Lundi 23 juillet 2007
Quand je me suis casée avec Sam Fisher, j'avais tout prévu.
Le coming-out pas encore fait de la demoiselle (ça s'est arrangé depuis)
Les origines normandes (Camembert dans le frigo)
La passion pour les objets publicitaires (ce côté délicieusement kitsch, qui fout la honte quand les potes viennent dîner)
Les horaires de boulot ("je rentrerai tôt ce soir, serai là vers 19h30" , "chouette, mamour, chouette")
Mais y'a un truc qui m'est tombé dessus.
La grand-mère.
Mamie C...
87 balais et une grande gueule.
Pas le genre légume catatonique collée devant Questions pour un champion tandis qu'un petit filet de bave s'écoule sur le vieux lino du séjour.
Non.
Autant de neurones qu'une gamine de 20 ans.
Le jour où j'ai rencontré toute la sainte famille, j'en menais pas large...
Je me disais que même si ses vieux avaient finalement bien pris la chose, ça allait forcément coincer quelque part, voyez, la province profonde, tout ça...
Alors évidemment, quand Poupon la Peste et moi avons été accueillies à bras ouverts sous le sapin de Noël, ça m'a un peu soulagée.
Jusqu'à ce que Sam m'annonce, le soir, sous la couette:
- Ahem...j't'ai pas dit?
- Non, quoi?
- Heu...C'étai chouette, ce soir, hein?
- Ah oui, génial! Tes parents sont vachement sympas, hein. Et puis, t'as de la chance, ils ont tellement bien pris la chose...
- Oui oui...
- .....
- .....
- Bon, t'as un truc à me dire?
- Voui.
- Ben vas-y, crache!
- Demain, ma grand-mère vient pour le repas de Noël. Heu...C'est super, non?
Grand-mère?
GRAND-MERE???
Sa grand-mère.
Une mamie de province.
Le genre qui a connu la guerre.
Le genre qui a des principes.
Qui garde un renard empaillé dans son salon (si, si).
Putain, la cata.
J'en ai pas dormi de la nuit.
Et c'était pire quand je l'ai vue.
Petite.
Rondelette.
Marche avec difficulté (si elle a de l'arthrose, on est foutus, la douleur lève les inhibitions et balaie les règles de la bienséance)
Le regard bleu acier. Perçant comme celui de Clint Eastwood.
Générique "Le bon, la brute et le truand".
Polie, la mémé.
On n'a pas abordé le sujet pendant tout le repas.
"Passez-moi le sel, s'il vous plaît".
Ce genre de choses.
Et puis, évidemment, il a fallu que je me retrouve seule dans la cuisine avec elle.
Un ange passe.
Un deuxième.
Les anges s'emmerdent et décident d'éviter le secteur, en fin de compte.
- Dites, elle a l'air en forme, ma petite-fille.
- Heu...oui, oui.
- C'est drôle.
- Ah bon...heu...
- Je veux dire, c'est drôle, la vie. Il arrive des choses, comme ça.
- Ouais...des choses.
- Bon, dites...
- Oui?
- On peut se tutoyer?
- ........
- Et puis appelle-moi Mamie, parce que "madame", quand même....ça me donne l'impression d'être une vieille.
Et voilà.
Mise K.O par une vioque claudiquante de 87 piges.
Et quand Poupon la Peste, peu après, lui a demandé (avec le tact qui la caractérise):
- T'es qui? Comment tu t'appelles?
La réponse de Clint Eastwood a fusé, directe, sans appel, comme une balle de .38:
- Appelle-moi "Grand-Mamie".
Le coming-out pas encore fait de la demoiselle (ça s'est arrangé depuis)
Les origines normandes (Camembert dans le frigo)
La passion pour les objets publicitaires (ce côté délicieusement kitsch, qui fout la honte quand les potes viennent dîner)
Les horaires de boulot ("je rentrerai tôt ce soir, serai là vers 19h30" , "chouette, mamour, chouette")
Mais y'a un truc qui m'est tombé dessus.
La grand-mère.
Mamie C...
87 balais et une grande gueule.
Pas le genre légume catatonique collée devant Questions pour un champion tandis qu'un petit filet de bave s'écoule sur le vieux lino du séjour.
Non.
Autant de neurones qu'une gamine de 20 ans.
Le jour où j'ai rencontré toute la sainte famille, j'en menais pas large...
Je me disais que même si ses vieux avaient finalement bien pris la chose, ça allait forcément coincer quelque part, voyez, la province profonde, tout ça...
Alors évidemment, quand Poupon la Peste et moi avons été accueillies à bras ouverts sous le sapin de Noël, ça m'a un peu soulagée.
Jusqu'à ce que Sam m'annonce, le soir, sous la couette:
- Ahem...j't'ai pas dit?
- Non, quoi?
- Heu...C'étai chouette, ce soir, hein?
- Ah oui, génial! Tes parents sont vachement sympas, hein. Et puis, t'as de la chance, ils ont tellement bien pris la chose...
- Oui oui...
- .....
- .....
- Bon, t'as un truc à me dire?
- Voui.
- Ben vas-y, crache!
- Demain, ma grand-mère vient pour le repas de Noël. Heu...C'est super, non?
Grand-mère?
GRAND-MERE???
Sa grand-mère.
Une mamie de province.
Le genre qui a connu la guerre.
Le genre qui a des principes.
Qui garde un renard empaillé dans son salon (si, si).
Putain, la cata.
J'en ai pas dormi de la nuit.
Et c'était pire quand je l'ai vue.
Petite.
Rondelette.
Marche avec difficulté (si elle a de l'arthrose, on est foutus, la douleur lève les inhibitions et balaie les règles de la bienséance)
Le regard bleu acier. Perçant comme celui de Clint Eastwood.
Générique "Le bon, la brute et le truand".
Polie, la mémé.
On n'a pas abordé le sujet pendant tout le repas.
"Passez-moi le sel, s'il vous plaît".
Ce genre de choses.
Et puis, évidemment, il a fallu que je me retrouve seule dans la cuisine avec elle.
Un ange passe.
Un deuxième.
Les anges s'emmerdent et décident d'éviter le secteur, en fin de compte.
- Dites, elle a l'air en forme, ma petite-fille.
- Heu...oui, oui.
- C'est drôle.
- Ah bon...heu...
- Je veux dire, c'est drôle, la vie. Il arrive des choses, comme ça.
- Ouais...des choses.
- Bon, dites...
- Oui?
- On peut se tutoyer?
- ........
- Et puis appelle-moi Mamie, parce que "madame", quand même....ça me donne l'impression d'être une vieille.
Et voilà.
Mise K.O par une vioque claudiquante de 87 piges.
Et quand Poupon la Peste, peu après, lui a demandé (avec le tact qui la caractérise):
- T'es qui? Comment tu t'appelles?
La réponse de Clint Eastwood a fusé, directe, sans appel, comme une balle de .38:
- Appelle-moi "Grand-Mamie".







