Reviens, Léon...

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Vendredi 11 mai 2007

Bon, pour en finir avec ces histoires de repentance... (et après on zappe, parce qu'on va pas y passer le réveillon)

D'abord, j'aime pas ce mot. Il a une vieille consonnance bondieusarde qui me hérisse le poil. D'ailleurs c'est un terme biblique, et ça me gonfle.

Mais passons.

Franchement, est-ce qu'un pays doit faire acte de "repentance" pour des crimes contre l'humanité commis dans le passé? Doit-il s'en excuser? Les générations actuelles doivent-elles demander pardon pour ce que leurs ancêtres ont fait?

Dois-je exiger des jeunes Allemands d'aujourd'hui qu'ils me demandent pardon pour la Shoah?
Dois-je exiger des "Blancs" (putain, ça veut rien dire...) de France, d'Angleterre, d'Espagne, du Portugal, qu'ils s'excusent pour l'esclavage?

Reconnaître les crimes passés de l'Histoire de son pays, c'est une chose, et j'ai beau ne pas blairer Chirac, je trouve qu'il a eu des couilles quand il a clairement reconnu la responsabilité de l'Etat Français dans la déportation des Juifs. S'en est-il excusé? A-t-il demandé pardon? Non, il a simplement énoncé les faits et affirmé la faute. Le crime. C'est tout ce qu'on lui demandait, enfin je pense. Et puis, l'un dans l'autre, on a jugé ce fils de p.... de Papon, même si on a laissé filer pas mal d'autres collabos.

L'esclavage, dont on célébrait l'abolition hier, c'est pareil: Commémorer, oui. Se souvenir. Reconnaître le crime. L'enseigner. Sans relâche. Bien sûr. Et s'il restait des coupables encore en vie (imagine, les momies!), on serait en droit de les juger, les négriers, les gouverneurs, les têtes couronnées, que sais-je encore...Y'a pas prescription, on est bien d'accord.

Mais s'en excuser, deux siècles plus tard? Je comprends pas bien...demander aux générations de l'an 2000 de se sentir coupables? Coupables de quoi? 

A quoi ça sert, les excuses? Sans déconner, le fait de reconnaître offciellement le crime, c'est pas moralement plus satisfaisant? Le fait de le dire, haut et fort, et d'encourager les générations actuelles à ne pas l'oublier? Parce qu'à force de demander pardon, on laisse les gens dans une situation de victimes perpétuelles, vous imaginez comme ça doit être lourd à porter??? J'ai pas envie de passer ma vie à n'être qu'une descendante d'esclaves et de déportés, moi, j'ai autre chose à faire, à vivre et à ressentir!

La culpabilité est ailleurs...elle est, par exemple, dans l'absence d'aide concrète au développement des pays du "Tiers Monde". Et là oui, c'est du concret, les mecs. Soutenir des régimes de merde et des dictateurs, c'est concret. Laisser les grands labos pharmaceutiques faire la loi et ne pas soutenir la Thaïlande ou le Brésil quand ils lancent des trithérapies génériques, c'est concret. Mettre un sparadrap là où on aurait besoin d'une chirurgie de pointe, c'est concret. Et puis, plus près de chez nous, y'a qu'à regarder autour de soi...les SDF, les gens qui ne peuvent pas se soigner correctement, les mômes qui ne vont pas à l'école...ouais, c'est concret aussi. Y'a faute, non? Un peu partout, y'a faute...

Et ça ne demande pas des excuses mais des actions. Des actes. Des investissements. Des politiques nouvelles. (j'y crois pas...on croirait entendre Arlette!)

Bon, j'ai pondu mon p'tit caca nerveux du vendredi matin.
J'me sens mieux.

Je peux reprendre une activité normale et éteindre mon ordinateur.

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Jeudi 10 mai 2007

Tiens, aujourd'hui c'est la commémoration de l'abolition de l'esclavage, les gars!

Ce qui tombe plutôt bien, j'adore commémorer, je commémore souvent, entre les naissances, les décès, les victoires, les défaites, les catastrophes, les saisons...Tiens, chaque année à la même date, je me commémore, on appelle ça un anniversaire.

Blague à part, je tiens à apporter ma modeste contribution aux tonnes de blablas  que Sarko et le Chi ont déversé cet après-midi au Luxembourg. Si, si, j'y tiens, mais j'y mettrai de l'humilité, hein, moi je ne suis pas présidente de la République (ni  retraitée imminente). Je ne sais pas très bien exprimer la mémoire, moi, j'ai pas fait Sciences-Po, ni l'ENA, je n'ai pas le bagage culturel de nos élites, ni le talent d'orateur de nos ministres...

Or donc, pendant que nos grands hommes débitaient leurs discours, il m'est venu à l'esprit une image.

Une vieille photo, en fait.

C'est fou, parce que sur cette photo, j'ai longtemps cru qu'on voyait ma grand-mère. 
En fait, comme mon paternel me l'a expliqué, c'est mon arrière-grand-mère...Mais la ressemblance est presque flippante.

Mon arrière-grand-mère, donc, née dans les années 1880, à Cuba.

Née esclave.

Affranchie en 1886, quand on a estimé, sur l'île, que l'esclavage faisait un peu tache.

Elle s'appelait Hortensia de son prénom chrétien, Obadina de son prénom africain. Elle était originaire du Nigeria et appartenait à l'ethnie Yoruba.

Elle m'a laissé un collier de perles bleues et blanches qui symbolisent son orisha Yemaya, déesse de la mer et des eaux. Et aussi une vieille commode assez jolie, cadeau du maître à sa mère. A ma frangine, elle a laissé son prénom, et c'est pas forcément un cadeau (s'appeler Hortensia, de nos jours...dur).

Et puis elle nous a laissé ce petit goût de café qu'on a sur la peau, ce nez épaté, ce cul rebondi et cette cambrure qui me fait parfois bien chier quand j'ai mal au dos.

Allez, grand-mère, regarde comme c'est chouette, maintenant j'ai une date officielle pour me souvenir de toi!

Tu sais quoi?

Je m'en fous.

Pendant que les pontes commémorent, moi je com' mes morts, on papote, on se raconte des trucs, on parle de tout et de rien, j'aimerais bien qu'on puisse se boire une p'tite mousse, même...

Question calendrier, on a plein de rencarts, mes morts et moi! 
Allez, rendez-vous en avril 2008 pour le Yom Ha Shoah!

publié dans : Mon moi personnel, profond, du dedans
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