Reviens, Léon...

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Lundi 19 mars 2007

Hypocondrie:
"Préoccupations obsédantes au sujet de la santé donnant une interprétation déraisonnable aux signes physiques ou aux sensations"


Ma chère moitié, l'autre soir, en enfilant son pyjama (enfin, hé, sa nuisette! Elle est sexy même quand elle pionce, ma meuf...) :

- C'est rigolo, on a toujours un sein plus fort que l'autre.

L'emmerdeuse, examinant la (superbe) poitrine de sa chère moitié:

- Ah ouais? Et c'est lequel, chez toi?

- Ben, celui-là (elle le désigne)

L'emmerdeuse, prenant un air dégagé:

- Oui, c'est comme pour les pieds, quoi...

Et ajoutant dans la foulée (parce que la petite machine vient de s'emballer dans son cerveau d'emmerdeuse, attention, tempête sous un crâne) :

- Mais heu...t'es sûre qu'il a touours été un peu plus gros, celui-là?

Et mon z'amour d'éclater de rire (putain, heureusement que ça la fait marrer...moi, je ne me supporterais pas, je me flanquerais des baffes et même des pains dans ma gueule, je m'insulterais à longueur de journée, et pour finir je m'enverrais consulter aux urgences psy...). Mon z'amour, donc, se marre et conclut:

- Et voilà mon ange en train de se dire que j'ai un cancer du sein.

Bien vu.

Oui, je suis malade (complèèèètement mallaaaadeuh!).
Je suis hypocondriaque.

Paraît que c'est fréquent, chez nous, les infirmières. Qu'à force de croiser, au détour d'une porte, monsieur Cancer, le père SIDA ou Maraine-la-bonne-chtouille, on finit par les voir partout, même sous les traits inoffensifs de cousin Rhume et de Tata Grippe.

- Chérie...tu peux regarder, là, dans mon dos? Y'a comme une petite boule...
- Mmmm...vouiiii...c'est un bouton.
- T'es sûre? C'est de quelle couleur?
- Ben...couleur "bouton".
- Les contours, y sont comment? Les bords? C'est granuleux?
- Bon, tu m'emmerdes, là.

L'enfer, quoi.
Sartre nous disait que l'enfer, c'est les autres...mon cul, oui.

L'enfer, c'est moi. Je me joue mon "Huis-clos" toute seule comme une grande. "Sors de ce corps, Satan!"
Mon Satan à moi est un grand malade à personnalités multiples, et comme les démons mineurs, il s'appelle "légion", vu qu'il est beaucoup: cancer du sein, cancer du côlon, cancer de l'utérus, cancer de la prostate (ah non...celui-là, bizarrement, il me fait pas trop flipper), cancer des poumons ("et pourtant, elle clope"...), cancer des amygdales, du larynx et de l'oeil, bref...des métastases partout, surtout là où y'en a pas!!!

Métastase, métastase...est-ce que j'ai une gueule de métastase?

Celui qui rigole bien, c'est mon psy. Qui est lacanien en diable (encore le diable, je m'en sors pas) et pour qui le langage est un organe...
Soit. Je veux bien l'admettre, que le langage est un organe à part entière.
Mais alors...merde...encore un endroit susceptible de métastaser!!!

- Ben oui...me dit-il. Justement.

Ah, le salaud.

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Lundi 19 mars 2007

Un samedi soir entre potes...Paris...on grignote, on picole, un p'tit fond musical pour l'ambiance ("Radio FG", seule fausse note, ça c'est le côté obscur de notre hôte)...
Rien que de très ordinaire.

Sauf que...

Je suis entourée, littéralement encerclée, de fonctionnaires.

Jusque-là, rien d'anormal, après tout, moi aussi j'ai été fonctionnaire, hein, ça arrive à des gens très bien.

Mais si je fais le compte...

Sont représentés: Le Ministère de la Défense, le Ministère de l'Intérieur, le Ministère de l'Education Nationale...et moi, là-dedans...Ministère de la Connerie?

Et de quoi qu'ça cause, une brochette de fonctionnaires, à quelques semaines du premier tour? Hummmm?

Y'a celui qui a sa carte du PS et qui, vaille que vaille, défend Ségolène ("Pas elle, en tant que personne...je parle du Parti Socialiste, là")...d'ailleurs il est allé au meeting à Jappy, celui avec tous les socialos du Show-Bizzzzzzz...il lui trouve un air de Madone en transe..."Au milieu de la foule, elle se transforme littéralement, j'vous jure!"...ben je te crois, mais elle se transforme en quoi?

Y'a celle qui ne sait pas encore pour qui elle va voter (si tu choisis Sarko, mon zamour, faudra qu'on s'explique)...désorientée? Déçue? Autre chose à penser, aussi, avec tous les connards qui t'entourent et te donnent envie de prendre trois ou quatre années sabbatiques, allez viens, on se casse à Tombouctou et on fera pousser des chèvres en regardant grandir Poupon la Peste...

Y'a celui qui, gros malin, pose la question qui tue: "Alors, là, tout de suite, QUI va voter Bayrou?"...petit rigolo, va...

Y'a ceux qui, immédiatement, lèvent le doigt...nostalgiques de la IVe République? Naïfs petits imbéciles? Espoir sincère?

Y'a celle dont le ventre s'arrondit joliment, c'est quand même ce petit ballon de rugby qu'on est venus célébrer ce soir, cette proéminence pleine de promesses...celle-là votera Ségo, question de principe. Et son globule, là, le petit squatteur qui s'engraisse aux frais de la princesse...ben, il dit rien, enfin pour l'instant, attends un peu, Delphine, tu verras dans quelques années...

Et puis y'a celui qui ne votera pas. Question de principe aussi? Cynisme affiché, en tout cas. L'oeil qui pétille et le sourire Colgate quand il dit ça..."Cédric G", "C.G", "Cijay"...tiens, oui, "Cijay" ça te va bien, on dirait presque un pseudo de disc-jockey, "MC Cijay"...

Et cette techno de merde que Radio FG continue de distiller, comme un zonzonnement fort désagréable, putain il est où ce moustique musical, que j'lui fasse une tête au carré???

A force de parler politique, on l'oublie, le locataire de Delphine, le bout d'homme en devenir...si ça se trouve, dans quarante ans, il ou elle sera président (e) et nous, du fond de nos maisons de retraite payées par l'Aide Sociale, on applaudira des deux mains tout en sucrant les fraises...

Fin de soirée, retour au bercail...Delphine m'a collé une nostalgie du tonnerre, avec son bidon un peu rond...Louis m'a collé un fou-rire monumental, avec sa manie de toujours casser un truc (en l'occurrence, ce soir, un verre de champagne)...Edgar m'a collé ("Edgar m'a coller"...) la gerbe avec ses explications nettes et désabusées sur la corruption en Afrique..."Cijay" m'a collé des envies de datcha russe au bord de la Mer Noire, et aussi, au passage, un gros bécot sur la bouche (quel smoutch, tovaritch! Rendez-vous à Moscou)...
Et mon z'amour m'a collée tout court (de tendresse et de fatigue, de froid et de sommeil, colle-moi encore comme ça pendant cinquante ans, s'te plait)...

Et avec tout ça, je sais toujours pas pour qui je vais VRAIMENT voter.


Le Maximum Kouette, "Bad band"

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