Reviens, Léon...

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Vendredi 11 avril 2008



Alors comme ça, tu veux du cul?

Tu baves devant ton écran, semblable à un bouledogue français auquel on vient de présenter un os à moelle (ou le postérieur d'un agent de la Poste, qui est réputé pour exciter le bouledogue au plus haut point) ?

Tu transpires tes oestrogènes ou ta testostérone dans tous les sens, à tel point que la foule se rue sur toi comme dans une pub pour Axe et s'arrache hystériquement les parties molles de ton petit corps luisant?

Ok, on va faire du cul.
Tu l'auras voulu.

Je ne te propose que du vécu (du vé-cul?).
De l'authentique.
Du vrai.
Parole, juré-craché, si je mens, je me tape l'intégrale de Max Pecas (polars pourris et pornos hilarants inclus, si, si, même Embraye bidasse ça fume).

Je pique l'idée de la liste à l'inimitable Zestes de Filles (oui, je sais, c'est pas beau de copier, mais je n'ai jamais dit que j'étais une élève modèle).

Et je commence avec:


1. La fille qui parlait cru (Très cru. Très, très cru)

La fille qui parlait cru a besoin, pour s'éclater au lit, de déverser en permanence un flot d'insanités dans le creux de ton oreille. Et quand je dis "insanités", je pèse mes mots.
Alors toi, bien sûr, ça te déstabilise un tantinet. Tu as beau ne plus être une sainte-nitouche depuis que tu as environ seize ans, tu as du mal à assumer cette impression de tourner dans une production Marc Dorcel strictement féminine. Et puis tu angoisses: quand elle te demande de lui (....) tes gros (....) dans la (....) et qu'elle te traite en même temps de (....) et de (....), le tout en se tortillant comme une malheureuse qui aurait mis les doigts dans la prise, tu te demandes si tu vas assurer comme elle l'attend. Et même, à la limite, tu as presque envie de te fâcher et de lui dire:
- Eh ho! On avait dit qu'on traitait pas les mères!
Au final, si tu n'as pas le self-control adéquat, tu finis par te retrouver à poil sur son palier, avec tes fringues chiffonnées en boule jetées à tes pieds, tandis que la demoiselle te claque bruyamment la porte dans le dos en te traitant de "petite joueuse".


2. La fille qui avait un squelette dans son placard

Celle-ci a tout pour te plaire: tu la trouves belle, intelligente, sexy, tu te dis même qu'il pourrait se passer bien plus qu'une banale partie de jambes-en-l'air avec elle.
Le seul petit problème, c'est qu'elle a rompu il y a peu de temps avec Supergirl, une sorte de croisement entre Jodie Foster et Cécile de France, et qu'elle n'arrive pas à l'oublier, pas même quand tu te retrouves dans son lit:
- Tu sais...ton pull, là...c'est fou comme il me rappelle M, elle avait le même genre.....même ton parfum, il me fait penser à elle....quand je te voyais tout à l'heure, debout dans la cuisine, je pouvais pas m'empêcher de penser à M, parce que c'est exactement là qu'elle se tenait pour préparer ses tartes aux poireaux....
Toi, tu t'en contrefous, des tartes aux poireaux de son ex, mais quand elle est lancée, la fille, elle ne s'arrête plus.
Ou plutôt, elle ne s'arrête que quand elle pleure trop pour arriver à en placer une.
En règle générale, tu finis la soirée à consoler la dame devant un épisode de FBI Portés Disparus. C'est frustrant. Sauf si l'épisode était un inédit.


3. La fille qui avait eu la révélation mais qui avait un métro de retard

La fille qui avait eu la révélation n'a encore jamais couché avec une autre fille (c'est logique, puisqu'elle sort du placard).
Souvent, la fille qui sort du placard ne passe pas par la case "j'ai loupé un épisode" et rattrape très vite son petit retard (tu te demandes, quand tu l'as dans ton lit, si c'est vraiment sa première fois).
Plus rarement,
elle s'est préparée avec autant d'acharnement qu'un Marine yankee en partance pour Bagdad.
Elle a an-ti-ci-pé.
Elle s'est fadé l'intégrale de toutes les saisons de L Word, histoire de mieux aborder son sujet (d'ailleurs elle passe désormais le plus clair de son temps sur des forums de discussion passionnants où il s'agit de débattre intensément pour déterminer qui est la plus sexy de la série, et comme elle sort du placard, tu te doutes bien qu'elle a craqué sur "Shane", histoire de bien débuter sa nouvelle vie).
Elle a aussi dévalisé le minuscule rayon "lesbien" de la FNAC Montparnasse et s'est fait un devoir de regarder absolument tous les DVD en une soirée. Ce qui ne lui a pris que trois heures, puisque la FNAC propose en tout et pour tout deux pauvres titres des années 80, filmés avec les pieds et aussi bien joués qu'une pub pour Soleil Vaisselle.
La fille qui sortait du placard te plaît surtout, même si tu ne l'avoueras jamais, parce que tu comptes bien être sa première expérience. Et que ça, Dieu que c'est excitant.
Le problème, c'est que si toi tu as largement dépassé le stade dit "de la séance de coiffure mutuelle hyper-érotique devant un feu de bois sur une peau d'ours", telle qu'on te la vendait dans n'importe quel téléfilm italien de deuxième partie de soirée sur M6, la fille qui a eu la révélation, elle, elle en est encore à rêvasser sur le Bilitis de David Hamilton et les aventures sexuelles imaginaires de Claude avec Annie dans Le Club des Cinq.
Inadéquation de l'offre et de la demande.
Crise du marché.
Crash inévitable, avec valeurs en baisse.


4. La fille qui se prenait pour Bette Porter

Quand tu vas chez la fille qui se prenait pour Bette Porter, il peut se passer deux heures entre les premiers préliminaires et le moment où vous vous retrouvez nues dans le même lit.
Parce que la fille qui se prenait pour Bette Porter, c'est une working girl. Une job-addict. Elle est cadre sup' dans une grosse boîte, et t'as intérêt à le savoir, hein.
Du coup, ses trois téléphones (qui font aussi pager, organizer, pocket PC et cafetière programmable) n'arrêtent pas de sonner en même temps, et elle se fait fort de répondre en anglais à son assistant, en russe à son client et en mandarin à son fournisseur, tout en te roulant une pelle distraite.
Et quand tu crois que tu vas enfin te retrouver un peu peinarde et pouvoir t'attaquer à ses formes appétissantes, c'est une autre forme qui vient te rentrer dans les côtes au moment où tu te jettes sur le lit: celle, dure et coupante, du coin de son ordinateur portable, sur lequel elle va d'ailleurs se révéler capable de construire un graphique Excel hyper-complet ET de rester pendue au téléphone, tout en te disant que oui, c'est bon, formidable, continue, ça t'embête si je termine mon rapport de benchmarking, vas-y, là c'est bien, allô Peter, tell them that it's not ok for 50%, oui, t'es bonne, Peter how much, oh oui, oui, OH OUI PUTAIN ON L'A EU A 40% !!!!


5. La fille qui collectionnait les gadjets de Pif

Celle-ci te présente sa collection avant même de t'avoir fait visiter son appartement.
Car madame rêve d'atomiseurs et de cylindres si longs, d'artifices et de formes oblongues...
Du coup, tu te retrouves un peu bête, à contempler tous ces machins fluo ou flashy, des p'tits, des grands, des ovales, des ronds, que tu te demandes même à quoi ça peut servir, que tu risques de finir aux urgences si t'as pas le mode d'emploi, et tu te demandes surtout comment tu vas lui expliquer que tu trouves ça sûrement très joli, et que tu ne doutes pas que ce soit l'accessoire le plus fashion, mais que personnellement tu préfèrerais consommer "bio", si ça ne la dérange pas trop.
Parfois, la fille qui collectionne les gadjets de Pif est aussi celle qui parle cru, et quand elle te sussure ce qu'elle va te faire, ou ce qu'elle attend de toi, en agitant un engin non-identifié sous ton nez, ben t'as un peu l'impression d'être un opposant politique argentin dans un sous-sol bien insonorisé de l'Ecole Navale.
Et quand, de guerre lasse, tu as finalement accepté de la laisser filer dans la salle de bains pour "se préparer" et qu'elle revient arnachée comme tu l'imaginais, le défi est de ne PAS éclater de rire avant de te faire virer de chez elle.


6. La fille qui était super-zen

Elle ressemble à la Phoebe de Friends, la fille super-zen.
Déjà, elle a tenu à te faire commencer la soirée par une interprétation toute personnelle de San Francisco, de Maxime Le Forestier, sur sa guitare, et tu n'as pas voulu la contredire, même si tu es plutôt fan de Nirvana.
Elle t'a invitée à dîner, et tu as découvert les joies des algues et du Tofu.
Ensuite, elle a tamisé les lumières et allumé des dizaines de bougies, ce qui en temps normal peut se révéler hyper-érotique, sauf que quand se mélangent patchouli, menthe sauvage, amamélys, olive, vanille des îles et noix de coco, t'as limite la gerbe, et ta libido retombe à peu près au niveau de tes rotules.
Elle a mis un CD, pour créer une ambiance musicale, sauf que tu n'es pas particulièrement férue de musique new-age sur fond de chant des baleines.
Et quand, enfin, elle t'a proposé un petit massage de derrière les fagots, tu t'es dit qu'on sauvait quand même les meubles et que les choses sérieuses allaient pouvoir commencer. Sauf qu'elle s'est mise à te frotter le gros orteil en te prédisant que ça allait "ouvrir tes chakras".
Et que tu as pouffé.
Et que tu t'es encore fait virer.


Bon, je ne pense pas que ça ait fait monter le taux d'humidité ambiante ni accentué la moiteur de l'air, mais moi ça me rappelle de bons souvenirs.
Et que celle à qui quelque chose d'à peu près semblable n'est jamais arrivé me jette le premier string.
Et puis si ça vous plaît pas, allez vous plaindre à
Glory, c'est elle qui m'a demandé "du cul, du cul, du cul".


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Jeudi 10 avril 2008



J'avais vraiment pas envie de faire quoi que ce soit sur Mai 68.

D'abord, parce que je n'étais pas née en 68.

Ensuite, parce que pour les quarante ans, on va nous bassiner encore et encore, tu vas en bouffer, du Mai 68, c'est moi qui te l'dis!
D'ailleurs le cauchemar a déjà commencé sur les radios, dans la presse et à la téloche, et horreur suprême, on se fade la tronche de Cohn-Bendit à toutes les sauces.

Surtout que dans la famille des clichés usés jusqu'à la corde, je crois bien que Mai 68 détient la palme, avec, justement, Cohn-Bendit ("Les grandes photos du XXe siècle: Danny à la Sorbonne, Danny en prison, Danny lance un pavé, Danny fait caca"...), mais aussi les slogans qu'on a, depuis, avantageusement recyclés en gingle de pubs ("Avec FRAM, sous les pavés, c'est la plage!" , "Jouissez sans entraves avec le nouveau vibromasseur Philips") et qui poussent les enfants de 68 à travailler plus pour gagner toujours plus en 2008, pour pouvoir se payer le dernier écran plat de chez Takachié.

Sans parler des chansons contestataires, dont le principe est toujours autant à la mode: Raphaël qui défend les Tziganes dans son audacieuse "Caravane", les Enfoirés qui font preuve d'un culot monstre en reprenant "Ville de lumière" de Gold (une chanson contre le passage de la flamme olympique à Paris...ah non, on me signale que c'était pas d'actualité, à l'époque),
et Christophe Willem qui est allé jusqu'à risquer la prison pour son courageux brûlot anti-consumériste "Elu produit de l'année"...(pardon, mais ça me met la larme à l'oeil).

D'ailleurs une certaine jeunesse actuelle ne s'y est pas trompée: des dizaines de milliers de filles et de garçons reprennent en choeur, à Bercy et au Zénith, et même sous la douche, les titres politiquement forts de Chimène Badie ("Je ne suis pas une saucisse Herta") ou de feu Gregory Lemarchal ("La muco, c'est pas beau").

Tout ça pour dire que les histoires de pavés qui cachent la plage, la chienlit, la Sorbonne occupée et tout ça, moi j'avais pas précisément envie d'en remettre une couche.

Et puis mardi soir, en rentrant du boulot, je suis tombée sur un documentaire très sobre, bien foutu, rempli d'images d'archives (oui...forcément, des images d'archives, pas le dernier reportage de TF1 sur Maxence Plantier, le dernier fabriquant de santons en vraie bouse de yak séchée du Sud de la France...parfois j'écris de telles inepties que je me fais peur)

Alors finalement, je me suis dit que j'avais envie de bafouiller deux-trois phrases sur le sujet, étant donné que je me suis déjà pris la tête précédemment sur la vacuité de nos valeurs bourgeoises occidentales post-modernes et décadentes...
Eh mais reviens, c'est de l'humour!

Donc, hier soir, j'ai revu, en vrac:

Les marches de protestation contre la guerre du Vietnam, les Black Panthers, Cohn-Bendit, le Printemps de Prague (et la mort de Jan Palak, dont on ne parle jamais ou presque), Jimi Hendrix, Cohn-Bendit, les pavés (quand même un peu), la révolte mexicaine au moment des J.O, la mort de Luther King, Cohn-Bendit, la mort de Kennedy (Bob, pas John, tu suis?), l'offensive du Têt, les marches pour les Droits Civiques, De Gaulle, Cohn-Bendit (non, pitié...pas lui!), Janis Joplin et Alexander Dubcek.

Je dois dire que ça avait carrément une autre gueule que mes cours d'histoire, au lycée Machin, entre deux soufflages de boulettes et trois heures de colles avec madame Valentini (mais madame Valentini, elle était plutôt chouette, parce que ses cours dégénéraient souvent en débats sans fins sur le Mur de Berlin ou l'émergence des pays asiatiques dans l'économie mondiale).

Et puis ça va te paraître stupide, mais en comparaison, avec notre engouement (très passager, ne nous leurrons pas) pour le Tibet, nos manifs qui peinent à rassembler trois cent pékins parce que personne ne veut se geler le cul sur le bitume, les torchons à vaisselle qu'on s'enroule autour du cou et qui sont censés signifier "rebelle solidaire" (solidaire de qui? De quoi?) et tout le reste, ben j'ai trouvé qu'on était limite pathétiques, oui.
Des petits joueurs, quoi.

Attention, je ne dis pas que la génération d'homo sapiens de 1968 était meilleure que la nôtre, hein.

Je dis juste que deux millions de personnes, blanches et noires, main dans la main, sur les pelouses de Washington pour exiger les Droits Civiques, ça me remue en fin de compte bien plus les tripes que dix mille petits bourges (dont je faisais partie) qui braillent "Devaquet au piquet" sur le Boulevard Saint Michel (et qui se la pètent un max' parce que c'est THE boulevard Saint Michel, justement, celui des pavés...).

Bon, je te laisse, je dois partir au boulot.

....

Comment?
Une manif?
Quelle manif?
C'est quand?
Samedi.....Ah ouais....
Ben j'aurais adoré y aller...Mais le samedi c'est chaud, tu comprends...oui...Je dois absolument passer à la Fnuck pour acheter un cadeau à ma belle-soeur...
Qu'est-ce que tu dis?
J'ai pas de belle-soeur?
.....
Merde, t'as raison.




 



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