Note pour plus tard...





Le dimanche, c'est le jour du Seigneur.

Mais chez moi, le dimanche, c'est aussi (et surtout) le jour du Saigneur.

En vertu de quoi, rien ne m'interdit de sortir mon couteau de boucher, mon tranchoir et ma faux, histoire d'aller tailler un coup, découper, trancher dans le vif avec une allégresse digne de Norman Bates, dans un immense et jubilatoire n'importe quoi, dans un chaos parfaitement abscons mais ô combien réjouissant, le défouraillage inutile mais salutaire n'étant pas, comme tu le sais, l'apanage de Sergio Leone (non plus que le plissement excessif des yeux, le cache-poussière crade ou le solo d'harmonica).

Car jamais je ne fais relâche, sache-le, lecteur.
Dimanche est un jour comme les autres.
Dimanche est, comme lundi ou jeudi, le jour de la bravitude inversée.

Le dimanche aussi, je gueule.

- Môman, regarde, ma cuillère c'est un crocodile qui nage dans le bol de céréales, grrraou !
- PUTAIN DE MERDE! Y'a du lait chocolaté partout! Bravo, hein, bravo!!!
- Graaaou, ze suis le crocodile!
- Si je t'emmerde, tu m'le dis, hein!
- Grrraou!
- Ho! J'te parle!
- Grrrraou, crododile qui est parti sur les bords du Nil, n'en parlons plus! Grrraou!
- Et puis merde! N'en parlons plus, c'est ça. Bordel.

Le dimanche aussi, je conspue inutilement.

- T'entends ça??? Ce gros con de Sarkozy qui demande l'extension de la Carte Famille Nombreuse! Non mais je rêve, lui qui voulait la sucrer y'a seulement deux jours, il bouffe vraiment à tous les râteliers, ce nabot de mes deux!
- Mmmmmm.
- Attends, t'as entendu, là? Barak Obama et Hillary Clinton se foutent sur la tronche à coups de promesses électorales utopiques! Y'a un truc qui m'a échappé, là, ou bien les Yankees nous magouillent encore un truc qui pue, de toute façon avec eux ça se termine toujours en guerre préventive...
- Mmmmmm.
- Ehh, j'y crois pas! Ségolène est passée chez Drucker! Merde, on s'demande vraiment si on a une classe politique ou une classe de potaches, hein, entre l'autre minable qui pose dans Loser avec la grande Zaza, et soeur  Marie Madeleine du Parti Socialiste qui vient faire sa pub chez les décérébrés du dimanche!
- Mmmmmm.
- Et toi tu dis rien? C'est l'bordel partout, et ça te fait rien? J'hallucine!!!
- Mmmmmm.
- Monde de meeeerde! On nous prend pour des cons, et le pire c'est qu'on est encore plus cons que ça! Pays de veaux! On a le gouvernement qu'on mérite, tous ces connards n'avaient qu'à voter autrement! Poutine est un facho de première, t'as vu, il a réussi à se faire réélire sans en avoir l'air! Mais on va où, là? Il est revenu, le "Petit père des peuples" version bling-bling, hein, tu m'étonnes que Vladimir soit pote avec Nicolas! Et Berlusconi qui revient au pays de la pizza, tiens, ça fait trois connards, comme ça, les Trois Stooges! Comment tu veux que ça marche autrement que sur la tête? Humain de meeeerde, tous des cons! Vivement la troisième guerre mondiale, bordel, qu'on dégage de cette planète et qu'on laisse la place aux doryphores (Leptinotarsa decemlineata) !

Le dimanche aussi, je me fais aimablement rembarrer.

- ...pourris de chez pourris, de toute façon, meeerde, font chier...
- MAIS TU VAS LA FERMER, TA GUEULE?
- Heu?
- Bon, ça fait trente minutes que je suis privée de silence, privée de radio because tu couvres la voix de la madame des infos, privée de boire mon thé en paix, privée de me préparer tranquillement à aller bronzer sur la terrasse, entre tes conneries et les miaulements hystériques de ton con de chat que l'odeur du lait fait littéralement baver à mes pieds, sans parler de ta môme qui se prend pour un crocodile en embuscade dans le N'goro N'goro! Alors maintenant, moi je m'en vais finir mes biscottes dehors, tchao, bye bye, adios, arrivederci, hej dâ, ahn nyung hee ke se yo, et BON DEBARRAS.

Comme je suis
délicieusement lâche et ignoble, en règle générale, j'attends qu'elle soit hors de portée de mes imprécations haineuses, et puis je me mets à grogner:

- Ouais, c'est ça, eh ben de toute façon tu m'écoutes jamais! Et pis j'en ai marre, hein! Ouais, ouais, c'est facile, de te barrer sans répondre, hein!

Mais parfois, le dimanche, je suis traversée par un éclair de lucidité.
Comment te dire?
Les nuages s'écartent enfin, et je vois le visage de Dieu.
En vertu de quoi, je ferme ma gueule.

Comme ce matin, tiens.

Ce matin, j'ai plutôt envie de faire son éloge, à ma loutre au pelage lustré, ma sole meunière, mon dessert favori, la crème dans mon café, Princesse Patience, charitable gonzesse que ma connerie congénitale ne pousse point à prendre un aller simple pour Mexico ou Oakland.

Ma femme.

La seule en ce monde qui puisse me proposer une religieuse au chocolat tout en papotant d'étrons humains (et en me disant "Heureusement que j'ai pas acheté des éclairs", ce qui nous fait hurler de rire toutes les deux).
Celle qui, modestement, jure ses grands dieux que sa première place au concours, elle l'a eu en montrant ses seins (putain, j'en parle beaucoup sur le blog, en ce moment, de ses seins...réminiscence d'un allaitement traumatique dans l'enfance?)
La seule dont je tolère les kleenex usagés jonchant l'appartement comme autant de cadavres sur un champ de bataille (la Bataille du Nez après celle du Rail...ma femme est l'héroïne du mythique western Et j'entends siffler l'tarin)
La femme qui sait mieux que personne me ramener à la raison ("Mais non, bordel, c'est pas parce que t'as mal au crâne que t'as une tumeur au cerveau!").
Celle qui est capable d'ingurgiter mes tambouilles pathétiques et de sourire après, sans trahir la moindre nausée (sauf peut-être ce très léger tressaillement de la paupière gauche).


Oué.

Le dimanche, des fois, j'arrive même à être aimable.

- Bonjour mon z'amour, t'as bien dormi?
- Bonjour mon z'amour, oui merci.
- Tu veux pas que je te prépare ton p'tit dej et que je te l'apporte au pieu?
- Rôôôôh, tu ferais ça?
- Mais voui, mon p'tit Loup.

Parce que c'est un pudding bien lourd de mots doux à chaque phrase...


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Dimanche 27 avril 2008
par l'emmerdeuse ajouter un commentaire

Avertissement

 Saint Matthieu a dit, dans sa grande sagesse:
«Pourquoi voyez-vous une paille dans l’oeil de votre frère, tandis que vous ne voyez pas une poutre dans la vôtre ?»

Ce billet d'humeur ne tient absolument pas compte de cette interrogation hautement philosophique, puisqu'il se borne à lister les pailles diverses et variées d'autrui sans jamais investiguer du côté de l'auteur de ces lignes.
Pour ma poutre, donc (et je crois qu'il y en a toute une cargaison), s'adresser à ma femme.







Parce que j'ai, en cette matinée d'avril au parfum printanier et romantique, la dent dure et l'échine frémissant d'agressivité gratuite, je ne peux m'empêcher de régurgiter en ce lieu une diatribe immonde et dépourvue de sens, parfaitement injuste, consternante d'iniquité et de mauvaise foi.

Il me vient donc subitement l'envie de te parler des Oiseaux.


Pas n'importe quels oiseaux, attention.
Non.
Tu remarqueras que j'y ai mis une majuscule.

Je te parle des oiseaux les plus nuisibles, ceux qui polluent ton horizon parce qu'ils volent en formation serrée, ceux qui chient régulièrement sur tes plates-bandes parce qu'ils sont atteints de dysenterie mentale chronique, ceux qui assassinent l'orthographe à longueur de pages ou bien, au contraire, avec la pompe des grands maîtres du pré-mâché et la verve mythique des révoltés du pixel, te régurgitent des litres et des litres de théories aussi foireuses que les célèbres pets qui font hurler de rire les adorateurs de Jean-Marie Bigard.

Les Oiseaux, ils sont partout.

Ils peuvent avoir un Q.I de lombric atteint d'Alzheimer, et dans ce cas, ils sont souvent infoutus d'aligner trois mots sans placer "genre" ou "tu vois". Ils tiennent parfois un skyblog rose bonbon rempli de nounours qui clignotent et truffé de citations attribuées à Lara Fabian ou à Jennifer, ils lolent hystériquement aux bons mots de Franck Dubosc ou de Titoff (mais sont totalement dépourvus de second degré, persuadés qu'ils sont que "second degré" est un diplôme qu'on peut éventuellement passer après le BEPC) et sont susceptibles d'écouter à peu près n'importe quel groupe ou chanteur, pourvu qu'il soit issu de la téléréalité et fasse régulièrement la couverture de Girls, Jeune et Jolie, 20 ans ou Muteen (pour les spécimens masculins, pas de jaloux, se référer à n'importe quel torche-cul parlant de tuning, de scooters, de filles à poil, de foot ou de gonflette).

Dans la tranche d'âge supérieure, ce sont parfois tes voisins de palier, ces bouseux confits de certitudes bien de chez nous, qui persistent à faire dégueuler le trop-plein de flotte de leurs géraniums à la con sur ta terrasse, et qui, sûrs de leur bon droit, te rétorquent, quand tu as le malheur de leur faire remarquer que c'est limite chiant, qu'ils sont membres du Conseil Syndical, eux aussi, que les fleurs, faut que ça boive, c'est la loi de la nature, qu'ils arrosent à midi parce qu'ils ont vu dans Silence, ça pousse que c'est la meilleure heure pour les géraniums, que les relations de bon voisinage sont faites de concessions mutuelles, et que si t'es pas content, t'as qu'à pas te foutre en terrasse entre midi et seize heures.
Ils ne jurent que par le JT de Pernault, grattent religieusement leur Rapido au bar-tabac-PMU du coin, débranchent le téléphone pendant toute la durée de Sous le Soleil ou de Plus belle la vie, votent parfois à droite mais se plaignent constamment de la baisse de leurs allocs' ou des franchises médicales, vouent un culte à Michel Sardou, ne loupent aucune "spéciale" de TF1 (spéciale chanteurs français des années 70, spéciale plus grosses fortunes du monde, spéciale 100 destins extraordinaires, spéciale Lady Di se fait sodomiser par un lapin nain épileptique et schizophrène...) et apprennent à prendre du recul sur leurs problèmes de couples en regardant C'est quoi l'amour?
Qu'on les pende par les poils de cul au grand châtaignier de la cour et qu'on les oblige donc à chanter à tue-tête "Ah les Boches, on leur fera la peau" tout en étant fouettés avec des orties, merde.

Et attention.

Les Oiseaux, ils existent aussi en modèle "Bac + 8".

Ce sont parfois des débiles supérieurs sortant de grandes écoles à trois lettres comme ENA, HEC, IEP, qui vont s'empresser, une fois le précieux diplôme en poche, d'aller s'encanailler chez les anars ou à la LCR pour avoir quelque chose à raconter le samedi soir, dans un bar branché du 6e arrondissement, et qui, dans le même temps, trouveront un job payé à cinq zéros chez Lagardère et ouvriront discrètement un compte en Suisse.
Sans aller chercher aussi loin, on peut aussi rencontrer le spécimen plus classique, celui qui passe son temps à gueuler plus fort que tout le monde dans les manifs, qui est de toutes les causes, de tous les combats, de toutes les revendications, à tel point qu'on est parfaitement infoutu de savoir, en fin de compte, ce qu'il pense vraiment, ni même s'il pense tout court. Celui qui aboie avec la meute, pour peu que le chef de meute sache le caresser dans le sens du poil. Celui à qui, si tu sais t'y prendre, tu peux faire avaler absolument n'importe quelle théorie du complot, y compris la fameuse invasion extra-terrestre qui se prépare avec l'aide des Francs-Maçons, des Juifs et des Américains. Celui qui, même s'il a dépassé la trentaine, persiste à mettre des posters de Che Guevara dans sa chambre, à écouter Manu Chao uniquement parce que c'est subversif (croit-il) et à t'expliquer l'universalisme tiers-mondiste, un truc pas très clair mais rempli de mots branchés et ronflants.
Au passage, et puisqu'on en est aux Oiseaux de la catégorie "société, tu m'auras pas", je chie sur Raphaël, faux rebelle et vrai  chanteur de salle de bain, avec ses textes aussi plats que la poitrine de Jane Birkin et sa musique faussement sobre , aussi sobre et peu étudiée que les coiffures et les fringues grunge des gosses de riches de Saint-Germain des Prés.
Et j'emmerde Vincent Delerm, qui aurait pu apprendre à chanter avant de devenir chanteur et dont le timbre de voix stopperait net l'ovulation de n'importe quelle otarie de Patagonie (et moi, quand je l'entends, j'y suis vraiment, à l'agonie).


Les Oiseaux , ce sont des caméléons, ils peuvent prendre l'apparence des amis des bêtes, des amis de Grégory Lemarchal et de C. Jérome (amis des chanteurs de merde morts), des amis d'Hugo Chavez, des amis de Dorothée, des amis du square Pablo Picasso promis à la démolition dans ton quartier, des amis de Kiki la fourmi et Léon le morpion, des amis de la Cinq, des amis d'André Santini, des amis de Mireille Mathieu et de Line Renaud (amis des chanteurs de merde vivants, donc), et même des amis de tes amis.

Les Oiseaux, c'est la grosse vache qui prend toute la place dans le wagon, sans parler de son pékinois de merde qui glapit vers tout ce qui bouge (m'en vais t'en faire un cache-sexe ethnique, de ce rat). C'est Le rappeur à gueule de con qui a mis son Ipod à fond les bananes et qui me fait profiter de la musique de mongolien qu'il s'enfourne allègrement dans le conduit auditif. C'est la pouffe qui braille dans son portable, histoire d'être bien sûre que tout le monde partage son enthousiasme pour la dernière collection de Madonna chez H&M. C'est le SDF qu'est bien gentil, mais qui peut se garder son regard assassin quand je lui file rien (mon pote, j'ai pas toujours une pièce jaune sur moi, tu confonds avec Bernadette Chirac).

Je suis au stade "tolérance zéro", même le chat obèse, qui vient quémander un câlin quand je me pose enfin, en prend pour son grade:

- Rahhhh putain c'est pas le moment!!! Allécouchétagueule!!!

Marre de mes con-génères. ASSEZ.
Et ne me conseille pas, goguenard que tu es, d'aller me faire voir sur une île déserte, s'il te plait, parce qu'avec le pot que j'ai, j'y verrais débarquer l'autre connard de chevelu qui me sourirait béatement en hurlant "Attoooolllll! Les opticiens!!!"

Comme dirait ma femme, avec son sens de la formule et de l'à-propos:
"Il est bon de pester. Mais ne pestons pas plus haut que notre cul".
D'où la nécessité de trouver des palliatifs, sous peine de passer (si ce n'est déjà fait) pour une salope misanthrope, aigrie et dépourvue de la moindre étincelle de tolérance.

- Chérie je sens que je vais passer une journée de merde, j'ai l'humeur noire et le poil hérissé, je suis tendue comme un cordon de string et j'ai envie de frapper quelqu'un.
- Mon amour, va chez les Tontons*, ça ira mieux. Et pense à t'épiler, pour le poil, c'est assez dégueu, quand j'y pense.
- ...
- ...
- Chérie?
- Mon amour?
- T'avais raison pour les Tontons.
- Mmmm. Tu t'es épilée?
- Non, mais je me poile.


* Reconnu d'utilité publique





                               
publié dans : la Boîte à cons commentaires (16)   
Samedi 26 avril 2008
par l'emmerdeuse ajouter un commentaire

Y'a des jours, comme ça...

Un mec, qui était arrivé au Foyer dans le même état qu'une serpillère utilisée cent fois pour éponger la sueur de Sébastien Chabal après un match, un mec qui puait le Pastis de sept heures du mat' à minuit, un mec qui a tatoué sa haine partout sur ses bras quand il était au Zonzon, un mec dont je t'ai déjà parlé ici, en fait...

Figure-toi que ce mec a arrêté de boire depuis déjà un mois, et qu'il tient le coup.
Figure-toi qu'il a recommencé à se raser.
Figure-toi qu'il a recommencé à sourire.
Figure-toi qu'il s'est inscrit à l'ANPE et qu'il a trouvé un boulot.
Figure-toi que son fils, un môme de vingt ans qu'il n'a pas vu depuis sa naissance ou presque, lui a écrit une lettre.
Figure-toi, même, qu'ils vont se prendre un café bientôt, histoire de faire connaissance, histoire que notre bonhomme s'habitue à entendre ce mot tellement banal, "papa".

Et il flippe, le mec.
Il se demande s'il va être à la hauteur.
Il se demande s'il va se faire engueuler.
Il est pas sûr de tenir le coup sans chialer, et ça l'emmerde de pleurer devant "le gamin".

Du coup, il est excité comme un fan de Tokio Hotel avant un concert au Stade de France, il court partout, il s'est acheté des fringues aux puces de Montreuil ("Dites, ça me va? Non, parce que c'est pas de la marque, hein...j'avais pas les sous...j'ai pris du bleu, et j'ai coordonné comme je pouvais...dites...ça me va?"), il se shoote au café en attendant le grand jour et il a le palpitant qui est sur le point de jaillir de sa cage thoracique.

Figure-toi que moi aussi, je suis toute jouasse et que mon coeur s'envole comme un faucon.

Y'a des jours, comme ça.



publié dans : Tronches de vie commentaires (14)   
Vendredi 25 avril 2008
par l'emmerdeuse ajouter un commentaire

Nurse Ratchet

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Les Eves en Gilles

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