider, m’sieur ? 

Il reprend son souffle, je me dis qu’il devrait arrêter la clope. Il me regarde avec des yeux un peu fous, et je me mets à flipper, je me dis que c’est peut-être un psychopathe, un taré évadé de Sainte-Anne, qu’il a peut-être un rasoir dans sa poche, ou bien une hache, ou un flingue, pourquoi pas un missile thermonucléaire ?

- Les urgences, c’est par où les urgences ? Putain ça fait quinze minutes qu’on tourne dans votre hôpital de merde, pas moyen de trouver les urgences!

- Ben c’est un peu normal, y’en a pas.

- QUOI ?????

Rugissement de fauve, lion en pétard, grosse colère, planquez-vous, ça va péter grave, oubliez Tchernobyl, oubliez Hiroshima, là c’est Armageddon qui se prépare. Le type est écarlate, sa tête ressemble à un ballon de fête foraine, maintenant.

- Bon, vous m’expliquez, sinon je peux rien faire, moi.

Surtout rester calme, la voix posée, pas de geste brusque, ce serait trop bête de se manger un pain le soir du réveillon.

- Le taxi est dehors, y’a ma femme dedans, elle perd les eaux, on a trempé la banquette arrière, j’lui ai mis les jambes en l’air, comme on nous a dit, mais ça urge, elle arrête pas de crier, je sais pas quoi faire, il faut un médecin, là, tout de suite, BORDEL !!!

Oh purée.

Il continue à brailler, de plus en plus fort, toutes les collègues sont rameutées, on fait cercle autour de lui, lui qui hurle comme un cochon qu’on égorge, ça c’est l’effet « panique » mon gars, on connaît, va, attends un peu…


- Votre GUEULE !!!!

J’ai hurlé encore plus fort que lui, et j’en ai mal à la gorge. Il s’arrête net, me regarde avec les yeux écarquillés.


- Mais…qu’est-ce qui vous prend?

- Je fais comme vous, je communique.

Et sans plus le calculer, j’interpelle Anne, ma vieille Nanou, mon pilier de soutien, mon puits de science médicale, mon Docteur Ross à moi.

- Va réveiller l’interne, s’te plaît, au galop, et ramène-le ici, non, pas ici, dis-lui qu’on est dans le hall avec une femme enceinte venue en taxi, qu’on a besoin qu’il appelle le SAMU pour la transporter ailleurs.


- Comment ça « ailleurs » ???

Le futur père revient à la charge. Je lui balance le regard qui, j'espère, glace, celui que je réserve aux patients les plus chiants mais qui me fait davantage passer pour une simple d'esprit atteinte de strabisme convergent que pour la mythique Nurse Ratchett de Vol au-dessus d'un nid de coucous.

- Ben oui, « ailleurs », vu qu’il n’y a aucun service de maternité dans CET hôpital, nous on fait dans le cœur, môssieur, dans le palpitant, on transplante, on répare, on cathéterise, on draine, on ponte…mais on ne fait pas dans le nourrisson, môssieur !


Et sans attendre sa réaction, je fonce vers le hall, et j’entends les copines courir derrière moi, bénies soient-elles, mes frangines de blouse !


Vision surréaliste devant le grand sapin: Un type à casquette, gilet en laine, mégot au bec, qui est penché sur une espèce de grosse baleine allongée sur le sol. La baleine se tortille dans tous les sens en poussant des cris de…baleine, justement.


- Ah ben, pas trop tôt ! Elle m’a salopé toutes mes housses, et puis j’suis pas couvert par l’assurance pour ça, moi, si elle pond dans ma bagnole et qu’y a un problème, qui c’est qui casque, c’est bibi ! Putain de fonctionnaires !

C’est là que je me dis que tous les chauffeurs de taxi sont des connards.

Je me penche sur la baleine en sueur, une femme pas si grosse que ça, en fin de compte, si ce n’est ce ventre, ce ventre, ah ce ventre, qui a les dimensions d’une citrouille de Halloween ayant remporté un premier prix à la foire.


- Madame, ça va aller, on appelle le docteur, il va arriver.

Qu’est-ce que je peux dire d’autre…

D’ailleurs, il arrive, le docteur, tiré du lit, pas réveillé, un pied sans chaussure, le stéthoscope bringuebalant autour du cou.


- Mais c’est quoi, ce bordel ?

- Ben regarde toi-même, ça se voit pas ?

Il se penche à son tour sur la femme qui n’en peut plus, ça crie, ça hurle, le mari se joint au chœur, le chauffeur de taxi répète à qui veut l’entendre que l’Etat, c’est d’la merde, que tout devrait être privatisé, nom de Dieu, que son ulcère à lui, il l’a fait soigner dans le privé, heureusement, qu’on est tous payés à rien faire et que cette année, il votera pour Le Pen, tiens, voilà, comme ça au moins sa thune servira à autre chose qu’à payer nos salaires.

Là, je sens que je vais péter un câble.

Mes copines installent des couvertures sous la pauvre femme qui n’y peut plus rien. L’interne a sorti son bipeur et essaye de contacter le régulateur du SAMU. Odile vient seulement de se pointer, la gueule enfarinée, genre « qu’est-ce qui se passe, les filles ? ». Anne a pris les devants, au cas où, et c’est là que tu reconnais la vraie pro, la fille qui a fait un séjour en Afghanistan et un autre au Burundi, parce qu’elle s’est ramenée direct avec les poches de perfusion, l’eau stérile, le matériel de réa, le chariot d’urgence entier, quoi.

L’interne insulte son bipeur, il est sur le point de foncer sur le premier téléphone venu quand Fabienne le retient par la manche.

- Heu…je crois que c’est un peu tard, là…

Elle pointe du doigt Madame Baleine, qui a tout à coup l’air extrêmement concentrée. Elle plisse le front, ferme à moitié les yeux. On dirait qu’elle essaye de se souvenir d’une recette de cuisine. Mais c’est pas ça, bien sûr.

Elle pousse.

Elle pousse de tout son cœur, on voit que c’est du boulot parce qu’elle est littéralement écarlate, ce ne sont pas des gouttes mais des rivières de sueur qui dégoulinent sur son visage.


- Madame…madame, ne poussez pas, non, non, ne poussez pas !

L’interne commence à paniquer.

- T’as bien fait un stage de médecine en maternité, Christophe, quand même !

Il secoue la tête, très lentement, comme s’il ne croyait pas ce qui est en train d’arriver sous ses yeux, comme s’il essayait de se persuader qu’il fait un cauchemar.

On se regarde comme des imbéciles. Je supplie Anne avec mes yeux, avec mes tripes, avec mes poils tout hérissés, mais elle secoue la tête. Médecine de guerre, oui, amputations, blessures par balles, explosions de grenades…mais accouchement, non, jamais.

Silence des collègues, pendant que Madame Baleine (mais comment elle s’appelle, putain ?) et son mari gémissent en cœur et que M. taxi demande qui va lui régler la course. J’y crois pas, il se demande vraiment qui va payer la course…Ce mec a une case en moins, ou un chromosome en trop.

Madame Baleine hurle que ça URGE, là, ça URGE, faut qu’elle pousse, faut que ça sorte nom d’un chien !

Et puis, tout à coup, Fabienne m’enfonce ses ongles si fort dans la main que je pousse un cri.

- T’es pas un peu folle ???

Je n’existe même plus, elle fixe d’un air halluciné l’entrecuisse de Madame Baleine, qui ahane et mugit autant qu’elle peut.

Il y a quelque chose entre ses jambes, quelque chose qui n’était pas là il y a encore quelques secondes, j’en mettrais ma main à couper. Mais qu’est-ce que c’est, bon sang ?

On doit être beaux à voir, tous, même ce con de chauffeur, pressés en cercle autour de ce ventre, on dirait une équipe de rugby prête pour la mêlée, c’est à qui attrapera le ballon en premier…Et tout le monde commence à respirer en rythme, avec madame Baleine, c’est pas possible, ils vont faire une hypoxie.

Mais c’est quoi, ce truc ?

C’est rond, c’est duveteux, c’est chaud, c’est gluant, c’est vivant…c’est le ballon !!!

- Eh, je vois sa tête !

Ouais, merci, Fabienne, merci, j’avais vu aussi…Et arrêtez de souffler comme des imbéciles !

Alors, p’tit gars, tu t’y engages, dans ce fichu tunnel? Parce qu’au bout, c’est l’aventure, la vraie, mon pote ! Suis la lumière si tu le veux vraiment, mais on t’aura prévenu, t’as acheté ton ticket, tu fais la balade jusqu’au bout ! Ni remboursé, ni échangé, c’est une attraction à sens unique…

La tête est bientôt suivie du reste, ça sort tout seul, comme un grand, ça n’a besoin de personne, en fin de compte…Anne prépare quand même une piste d’atterrissage de fortune, il s’agit pas de laisser ce minuscule Spoutnik se cracher dès le début, tout de même.


Le ballon est là. C’est tout petit, ça gigote. C’est vaguement bleu. C’est couvert de mucus et de sang. J’ai à peine le temps de le voir que c’est déjà parti dans un drap chirurgical, Anne donne le coup de ciseaux, hop ! Terminé, bienvenue sur Terre, joli ballon, la mêlée se resserre autour de toi d’un coup, tout le monde veut te voir, ça bourdonne comme dans une ruche, et le sapin continue à clignoter bêtement pendant que tu t’époumones pour la première fois (crois-moi, c’est pas la dernière, tu vas en pousser, des hurlements, dans ta vie…)

- eh les meufs, c’est un garçon !

Ne me dites pas qu’ils vont nous l’appeler Jésus.
Là, je me tire une balle, juré.

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