Reviens, Léon...

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Samedi 22 mars 2008



L'un des inconvénients d'une nuit très (trop) courte, c'est qu'on se réveille souvent de mauvais poil.

Ce matin, par exemple.

J'avais encore passé la nuit à me bidonner comme une gourdasse, les nerfs qui lachent, peut-être, une mini-crise d'hystérie, sans doute, une grosse montée de connerie, sûrement (les montées de conneries, c'est l'équivalent psychique des montées de lait: ça désengorge à fond, mais ça tache sévère).

Déjà, depuis sept heures, la conne de chatte n'arrêtait pas de réclamer sa pitance en grattant à la porte et en exhibant son trou de balle tout rose devant la baie vitrée.

- Mêooooow!
- Chut...
- Mêêêooooow!
- Mais chut, putain!
- Mêêêoooow!
- Eh ho, TU VAS LA FERMER, TA GUEULE, hein!!!
- .....frrrrrout.....
- .......
- .....Mêêêêooow!

Alors quand, à huit heures pétantes, j'ai entendu la môme traverser le salon en trottinant (tap-tap-tap-tap), tourner à gauche après la table, éviter de justesse de se prendre les pieds dans le tapis et de se vautrer comme une petite merde, et s'approcher de la porte de la chambre, la première chose qui m'est venue à l'esprit, c'est:

"Huit heures? D'accord. Tu vas voir, moi, je vais t'en foutre, de l'ami Ricoré, avec ses pains et ses croissants, pour les croissants je sais pas, mais tu vas goûter un peu aux pains..."

Donc, toc-toc peu discret sur le seuil, "Qui heurte si fort à ma porte?", frottis-frottas de petits petons embarrassés sur le parquet.

Moi (la mère, pue-du-bec, coiffure à la Marge Simpson et pas réveillée):

- Mouaiiiiiis?
- C'est moi...Poupon La Peste....
- Mmmmmtuveukoi!
- Heu...Je peux entrer?
- P'koi?
- Ze voudrais vous faire un câlin...

Et mon cul.
Ma fille est une putain de stratège, elle a des gènes de Machiavel, vous pouvez me croire, parce qu'elle a beau n'avoir que trois ans et demi, y'a belle lurette qu'elle a compris comment tout le bordel fonctionne, ce qui mène le monde depuis que le premier Homme a crié "on va leur péter la gueule".

En l'occurrence, l'Amour. Avec un grand "A".

Ma fille sait, au fond de ses tripes, qu'elle obtiendra n'importe quoi, vous entendez, n'importe quoi, du moment qu'elle appuie sur le bon bouton au bon moment.
Alors, à huit heures du matin, un dimanche, elle n'ira JAMAIS vous dire qu'elle vient de pioncer douze heures, qu'elle se sent vachement bien, merci, qu'elle a un sacré petit creux et que ce serait bien que vous bougiez votre gros cul pour aller préparer quelques denrées matinales sorties d'un placard dans le but de la sustenter.

Non.

Au lieu de ça, ma fille, elle vous dit:
- Ze voudrais vous faire un câlin.

Avec, dans la voix, les trémolos d'Anne Bancroft à la fin de Miracle en Alabama ("Annie...my name is Annie") , et dans les yeux, la flamme christique de John Hurt dans la scène de la déclamation biblique d'Elephant Man.

- Ok, entre.

Tap-tap-tap-tap, trottinement, ça grimpe dans le lit, ça se glisse entre la femme de vos rêves et vous-même, ça prend toute la couette et ça vous flanque un coup de coude dans la gueule.

- Te gêne pas, surtout!
- Merci, maman.

Et ça tient...quoi...allez...trois minutes? Trois petites minutes, trois minutes minuscules, le temps pour vous de refermer les yeux et de replonger dans le sommeil.
Et puis ça lache une caisse.
Une vraie.
Une plus que sonore.
Une "trompette de Jericho".

Alors on se réveille en sursaut, prenant la coupable et fort audible émission gazeuse enfantine pour la chute d'un corps lourd sur le tapis, en l'occurrence celui de la morveuse, et on a tout de même le réflexe de se jeter sur la môme, des fois que des Boches seraient en train de balancer des grenades dans l'appartement. Et c'est là qu'on prend l'odeur en plein dans les naseaux.

-  Ah non, merde! Y'en a marre, là! Qu'est-ce qu'on dit, quand on est poli, putain de bordel de merde!!!
- On dit "pardon".
- Ben ouais, quoi, c'est vrai, marre à la fin!
- Ben, z'ai dit "pardon"!
- Tais-toi et dors!

Et ça tient...quoi...allez...deux minutes?
Et puis ça rampe grossièrement vers votre tête, mais vous, vous ne voyez rien, vu que vous avez refermé les yeux. Et ça vous murmure dans le creux de l'oreille, tout en vous léchouillant l'entrée du conduit auditif:

- Tu sais...moi...eh bien...j'ai très faim.

Et là, vous savez que de toute façon, c'est mort.
Cramé.
Foutu.
Adieu veau, vache, cochon, et surtout adieu, grasse mat' tant convoitée.

A ce stade, vous vous levez comme un zombie.
Vous vous dirigez vers la porte.
Vous vous retournez, vous jetez un regard noir à la môme, qui a profité de la place que vous venez de laisser dans le plumard pour s'étaler comme la flaque de slime tueuse dans Le Blob.

- Ben ramène-toi, je vais te le préparer, ton p'tit dej'.
- Mais non. Moi, je vais rester ici. Et toi, tu m'appelles quand c'est prêt.

Là, vous vous apprêtez à saisir l'impudente à la gorge, à la secouer dans tous les sens et à lui hurler "On va te retrouver éparpillée par petits bouts façon puzzle! Moi quand on m'en fait trop j'correctionne plus, j'dynamite! j'disperse! et j'ventile!" (merci Audiard, voir et revoir Les tontons flingueurs...)

Mais bien sûr, vous n'en faites rien, parce que la femme de votre vie ronflote doucement à un mètre de là. Et accessoirement parce que vous avez bien en tête la fée "Moeurs", sa frangine "DDASS" et leur p'tite cousine de la Protection des Mineurs.

Ensuite, eh ben tout s'enchaîne.

Le soleil vient de se lever, c'est une belle journée, il va bientôt arriver, l'ami Ricoré.

Tant mieux.

Il paiera pour les autres, l'enculé.

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Samedi 22 mars 2008



J'ai eu vachement de mal à dormir.

J'avais une image fixe dans la tête.
Le truc qui se colle à la rétine comme un vieux chewing-gum sous une godasse.
Le truc qui ne vous lache plus, une fois qu'il a fait son nid entre les trois neurones qui vous restent.
Le truc qui tourne en boucle.
Qui vous envahit le cervelet.
Qui vous attaque le bulbe comme un pivert attaque l'écorce.

Tout ça, c'est la faute à Babel92.

Parce que moi, tout le monde sait que je suis bête et  disciplinée (sinon j'aurais pas fait l'école d'infirmière, demandez à Carine, elle vous expiquera).

Alors je clique sur les liens.

De lien en lien.

C'est comme ça que je me retrouve parfois sur des sites à faire rougir une mère maquerelle.
Ou à faire hurler de rire les frères Bogdanov (je reste persuadée qu' ils peuvent encore rire, même si ça risque faire éclater leur menton en même temps que leur anus).

Eh ben ça n'a pas loupé, j'ai atterri .

Et j'ai flashé sur ça.


HLM.jpg



Voilà.
Et j'ai passé la nuit à rire.
Comme une conne.

Et pour rester dans la légèreté bon enfant qui fait tant défaut à nos sociétés capitalistiques  génératrices d'angoisse existentielle et de morbidité post-apocalyptique, essayons de prendre du recul.

Re-la-ti-vi-sons.

Il y a aura toujours pire, et ça arrivera toujours près de chez nous.


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