Reviens, Léon...

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Dimanche 10 février 2008
 

Pour ceux et celles qui ne savent pas quoi foutre de leur samedi soir (c'est-à-dire ceux et celles qui ne vont pas tortiller du cul dans une boîte à gouines, une boîte à pédés, une boîte à hétéros, une boîte à sardines ou une boîte à cons), je ne saurais trop recommander d'ouvrir l'excellent "best of" de Val et Cavanna: Les années Charlie.

Si, comme moi,  vous avez fait la connerie de naître trop tard pour gueuler "sous les pavés la plage" (et d'en prendre deux ou trois dans la gueule)  mais que vous voulez quand même voir De Gaulle enterré par un titre lapidaire devenu mythique ("Bal tragique à Colombey: Un mort" ), si vous voulez voir le Pape en train partouzer au Vatican avec des nazis, la campagne des législatives de 1978 avec Giscard, Marchais et les autres ("ça sent la pisse") , Mitterrand en pleine décomposition physique ("Arrêtez de donner à l'ARC, Mitterrand est mort") ou les beaufs des stations de ski épinglés comme des gros cons ("Avalanches: La chasse d'eau à crétins"), en fait si vous aimez la satire sans limite ou presque, la putasserie jouissive et l'agressivité intelligente (oui, ça arrive), payez-vous Les années Charlie (1969-2004) parce qu'à l'époque on avait de vrais dessinateurs méchants comme des pitbulls, alors qu'aujourd'hui on ne peut compter que sur Plantu et Levraoueger, ce qui fait peu, merde.

Seul inconvénient de ce genre d'album, c'est que quand tu le lis au pieu le soir, si ta meuf (ou ton mec, ou les deux, ou même ton hamster jovial) dort déjà (je ne dénonce personne), tes ricanements irrépressibles risquent de foutre un peu le bordel dans son juste sommeil. Du coup, il / elle peut se retrouver étrangement fatigué(e) dans la semaine et repousser tes avances subtiles ("chéri? On baise?").

Te voilà prévenu.

Charlie Hebdo: Peut nuire gravement à la sexualité.


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Mardi 22 janvier 2008



Manu Larcenet est un enfoiré.
C'est même un salaud.

Sans déconner.
Jamais, oui vous lisez bien, jamais je n'ai versé la moindre larme sur un bouquin, encore moins sur une bédé. A la rigueur, devant un film, et encore, j'ai pas chialé au cinéma depuis E.T l'extraterrestre , et je portais presque encore des couches (non, j'ai pas du tout été touchée par La déchirure ou La liste de Schindler, encore moins par Midnight express, ne parlons pas de La couleur Pourpre, qui m'a fait hurler de rire, ben oui, évidemment, puisque j'ai un coeur de pierre, je me tue à vous le répéter).

Oui, je suis plus une machine qu'un être humain, un peu comme mon maître à penser, Darth Vador.
Et je l'assume très bien.

Alors évidemment, quand je me surprends à sentir mes petits yeux chassieux et globuleux (ça veut rien dire) s'embuer à la lecture d'une vulgaire bande dessinée, tout de suite, je vois rouge.

Parce que ça m'empêche de commencer mon article par "c'est d'la merde" ou "tous des connards", ce qui est quand même davantage dans mes habitudes (et on reconnait là mon légendaire sens de la mesure et mon objectivité mythique).

Donc, Manu Larcenet est un salaud.

D'abord, il me fait chier, à mettre en scène un personnage comme Marco.

C'est vrai, quoi. Marco, il est névrosé à l'extrême, il a des crises d'angoisse qui le conduisent régulièrement aux urgences, il est plutôt à gauche parce qu'il aime bien les gens (même les pauvres et les basanés, ben oui, sinon il voterait Sarkozy), il est infoutu d'avoir des rapports simples avec les femmes, infoutu aussi de parler pour vider son sac, il a du mal à entrer en contact avec son paternel mais il l'adore, il a un con de chat qui s'appelle Adolf (mais c'est pas un nazi) et il ne sait absolument pas où il va.
Marco, il est tellement flippé qu'il fait des malaises dans les chiottes sur le bord des autoroutes.
Marco, il a tellement redouté la mort de ses parents, depuis qu'il est môme, qu'il l'a mise en scène dans sa tête sous tous les angles, histoire d'anticiper et de conjurer la trouille.
Marco, quand il est défoncé, il essaie d'apprivoiser une chouette avec des côtes de porc.
Marco, il se rend pas compte que ça fait deux ans qu'il sort la même vanne toute pourrie à son frangin (et on parle de routine...)

Marco, c'est un peu moi, et ça m'emmerde profondément.

Ma mère à moi aussi, elle s'inquiète pour mon transit intestinal.
Ma chatte à moi (l'animal, bande de tarés, l'animal) on pourrait l'appeler Eva Braun, tant elle est putassière (par ailleurs elle finira très mal, elle aussi).

Il me gave, Manu Larcenet, à brosser des portraits touchants, qui me rappellent forcément quelqu'un, des gueules cassées d'ouvriers qui me ramènent aux mines du Nord, à la France "d'en bas" de mes grands-parents...Une jeune véto qui soigne les z'animaux, qui voudrait bien aussi soigner les blessures existentielles du héros et qui est tellement bien dans ses baskets qu'elle en devient flippante pour quelqu'un d'aussi névrosé que Marco (tiens...Sam Fisher a les oreilles qui sifflent, elle que je trouvais "trop normale" pour être honnête avant qu'elle ne me pacse la bague au doigt), un vieux papi plein de sagesse (genre "Obi Wan Kenobi") mais qui a aussi son côté obscur (genre "Darth Sidious"), et puis les chansons des Clash, les gros pétards, le facho de service (le vrai, celui de la France profonde) suivi comme son ombre par un chien tellement  con et lobotomisé qu'il doit s'appeler Jean-Marie (Le Pen ou Bigard, au choix)...

Et l'emmerdeuse qui sent son estomac se contracter (oui, elle a trop regardé Alien dans sa folle jeunesse) quand elle découvre la fin du premier tome, et qui a envie de se précipiter sur sa meuf, sa moitié d'orange, son z'amour, sa pomme d'api, sa gonzesse, juste pour lui dire, en plagiant Marco, que "tout...tout est mieux avec toi que sans"...

Bon, puisque je me dois de le dire, j'le dis, et pis après je reviens à mes "c'est d'la merde" habituels, parce que je suis pas une sainte, bordel:
Si tu aimes la  bonne BD, si tu as un coeur et pas seulement un portefeuille, si les présidentielles de 2002 t'ont donné envie d'acheter un tube de vaseline, si tu n'es pas fan de Grégory Lemarchal (nous voilà), si tu as un quotient intellectuel suffisant pour ne pas rigoler en regardant Cauet sur TF1, si tu aimes bien les vrais gens, ceux de tous les jours et de tout partout, si, en somme, tu es quelqu'un dont la personnalité se révèle un peu plus complexe que celle d''une huître du bassin d'Arcachon (ou de Cauet, mais c'est un peu la même chose), casse ta tirelire et va t'offir les aventures de Marco en quatre tomes:

- Le combat ordinaire
- Les quantités négligeables
- Ce qui est précieux
- Planter des clous (sortie prévue en mars)

Ceci étant dit, Manu Larcenet, je ne lui dis pas merci (et à cette salope de Mamie Nova non plus, d'ailleurs).

Parce que Manu Larcenet, il m'empêche de râler en paix.
Il me casse ma misanthropie.
Il me réconcilie avec l'humain.

Et ça, c'est scandaleux.

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