La question est bateau, bidon, entendue des centaines de fois, envoyée par mail dans le cadre de ces foutus "tests de personnalité"...
Mais j'ai envie d'y répondre, parce qu'en ce moment, je me sens horriblement frustrée.
"Si vous partiez sur une île déserte, quelles sont les trois choses que vous emporteriez avec vous?"
Réponse: Des livres, des livres et des livres.
(J'emmènerais bien aussi ma télé et mon lecteur de DVD, mais où irais-je brancher tout le bazar? A moins d'y ajouter une dynamo et d'emmener avec moi un nain de poche, qui pédalerait comme
un fou pendant que je materais "Scarface" sous les cocotiers....)
Des livres, donc. Et je suis justement trèèèèès frustrée parce qu'en ce moment, j'ai pas le temps d'en lire. Ni même l'envie. Fait chier.
C'est marrant, j'ai du mal à me souvenir du moment précis où j'ai commencé à lire. Et pourtant, c'est un moment-clé, charnière, dans ma misérable existence, vu que c'est devenu une addiction, une
boulimie, une véritable pathologie.
Je crois que j'ai commencé, étrangement, par piquer un Agatha Christie à ma grand-mère. Je crois même que c'était "Dix petits nègres", parce que le titre m'a fait peur,
je pensais que c'était un bouquin raciste (ouais, bon, un peu d'indulgence, j'avais sept ans...)
Et puis j'ai enchainé avec la Bibliothèque Verte. La Rose, j'ai jamais accroché, Fantômette me faisait l'effet d'une petite pouffiasse au costard ridicule...
Le Club des Cinq (si Claude n'est pas gouine, moi j'suis le pape), les Six Compagnons, et très vite...tadadadada...Les Conquérants de l'Impossible! Ou comment un groupe
d'ados (dont un chevalier du Moyen-Age ressuscité et un Indien du Mexique!) voyage dans le temps et vit des aventures pas possibles avec Léonard de Vinci et Trajan, sauve Louis XVII d'une mort
affreuse, échappe à des dinosaures affamés...Ouais, c'était carrément rocambolesque. Et aussi délicieux, à lire, qu'une glace au chocolat à déguster. Science-fiction, aventure, le tout servi
chaud à l'heure du bain. Ah oui, parce que je dois avouer que mes deux endroits de prédilection, pour bouquiner, ont toujours été le bain et le plummard.
- On va dîner, tu sors du bain?
- Ouais, j'arrive, m'man!
(............)
- Bon, c'est servi! Tu viens?
- Deux minutes, m'man!
(...........)
- Bon, c'est prêt, là! Ras l'bol! Tu viens manger ou quoi???
- Mmmmmmm.......
(..........)
- Bon ben t'as gagné, hein! Le dîner est froid!!!
(Mon bain aussi, mais au moins j'ai fini mon chapitre)
Et que dire de la collection "Castor Poche"? Premières lectures un peu "sérieuses"...Ahhh, les romans de Robert Newton Peck! La dernière chance, surtout, ou comment un
ado pourri-gâté et tête à claques (tiens, un peu comme les "meuarf" d'aujourd'hui) se retrouve à cohabiter avec un vieux solitaire dans une cabane perdue en pleine montagne...Petite leçon de
survie et d'humanité, je rêvais à l'époque qu'on me donne le même genre de coup de pompe dans l'cul. Faut croire que j'avais besoin d'être un peu secouée dans le cocon...
Et puis tous ces bouquins qui parlaient de chevaux, ma grande passion de l'époque...Charlie l'impossible (qui
m'a vaccinée, pour un temps, de mon envie d'avoir un canasson bien à moi), et les classiques comme L'étalon Noir et Mon amie Flicka...(C'est qu'à l'époque, j'étais pas encore
une emmerdeuse patentée et blasée, j'avais encore un coeur, un coeur de petite pisseuse...)
Et l'Attrape-Coeurs, de Sallinger! Et Un sac de billes! Et Malika, de Valérie Valère (encore une emmerdeuse, tiens, qui nous a bien
eus en ayant la mauvaise idée de mourir à vingt ans...p'tite conne, va...)
Et puis tant d'autres bouquins, dévorés sous la couette (oui, j'ai dit que l'autre lieu privilégié de mes lectures, c'est le pieu) avec une lampe de poche!
- Tu lis pas sous la couverture, hein?
- Nan, m'man, j'te jure, je dors!
- Alors c'est quoi cette lumière?
- Heu...ben...j'regardais juste si mes seins avaient poussé depuis hier...
- Tu te fous de moi?
(Ben...oui, oui, un peu, quand même...)
Et encore plus tard (merci le "Grand Lycée d'Elite", tu m'as au moins apporté ça), Molière et Voltaire, et mon prof de français, en terminale, me lisant à voix
haute un passage de l'Ingénu (moment culte, parce qu'en plus d'y mettre l'intonation, il mimait la scène). Et tous les grands classiques qui m'ont bien fait chier quand je devais en
faire une analyse...Vous avez déjà dû vous taper un comm' sur La vie d'Henri Brulard, vous? Ben c'est aussi agréable que de recopier 10 000 fois "j'irai pas cracher sur vos tombes". Et
en parlant de Boris Vian , y' a L'Ecume des jours, aussi...et Vipère au poing, tiens, je l'avais z'oublié, sacré Hervé Bazin...
Et Stephen King, qui faisait hurler mes profs quand ils me chopaient en train de lire Carrie ou bien Cujo...
- Mais quelle hérésie! Ce n'est pas de la littérature, ça!
- Ah non? Ben c'est quoi?
- C'est...c'est...(ici, étranglement de rage) C'est d'la merde, voilà!!! Un pseudo-écrivain, anglo-saxon qui plus est, un pâle pisse-copie qui ne fait que du porno!
- Ah bon, vous l'avez déjà lu?
- Jamais de la vie!!!
- Ben c'est peut-être de la merde, m'sieur, mais on doit être un sacré paquet de mouches, vu le nombre d'exemplaires qu'il écoule, ce pornographe...
Eh ben ouais! Rien de tel qu'un petit King, un bon vieux Lovecraft ou un excellent Poe pour lacher les fauves qui trépignent au fond du subconscient! C'est qu'on
a tous une cuvette de chiottes mal lavée, quelque part au fond de notre cervelle de bipèdes, et l'une des fonctions de la littérature fantastique, c'est de la récurer de temps en temps. Un genre
de Destop littéraire, quoi...Oui, même Le Horla, de Maupassant, parfaitement, môôôssieur!
Mais je parle, je parle, et je me rends compte que l'heure tourne.
Je ferais mieux d'aller continuer mon Douglas Kennedy. Ou bien peut-être Seul dans Berlin, que j'ai pas avancé depuis des lustres? Ah mais merde, j'ai aussi
L'immeuble yacoubian sur le feu...
Quand je vous dis que j'ai pas le temps de lire!!!




