Reviens, Léon...

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Lundi 28 avril 2008




Ma fille a décidément tout compris à l'histoire de la Pâques Juive.

L'autre soir, dans la voiture qui nous conduisait au repas familial, alors qu'on aurait bien eu besoin d'un petit Moïse en tenue d'Adam pour nous ouvrir les flots puants de ce putain de Périph' archi-blindé (ils allaient tous fêter la sortie d'Egypte chez oncle Isaac, ces cons?), la gamine nous a résumé les centaines de pages hermétiques de la Haggadah en une phrase:

- Les Juifs, ils étaient prisonniers dans des pyramides de gypse.

Ce qui m'a fait éclater de rire.

- Nan, tétard, dans l'histoire, les Juifs étaient prisonniers en Egypte et ils construisaient des pyramides.

Enfin ça, c'est la version de Moïse, hein, parce que selon Raël, ce sont les "Elohims" qui ont construit les pyramides, alors que d'après Ron Hubbard, il n'y a jamais eu d'Egyptiens, tandis que les fans de Stargate nous expliquent que Râ était un alien sanguinaire qui a fait construire les pyramides sur la planète Kouillemol avant de réduire les Terriens en esclavage.
Ce qu'il y a de bien, avec les illuminés de tous poils, c'est qu'ils ont toujours fait marcher le business des champignons qui font rire, déjà bien avant l'époque où un hippie chevelu dopé au LSD croyait marcher sur l'eau.

La Pâques Juive, donc, c'est un moment où tout le monde se retrouve autour d'une table, et selon que tu  sois originaire d'Europe de l'Est ou du Maghreb, tu es parti pour une longue soirée gefilte fish ou une indigestion de couscous.

Le plus rigolo, c'est quand tu mets autour de la même table les adeptes de la semoule et les prophètes des gehaktè leiber mit tsibaléss.

Là, tu es certain d'assister, à un moment ou un autre, à un incident diplomatique majeur qui mettra tout le monde mal à l'aise, par exemple quand la maîtresse de maison  se met à secouer une branche de céleri (à moins que ça ne soit un poireau) au-dessus de chaque assiette, un peu comme un chaman Aztèque le ferait avec un totem en os de lama, en expliquant que dans son pays on fait comme ça, et que les convives se tortillent sur leurs chaises (parce que dans leur pays, on fait pas du tout comme ça, le coup de l'os de lama c'est total décalé, limite post-moderne à leurs yeux).

En plus, toi, tu n'en as pas grand-chose à cirer, de savoir combien de plaies Dieu a envoyé sur l'Egypte, toi tu as vu Charlton Heston se la péter grave sur le Mont Sinaï, et toute ton éducation religieuse a commencé à ce moment précis, pour se terminer pas beaucoup plus tard, avec la même scène du Mont Sinaï, mais reprise par Mel Brooks, qui est un sacré blasphémateur et qui ira en Enfer avec Groucho Marx.


 



En tout cas, la soirée ne peut être que sacrément réussie, parce que personne ne sait lire l'hébreu sauf le mari de ma cousine (mais il a du mal, ça fait vingt ans qu'il n'a pas essayé de lire "Comment devenir une mère juive en dix leçons" dans la langue d'Abraham), alors du coup, chacun expédie un paragraphe en français, et quand je te dis "expédie", ne crois pas que ce soit un abus de langage ou une figure de style, parce que tout le monde a la dalle, surtout le cousin Jo qui a divorcé d'avec Dieu aux alentours de 1945, et qui te regarde l'assiette de
gehaktè leiber mit tsibaléss avec la même étincelle au fond des yeux que Sarkozy quand il voit un truc qui brille.

Et puis comme y'a pas de dîner de Juifs sans engueulades (enfin, pas dans ma famille, les autres je sais pas, mais bon), ça commence à chauffer sévère entre les mères et les filles, surtout la cousine Carole qui regarde la sienne (de mère) comme si elle allait lui annoncer qu'elle a finalement décidé d'abandonner son bébé à la DDASS, de divorcer, de se remarier avec un acteur au chômage et de se barrer pour toujours en Moldavie afin d'y entamer une carrière de prostituée de luxe.

- Maman? Maintenant, tu te tais.

Et je peux te dire que ça ne souffre aucun début de tentative de réplique, parce que c'est dit sur un ton qui ferait débander un Rocco Siffredi sous Viagra en deux secondes et demi, pas plus.

Et le p'tit vin?
Ahhhh, le p'tit vin.
Un rouge, certifié kasher (ça veut dire quoi, d'ailleurs, du vin kasher, est-ce que les raisins ont été pressés par des mecs habillés comme Rabbi Jacob, au son d'un bon petit jazz klezmer?).

Alors bon, le vin, on est censé le boire à certains moments du récit de la sortie d'Egypte (aux moments où on te dit de le boire, en gros), et le boire dans une certaine position, celle des Romains, car ils buvaient comme des hommes libres, alors que les esclaves buvaient...comme des esclaves, quoi, mais moi on ne me fera pas croire que les esclaves buvaient du vin, eh ho, faut pas me prendre pour une imbécile, non plus, et....

Qu'est-ce que je te disais?

Ah ouais.
Le pinard.

Donc, le pinard, il fallait en boire une gorgée de temps en temps, mais moi, tu me connais, eh ben chaque fois qu'il fallait s'en envoyer une rasade, j'en profitais pour descendre la moitié de mon verre, parce que kasher ou pas, Dieu qu'il était bon, ce p'tit vin!

Résultat, ben après une heure de prières approximatives, moi j'étais un peu bourrée, cousin Jo ne se retenait même plus de lorgner la bouffe avec des boules de Loto à la place des yeux, ma fille essayait d'atteindre la téloche et le lecteur DVD pour se mettre Barbapapa en loucedé, la maîtresse de maison oubliait la casserole sur le feu, le bébé se réveillait en braillant, ma mère était à quatre pattes avec ma fille pour allumer la téloche, ma tante s'engueulait avec sa cousine, et ma femme essayait de comprendre tout le bastringue de la cérémonie sans piquer une crise d'angoisse (elle, elle a été baptisée, c'est un truc que moi je connais pas très bien, mais qui peut sûrement virer au bordel complet si on y met un peu du sien, y'a pas de raison).

Le pire, c'est que j'arrive pas à savoir si cette hystérie collective permanente, qui se répète chaque fois qu'on se retrouve tous ensemble, est provoquée par le fait que ce soit Pessah (ou Yom Kippour, ou Rosh Hashana) ou si c'est juste un truc génétique.

Mais comme on ne se retrouve tous ensemble que pour ces grandes fêtes religieuses, ça me met le doute, tu vois.

D'où j'en conclus, ami lecteur, que si la drogue c'est de la merde, et si les religions sont l'opium du peuple, eh ben faudrait coller sur tous les exemplaires de la Bible, du Coran et même des bouquins de cuisine de Cyril Lignac, un avertissement concernant la santé mentale des usagers.












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Dimanche 27 avril 2008




Le dimanche, c'est le jour du Seigneur.

Mais chez moi, le dimanche, c'est aussi (et surtout) le jour du Saigneur.

En vertu de quoi, rien ne m'interdit de sortir mon couteau de boucher, mon tranchoir et ma faux, histoire d'aller tailler un coup, découper, trancher dans le vif avec une allégresse digne de Norman Bates, dans un immense et jubilatoire n'importe quoi, dans un chaos parfaitement abscons mais ô combien réjouissant, le défouraillage inutile mais salutaire n'étant pas, comme tu le sais, l'apanage de Sergio Leone (non plus que le plissement excessif des yeux, le cache-poussière crade ou le solo d'harmonica).

Car jamais je ne fais relâche, sache-le, lecteur.
Dimanche est un jour comme les autres.
Dimanche est, comme lundi ou jeudi, le jour de la bravitude inversée.

Le dimanche aussi, je gueule.

- Môman, regarde, ma cuillère c'est un crocodile qui nage dans le bol de céréales, grrraou !
- PUTAIN DE MERDE! Y'a du lait chocolaté partout! Bravo, hein, bravo!!!
- Graaaou, ze suis le crocodile!
- Si je t'emmerde, tu m'le dis, hein!
- Grrraou!
- Ho! J'te parle!
- Grrrraou, crododile qui est parti sur les bords du Nil, n'en parlons plus! Grrraou!
- Et puis merde! N'en parlons plus, c'est ça. Bordel.

Le dimanche aussi, je conspue inutilement.

- T'entends ça??? Ce gros con de Sarkozy qui demande l'extension de la Carte Famille Nombreuse! Non mais je rêve, lui qui voulait la sucrer y'a seulement deux jours, il bouffe vraiment à tous les râteliers, ce nabot de mes deux!
- Mmmmmm.
- Attends, t'as entendu, là? Barak Obama et Hillary Clinton se foutent sur la tronche à coups de promesses électorales utopiques! Y'a un truc qui m'a échappé, là, ou bien les Yankees nous magouillent encore un truc qui pue, de toute façon avec eux ça se termine toujours en guerre préventive...
- Mmmmmm.
- Ehh, j'y crois pas! Ségolène est passée chez Drucker! Merde, on s'demande vraiment si on a une classe politique ou une classe de potaches, hein, entre l'autre minable qui pose dans Loser avec la grande Zaza, et soeur  Marie Madeleine du Parti Socialiste qui vient faire sa pub chez les décérébrés du dimanche!
- Mmmmmm.
- Et toi tu dis rien? C'est l'bordel partout, et ça te fait rien? J'hallucine!!!
- Mmmmmm.
- Monde de meeeerde! On nous prend pour des cons, et le pire c'est qu'on est encore plus cons que ça! Pays de veaux! On a le gouvernement qu'on mérite, tous ces connards n'avaient qu'à voter autrement! Poutine est un facho de première, t'as vu, il a réussi à se faire réélire sans en avoir l'air! Mais on va où, là? Il est revenu, le "Petit père des peuples" version bling-bling, hein, tu m'étonnes que Vladimir soit pote avec Nicolas! Et Berlusconi qui revient au pays de la pizza, tiens, ça fait trois connards, comme ça, les Trois Stooges! Comment tu veux que ça marche autrement que sur la tête? Humain de meeeerde, tous des cons! Vivement la troisième guerre mondiale, bordel, qu'on dégage de cette planète et qu'on laisse la place aux doryphores (Leptinotarsa decemlineata) !

Le dimanche aussi, je me fais aimablement rembarrer.

- ...pourris de chez pourris, de toute façon, meeerde, font chier...
- MAIS TU VAS LA FERMER, TA GUEULE?
- Heu?
- Bon, ça fait trente minutes que je suis privée de silence, privée de radio because tu couvres la voix de la madame des infos, privée de boire mon thé en paix, privée de me préparer tranquillement à aller bronzer sur la terrasse, entre tes conneries et les miaulements hystériques de ton con de chat que l'odeur du lait fait littéralement baver à mes pieds, sans parler de ta môme qui se prend pour un crocodile en embuscade dans le N'goro N'goro! Alors maintenant, moi je m'en vais finir mes biscottes dehors, tchao, bye bye, adios, arrivederci, hej dâ, ahn nyung hee ke se yo, et BON DEBARRAS.

Comme je suis
délicieusement lâche et ignoble, en règle générale, j'attends qu'elle soit hors de portée de mes imprécations haineuses, et puis je me mets à grogner:

- Ouais, c'est ça, eh ben de toute façon tu m'écoutes jamais! Et pis j'en ai marre, hein! Ouais, ouais, c'est facile, de te barrer sans répondre, hein!

Mais parfois, le dimanche, je suis traversée par un éclair de lucidité.
Comment te dire?
Les nuages s'écartent enfin, et je vois le visage de Dieu.
En vertu de quoi, je ferme ma gueule.

Comme ce matin, tiens.

Ce matin, j'ai plutôt envie de faire son éloge, à ma loutre au pelage lustré, ma sole meunière, mon dessert favori, la crème dans mon café, Princesse Patience, charitable gonzesse que ma connerie congénitale ne pousse point à prendre un aller simple pour Mexico ou Oakland.

Ma femme.

La seule en ce monde qui puisse me proposer une religieuse au chocolat tout en papotant d'étrons humains (et en me disant "Heureusement que j'ai pas acheté des éclairs", ce qui nous fait hurler de rire toutes les deux).
Celle qui, modestement, jure ses grands dieux que sa première place au concours, elle l'a eu en montrant ses seins (putain, j'en parle beaucoup sur le blog, en ce moment, de ses seins...réminiscence d'un allaitement traumatique dans l'enfance?)
La seule dont je tolère les kleenex usagés jonchant l'appartement comme autant de cadavres sur un champ de bataille (la Bataille du Nez après celle du Rail...ma femme est l'héroïne du mythique western Et j'entends siffler l'tarin)
La femme qui sait mieux que personne me ramener à la raison ("Mais non, bordel, c'est pas parce que t'as mal au crâne que t'as une tumeur au cerveau!").
Celle qui est capable d'ingurgiter mes tambouilles pathétiques et de sourire après, sans trahir la moindre nausée (sauf peut-être ce très léger tressaillement de la paupière gauche).


Oué.

Le dimanche, des fois, j'arrive même à être aimable.

- Bonjour mon z'amour, t'as bien dormi?
- Bonjour mon z'amour, oui merci.
- Tu veux pas que je te prépare ton p'tit dej et que je te l'apporte au pieu?
- Rôôôôh, tu ferais ça?
- Mais voui, mon p'tit Loup.

Parce que c'est un pudding bien lourd de mots doux à chaque phrase...


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