Première soirée en solitaire depuis...longtemps.
Snif, ma gonzesse à moi surveille le nid douillet pendant que je me retrouve comme une andouille à surfer sur le ouaibe...
La solitude, c'est traître. C'est une belle demoiselle qui vous fait les yeux doux, vous aguiche bien commeil faut, vous fait miroiter monts et merveilles, et puis au moment où vous vous y
attendez le moins, vous balance un uppercut sorti de nulle part qui vous fout au tapis.
J'ai la solitude amère, moi. J'suis pas faite pour rester peinarde dans mon salon, le soir, à écouter les zoziaux chanter "good night, sweet heart" pendant que les télés du quartier braillent
"buuuuuuuut !!!" et que les derniers bobos regagnent leurs nids à 1500 euros mensuels.
J'ai les gars, là, au sous-sol, qui ont décidé de profiter de l'occaze pour se mettre au boulot.
Et quand mes gars du sous-sol retroussent leurs manches, ils font pas semblant!
Ils sortent le grand jeu, hein. Ils y vont au marteau piqueur, à la masse, à la batte de base-ball. Ils foutent un bordel monstrueux dans ma petite cave habituellement paisible, je les entends
presque s'interpeller (avec des voix un peu rustaudes, genre "ouvrier chevronné"):
- Ho! Marcel! Les mauvais souvenirs, là, dans le coin, on en fait quoi?
- Ben vas-y, Lucien, vas-y! Dépote-moi tout ça!
- C'est qu'y sont bien enfermés, hein! Y'a comme du béton, autour...
- Ben on s'en fout, Lucien! Vas-y à la tronçonneuse, béton ou pas! T'en foutrais, moi, du béton....
- Ok, mon Marcel! Roulez jeunesse!
Et vas-y que j'te taille dans le vif, que j'te démollis tout ça, histoire de rigoler un peu...
Du coup, je me retrouve avec l'équivalent d'une fosse septique qui refoule grave.
Je gamberge.
Et j'ai même pas d'Eparcyl sous la main!
- Dites, les gars...oui, vous, là, en bas!
- Ouais?
- 'Pourriez pas arrêter de mettre la zone? Il est quand même juin 2007, les mecs, ça fait un peu tard pour me foutre le bocson!
- Ecoutez, ma p'tite dame, on bosse quand on peut nous! On a une commande urgente, là!
- Maisj'ai rien commandé, moi, bordel!
- Ben faut voir, hein..."inconscient de l'emmerdeuse", c'est pas chez vous, des fois?
- Heu...ben si...
- Ah! Voyez? Alors soyez sympa, laissez-nous faire notre boulot, sinon on va encore terminer à la bourre et qui c'est qui va s'faire engueuler? Mmmm?
- Ah, bon, ben...d'accord...
J'aimerais bien que les ouvriers en chair et en os, ceux qui bossent sur le nid douillet (et qui n'ont PAS ENCORE FINI, merde!) soient aussi acharnés que mes p'tits gars du sous-sol. Je pourrais
emménager demain.




