Hypocondrie:
"Préoccupations obsédantes au sujet de la santé donnant une interprétation déraisonnable aux signes physiques ou aux sensations"
Ma chère moitié, l'autre soir, en enfilant son pyjama (enfin, hé, sa nuisette! Elle est sexy même quand elle pionce, ma meuf...) :
- C'est rigolo, on a toujours un sein plus fort que l'autre.
L'emmerdeuse, examinant la (superbe) poitrine de sa chère moitié:
- Ah ouais? Et c'est lequel, chez toi?
- Ben, celui-là (elle le désigne)
L'emmerdeuse, prenant un air dégagé:
- Oui, c'est comme pour les pieds, quoi...
Et ajoutant dans la foulée (parce que la petite machine vient de s'emballer dans son cerveau d'emmerdeuse, attention, tempête sous un crâne) :
- Mais heu...t'es sûre qu'il a touours été un peu plus gros, celui-là?
Et mon z'amour d'éclater de rire (putain, heureusement que ça la fait marrer...moi, je ne me supporterais pas, je me flanquerais des baffes et même des pains dans ma gueule, je m'insulterais à longueur de journée, et pour finir je m'enverrais consulter aux urgences psy...). Mon z'amour, donc, se marre et conclut:
- Et voilà mon ange en train de se dire que j'ai un cancer du sein.
Bien vu.
Oui, je suis malade (complèèèètement mallaaaadeuh!).
Je suis hypocondriaque.
Paraît que c'est fréquent, chez nous, les infirmières. Qu'à force de croiser, au détour d'une porte, monsieur Cancer, le père SIDA ou Maraine-la-bonne-chtouille, on finit par les voir partout, même sous les traits inoffensifs de cousin Rhume et de Tata Grippe.
- Chérie...tu peux regarder, là, dans mon dos? Y'a comme une petite boule...
- Mmmm...vouiiii...c'est un bouton.
- T'es sûre? C'est de quelle couleur?
- Ben...couleur "bouton".
- Les contours, y sont comment? Les bords? C'est granuleux?
- Bon, tu m'emmerdes, là.
L'enfer, quoi.
Sartre nous disait que l'enfer, c'est les autres...mon cul, oui.
L'enfer, c'est moi. Je me joue mon "Huis-clos" toute seule comme une grande. "Sors de ce corps, Satan!"
Mon Satan à moi est un grand malade à personnalités multiples, et comme les démons mineurs, il s'appelle "légion", vu qu'il est beaucoup: cancer du sein, cancer du côlon, cancer de l'utérus, cancer de la prostate (ah non...celui-là, bizarrement, il me fait pas trop flipper), cancer des poumons ("et pourtant, elle clope"...), cancer des amygdales, du larynx et de l'oeil, bref...des métastases partout, surtout là où y'en a pas!!!
Métastase, métastase...est-ce que j'ai une gueule de métastase?
Celui qui rigole bien, c'est mon psy. Qui est lacanien en diable (encore le diable, je m'en sors pas) et pour qui le langage est un organe...
Soit. Je veux bien l'admettre, que le langage est un organe à part entière.
Mais alors...merde...encore un endroit susceptible de métastaser!!!
- Ben oui...me dit-il. Justement.
Ah, le salaud.




