Reviens, Léon...

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Lundi 14 janvier 2008



L'autre soir, je prenais le métro (ce qui ne m'arrive plus très souvent, maintenant que je suis une authentique banlieusarde).

Déjà, en descendant l'escalier qui mène au quai, je remarque que les bonnes habitudes sont tenaces: Un groupe de flics, l'air tout sauf avenant, contrôle tout ce qui passe et qui est...disons...basané. Comme chaque jour dans cette station très fréquentée. Je suppose que cette présence policière massive est censée rassurer le bon français de base, et qui doit trembler devant cette faune colorée clandestine, Montjoie, Saint Denis, boutons le sarrazin hors de la doulce France! Avant qu'il ne pille nos terres, ne viole nos femmes, n'égorge nos enfants (et accessoirement, qu'il nous revende des Tour Eiffel en plastoque au pied du Sacré Coeur).
Et puis, que diable, le Président l'a dit: on veut du chiffre, du résultat!

Ensuite, pendant que je patiente sur le quai en compagnie de centaines d'autres modestes travailleurs, la douce voix de Mademoiselle RATP nous rappelle de bien surveiller nos affaires et de signaler immédiatement tout bagage abandonné. Des fois qu'on aurait oublié le 11 septembre, Vigipirate au rouge, Oussama Ben laden, le GSPC et toutes ces menaces permanentes qui pèsent sur nous, à chaque instant (les cinq ans de mandat du nouveau président ne sont pas comptés dans les "plus gros motifs d'angoisse des Français" selon Ipsos).

En attendant le métro (mais qu'est-ce qu'il fout, bordel? Dix minutes qu'on poireaute, elle a pété, cette bombe, en fin de compte?), je passe le temps comme je peux, en regardant les affiches, les pubs qui tentent subtilement de me convaincre de partir au ski (même si j'ai horreur de la neige), de faire les soldes au Bon Marché (bon marché, mon cul, le moindre slip y est hors de prix) et de m'offrir tous ces gadgets indispensables que sont un nouveau portable (toutes options, fait le café et passe l'aspirateur), un baladeur MP3, une clé USB de 450000 gigas et un écran plasma qui me coûterait dix ans de salaire.

Dans le wagon, à la Une de 20 minutes et des autres, évidemment: "Menaces islamistes sur la Tour Eiffel", "Iran: la menace nucléaire continue" et bien sûr "Christine Boutin: bientôt le strip-tease au Lido".
Que des trucs angoissants, quoi.

Evidemment, les inévitables SDF demandent un ticket-resto. On a presque envie de leur hurler:
"Putain mais trouve-toi un boulot, connard! Tu vois pas que c'est la merde, là, que l'Iran va déclencher la Troisième Guerre, que Ben Laden est déjà à Poitiers, que mon forfait chez Bouygues va augmenter de deux euros et que Carla Bruni a une angine??? Mais tu t'en fous, de ça, hein, pauvre parasite puant! Merde, aucun esprit d'entreprise, aucun patriotisme! Ah, et ne me touche pas, hein!"

Ils sont rigolos, les SDF. Ils font chier tout le monde, en plus souvent ils sentent mauvais, c'est parce qu'ils n'aiment pas l'eau. Oui, le SDF est aquaphobe en plus d'être fainéant et sournois. C'est sûrement par pure jalousie, remarquez. Eux aussi, ils aimeraient bien avoir un Iphone pour pouvoir faire le 115 quand leurs orteils tombent sur le trottoir à cause du gel.

Z'avez regardé cet excellent reportage sur France 5? "Femmes sans domicile", que ça s'appelait. Et ça nous montrait que les femmes aussi, parfois, elles deviennent fainéantes et perdent l'esprit d'entreprise, quand elle sont privées de soldes aux Galeries Lafayette, privées de Amour, Gloire et Beauté, privées du JT de Pernault et de virées entre copines chez Marionnaud, privées, enfin, des choix cornéliens qui font de nous des femmes, des vraies ("je prends le tailleur vert ou le mauve?").

Entendu dans ce reportage:
"Dans la rue, c'est chacun pour soi : si ma lèvre est coupée en deux, c'est parce que je me suis mordue lors d'une crise d’épilepsie. Personne ne m'a relevée. Mais quand je suis revenue à moi, je n'avais plus mon sac à main. Aujourd'hui, j'en suis à ma sixième carte Vitale."

Ben vivement le prochaine épisode de Star Ac' , tiens, qu'on pense à autre chose.





publié dans : Monde de merde
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Dimanche 13 janvier 2008
Je suis très, très déçue.

Je vois à nouveau la célébrité, la thune et le bling-bling s'éloigner de moi sans espoir de retour.
Et merde.

Encore une fois, un blog était mis à l'honneur par la presse française.
Moi, ça me fait toujours chaud au coeur, quand un blogueur ou une blogueuse publie un bouquin (comme Ron l'infirmier ou Brad Pitt Machin-Truc, vous savez, le boutonneux qui parle de ses érections matinales), passe à la télé et fait la Une des journaux.

Parce que ça me donne de l'espoir, bien sûr. L'espoir d'écrire un jour, moi aussi, un livre à succès sponsorisé par Elle et le Figaro Madame, l'espoir de vous dire "merde" à tous en vous prenant de haut, d'aller chez Ardisson raconter mon enfance traumatisante, chez Ruquier pour ricaner avec Gérard Miller, et chez Mireille Dumas pour me faire psychanalyser sur l'homoparentalité, l'homosexualité et l'homo sapiens.

Alors aujourd'hui, quand je lis dans Le Monde qu'une caissière de chez Leclerc, blogueuse de son état, est devenue la chouchoute des plateaux de télé, je sens mon coeur faire des bonds dans ma cage thoracique aussi développée que celle d'un poulet de batterie. Mes tripes se serrent, un fol espoir m'étreint.

"A quand mon tour?" me dis-je sans modestie, sans arrière-pensée, sans pudeur.

Et hop! Je file illico sur le blog de la demoiselle.

Et là, c'est le drame.

Non, ce n'est pas l'indigence des textes qui m'a déçue (mon blog aussi est un ramassis de conneries sans intérêt, c'est même l'essence d'un blog), après tout, une caissière qui raconte ses journées de caissière, fallait s'y attendre, ça n'a aucun intérêt, c'est même plutôt gonflant.

Ni le look "rose bonbon" qui proclamme de manière trop peu subtile "je suis une gentille pouffe un peu nunuche" (alors que le style montre que la gonzesse est TOUT sauf une blondasse au Q.I de moule marinière). Ce côté complètement fabriqué, on peut éventuellement passer outre (prenez mon blog, je lui ai donné l'air d'un endroit glauque pour fanas de SM et de latex rose, alors que je suis aussi prude qu'une oie blanche et que mon vocabulaire quotidien ne comporte aucun "putain").

Non.

Ce qui m'a fait tourner les talons au bout de cinq petites minutes, ce sont les deux logos, assez discrets mais tout de même repérables dans le coin haut, à droite du blog:
D'abord la phrase "Un blog sélectionné par Plurielles.fr".
Renseignements pris, il s'agit d'un "magazine féminin en ligne", encore plus con que Femme Actuelle, avec ses inévitables rubriques  "people-astro-recettes-beauté-mode-psycho", bref une poubelle journalistique virtuelle.

Ensuite, le logo.
Le logo qui dit tout, qui fout la chair de poule, qui est à l'oppression neuronale ce que la  svastika est à l'Histoire, le logo qui fait frémir le plus brave et le plus couillu des déviants:

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Là, j'ai pas pu.
Je me suis barrée en hurlant.

Et puis ensuite, j'ai sangloté bêtement.

Parce que si, pour faire la Une de Ouest France, il faut copuler crapuleusement avec la Boîte à Cons, je ne peux que m'avouer vaincue.

Adieu, caméras, célébrité, flouze, lunettes noires et jet privé.
Je renonce.

Je souhaite à notre amie caissière un avenir meilleur, en tout cas.
Pourquoi pas un spécial "Vis ma vie" avec Carla Bruni?
publié dans : la Boîte à cons
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