L'un des nombreux avantages, quand on a Internet au boulot, c'est de pouvoir poster un article bref et concis, entre deux missions vitales. A part ça, bien sûr, on peut aussi faire son shopping sur E-Bay en prétextant une recherche Google hyper-importante, acheter ses billets d'avion en faisant semblant de taper un rapport urgent que le boss avait demandé pour avant-hier, se fendre la poire en lisant la dernière connerie du président sur n'importe quel site d'info, voire même, pour les plus obsédés des geeks (et là je pense par exemple aux développeurs et autres ados attardés, acnéiques et frustrés), se palucher discrètement devant son écran quand on surfe sur "Je-suis-trop-moche-pour-baiser-alors-je-paye-pour-voir.com", site hautement culturel et rafiné. Donc (j'en reviens à ma connerie précédente, hein, j'en dis tellement que je perds parfois le fil), donc je peux poster une brève, à 19h50, depuis l'ordinateur de mon boulot, pour prévenir les quelques internautes que ça intéresse (ma mère, ma femme, mon cousin, éventuellement ma demi-soeur) que nous n'avons PLUS DE CONEXION INTERNET à la maison. Et comme chez nous, tout passe par l'ADSL, nous sommes également privées de téléphone. Et de télé. Voilà, c'est dit. Sobrement. Avec tenue et retenue. Sans en faire tout un drame. Parce que, tout de même, il ne s'agit que d'un petit problème technique transitoire, qui sera résolu avant trois semaines. Je pourrai toujours bloguer de temps en temps, du boulot ou de chez la voisine. Y'a pas mort d'homme.C'est pas grave. Voilà. J'aurais pu taper le scandale, hein... j'aurais pu écrire que chez Free, c'est tous des branleurs d'enfoirés, des débiles profonds même pas dignes de se faire bourrer par Jean-Marie Bigard, des nains de jardin avec des quéquettes de sardines à l'huile, des faces de tanches à l'haleine de pet, des adorateurs de Faudel et de Steevy, des cervelles d'amibes au Q.I de Laure Manaudou, bref, pour faire court, j'aurais pu dire que Free est une boîte de cons et ses techniciens, une belle bande d'enculés.
Mais non, je ne le dirai pas. J'ai ma dignité. Je sais garder la tête froide. Et j'ai le sens des proportions. Ai-je oublié "pines de lombrics trépanés encartés à l'UMP et fans de Carlos"?
Vous avez remarqué que tout le monde a ses petites astuces dans les moments de déprime? En vrac et comme ça me vient...
- L’alcool: Le meilleur ami du matin chagrin. Avantage: On oublie qu’on est déprimé. On oublie aussi, mais c’est accessoire, comment on s’appelle, où on habite, le prénom du thon qu’on trouve dans son lit le lendemain d’une cuite, on oublie qu’on a restitué le trop-plein de tequila-vodka-gin sur la moquette du salon, et plaf!
- La beuh: Un trip pour rire de tout, surtout de ses emmerdes, et accessoirement pour faire rire tout le monde. Ben oui, quand vos potes vous voient pleurer en regardant L’instit sur France 2, c’est plus fort qu’eux, et je les comprends.
- Les petites pilules roses: On ne se sent plus du tout déprimé! D’un coup de baguette magique, on a fait d’une pierre deux coups: Engraissé son pharmacien et son généraliste, et effacé les symptômes du gros chagrin chronique. Bon, évidemment, l’arrêt brutal du traitement peut entraîner un saut de l’ange du sixième étage, mais tous les médocs ont leurs effets secondaires (prenez le paracétamol: si vous en bouffez un kilo en une prise, vous faites une cirrhose).
- L’hyperconsommation compulsive: Neuf fois sur dix, quand la FNAC est archi-blindée, c’est une malheureuse coïncidence qui a poussé plusieurs milliers de dépressifs à aller se soigner en même temps. Si, si. La FNAC, c’est une convention de déprimés friqués qui viennent s’auto-médiquer à coups d’Ipod, de télés LCD, de disques de Carla Bruni et de DVD de Matrix.
- L’abrutissement télévisuel: Se coller devant TF1 ou France 2 (de préférence quand y’a Drucker) et savourer l’état de mort cérébrale.
Bon, j’avoue que personnellement, j’aime bien mettre en pratique les bonnes vieilles recettes de famille, celles qui nous viennent directement de nos grand-parents, voire de nos aïeux plus reculés (le fameux "coup de massue dans ta gueule", au fond de la grotte, il y a 35000 ans, était une bonne alternative au Prozac).
Par exemple, je suis sûre que dans la Normandie natale de ma chère moitié, qui est une bien belle région qui gagne à être connue (mais ce n’est que mon humble avis), sa mamie à elle, qu’on appelle Ma Dalton, me ferait un p’tit laïus sur la guerre de 40 et ces salauds de Boches, m’enfilerait une bouteille de calva dans le gosier, me harcèlerait sur "mais boudiou, tu vas finir par le passer, ton permis?", me démontrerait par A + B que la déprime, ça n'existe pas (et que si ça existe, c'est une affaire de cinoques ou de citadins à la con) et me renverrait dans mes pénates à coups de pieds au cul.
Ce qui est une solution, vous en conviendrez.
Du côté de ma famille maternelle, fut un temps où on allait se plaindre au Rabbin. Mais y’a eu la Shoah, et on est plus en très bons termes avec Dieu. Alors on va se plaindre au psychanalyste, qui est une sorte de rabbin laïc, sauf qu’on le paie très cher et qu’il ne répond pas aux questions (les psys ne sont pas talmudistes et ne pratiquent pas l’art méconnu du “j’ai une réponse! Qui a une question?”)
Du côté de ma famille paternelle, on va se plaindre au curé le dimanche, mais ça c’est juste pour la galerie, parce qu’en vrai, on va pleurer chez le marabout du coin, qui sacrifie un poulet sur un petit autel et vous prescrit un bain d’herbes et l’achat d’un autre poulet.
Moi j’ai demandé à mon père, qui est spécialiste du sacrifice de poulet et de la divination par les coquillages, ce que je pouvais faire pour essayer de me sentir un peu mieux. Je lui ai donc envoyé un email dans lequel, en gros, je lui disais que j’avais pas la frite, et que vu que j’étais sortie de sa couille (oui, il n’en a qu’une, et il aime bien me rappeler que pendant quelques secondes, c’est là que j’ai créché), j’étais preneuse d’un petit conseil paternel.
A quoi il a répondu qu’il fallait absolument que je parle avec mon Ifa.
Pour les néophytes, Ifa c’est tout un système divinatoire Yoruba, vachement pratiqué à Cuba, avec le coup des poulets et tout ça (à côté, Madame Soleil et Françoise Hardy peuvent aller se rhabiller). Ifa, ça désigne aussi le petit morceau de la divinité elle-même qu’on a installé chez soi (une divinité de poche, en somme, c’est très pratique et beaucoup moins chiant que de se taper des prêches dans un bâtiment humide alors qu’on aurait préféré rester au pieu et se mater Drucker). Comme je suis une bonne fille à papa, moi, j’ai tout plein de divinités Yoruba dans ma maison, d’abord parce que j’en ai assez chié pour les obtenir (trois jours de cérémonie, environ dix litres de sang de poulet et une purification aux plumes de colombe qui m’a collé une allergie carabinée proche de l’oedème de Quincke), ensuite parce que ça fait vachement exotique et que ça en jette un max.
Et donc j’ai mon petit Ifa perso, à moi toute seule, qui se reseemble, en gros et pour faire simple, à un mignon petit récipient en terre dans lequel on trouve, entre autres, des jolies noix de kola (le reste, je dis pas ce que c’est, j’aime bien garder une partie des recettes pour moi, c'est mon côté Mäité, ça).
Il paraît qu’il faut souvent causer avec son Ifa, établir un lien direct avec la divinité, tout ça.
J’avoue que j’ai du mal, personnellement. J’me vois pas vraiment m’asseoir devant un petit pot et raconter ma vie.
Mais bon.
Là, j’étais tellement désespérée que je me suis dit, allez, pourquoi pas, qui ne tente rien n’a rien (et c’est bien là qu’on se rend compte que la foi, c’est souvent proportionnel aux emmerdes qu’on a, et que si tout le monde allait relativement bien, le Vatican n’aurait plus qu’à se reconvertir en Disneyland de la gaudriole, avec un Pape en meneuse de revue et un Sarkozy en Mickey-pas-maousse).
Je me suis donc retrouvée à raconter mes misères à mon petit pot de terre.
Ne riez pas, c’est vrai.
Au bout d’un moment, comme j’avais fini de causer, j’ai fermé ma gueule et j’ai attendu. Allez savoir pourquoi. Je ne sais même pas ce que j’attendais, sans rire, comme si j’allais recevoir une réponse, un mail de confirmation ou un message du genre “le correspondant que vous recherchez n’est plus abonné...”
Alors j’étais là, comme une conne, à écouter le silence. Au bout d’un moment, j’ai imaginé les petites noix, à l’intérieur du truc, qui se mettaient à remuer, à gigoter et à crier, avec leur adorable voix (forcément) d'adorables petites noix: - Putain, on est trop serrées, là-dedans!
Et j’ai eu un maxi fou-rire. Qui a duré quinze bonnes minutes.
Et après, je me sentais mieux.
Y’a pas à dire, ça aide d’avoir la foi.