Reviens, Léon...

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Mardi 19 février 2008


En parler ou pas?

Voilà des jours que j'hésite.

Des jours que je me tâte (c'est d'ailleurs à cette occasion que je me suis rendu compte que j'avais un peu grossi).

Parce que j'ai quand même tendance à tourner tous les sujets en dérision.
Et que dans ce cas précis, c'est un peu difficile de faire de l'humour noir (à moins de vouloir faire frétiller la queue de Le Pen et de ses potes, ceux d'extrême-droite comme ceux d'extrême-gauche, qui bouffent étrangement parfois aux mêmes râteliers puants).

Et puis finalement, toute l'histoire me gonfle tellement que j'ai envie de me fendre de mon petit article, comme n'importe quel trouduc de la blogosphère (je suis fière d'appartenir à la race des trouducs blogueurs, même si les plus célèbres sont souvent ceux dont l'orifice anal produit les sons les plus bruyants et, parfois, les odeurs les plus nauséabondes).

Alors, la question du jour c'est  "faut-il faire parrainer les enfants Juifs déportés en 1942 par des enfants de CM2 en 2008?".

Tout le monde s'étripe depuis une semaine, oui, non, bien, pas bien, grave, pas grave, et les Noirs alors, et les Tziganes alors, et les Arméniens alors, et les Indiens alors, on se fout sur la gueule dans les salons du 6e arrondissement et dans les couloirs des ministères, ça gueule dans tous les sens et de tous les côtés, on se croirait dans un album d'Asterix juste après qu'un imbécile a sorti le fameux "il est pas frais, ton poisson".

Moi j'étais bien embêtée par tout ça, rapport à ma famille, à l'Histoire et tout ça.
Alors bien sûr, j'ai immédiatement téléphoné à ma mère.

Elle a décroché tout de suite:
- Allô?
- Allô maman? Tu vas bien?
- Oui, ma fille, très bien.
- Ah, excusez-moi, c'est une erreur.

Voilà pour ma mère, qui est une mère Juive comme les autres ("Maman, pourquoi tu mets un pull?"  "Pour pas que tu aies froid, ma chérie").

Comme j'avais toujours pas de réponse, je me suis dit qu'en attendant, j'allais me mater un bon petit film.
Et pour rester dans l'ambiance, j'ai mis Train de vie, qui illustre fort bien cette célèbre maxime: "L'humour juif, c'est comme l'humour allemand, mais l'humour en plus".

Et là, putain, crac! Boum! Uhu!
Illumination soudaine.

Est-ce que j'ai envie que ma fille, dans quelques années, se retrouve à passer une année entière en compagnie de son arrière-petit-cousin Georges, cinq ans, déporté le 14 aôut 1942 par le convoi numéro 19?
Est-ce que j'ai envie qu'elle apprenne cette formule mathématique aussi célèbre que "E=MC2", cette équation morbide qui veut que "Juif=Shoah"? Et si elle se mettait à me faire un remake de Sixième Sens: "I see dead people" ? (Le film était pas mal, remarquez).

Ben nan.

Désolée, mais nan.

Je préfère que ma fille se pisse dessus de rire en regardant les films de Mel Brooks, de Woody Allen et de Groucho Marx.
Qu'elle se prenne la tête à lire Spinoza et Levinas (et qu'elle sèche les cours de philo pour aller se boire un Sprite en terrasse avec le beau Kevin, y'aura toujours un pauvre Jean-Pierre amoureux pour lui rédiger ses dissertations).
Qu'elle écoute Benny Goodman et Serge Gainsbourg (ou pas...du moment qu'elle évite Tokio Hotel...)

Quant à apprendre ce qui est arrivé à ses ancêtres Juifs, personnellement je fais assez confiance aux profs d'histoire...Tout pareil pour ce qui est arrivé à ses ancêtres Noirs...et aux ancêtres de ses potes Cambodgiens, Tziganes, Arméniens...pour ne citer que les génocides, hein... parce que si on parle de tous les mômes assassinés dans les conflits, va falloir faire de la place dans les classes françaises, les mecs...

Non, moi, à la place, je suggèrerais à notre bon Président de modifier un peu son projet.

Finalement, au lieu d'obliger des gosses à porter d'autres gosses morts, on devrait changer de cible, puisque le but ultime est "que ça n'arrive plus jamais".

Je propose donc que chaque policier et gendarme en formation, dans toutes les écoles de police et de gendarmerie de France, devienne le parrain d'un petit déporté.

Histoire de faire vraiment oeuvre pédagogique et de leur rappeler que les 11 400 enfants Juifs de France ont été arrêtés, enfermés et conduits aux trains de la mort par la maréchaussée tricolore.

Mais ça, c'est sans doute moins politiquement correct.


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Lundi 18 février 2008


Plus de soixante commentaires.

Bravo, les gars, bravo.

Fidèles à vos habitudes...Vider le frigo et se bourrer la gueule...martyriser ce con de chat...
Le blog de l'emmerdeuse se transformant en lupanar virtuel convivial, en open-bar à la mode...
J'adooooooore.
Merci (Bertrand, No, La Grecque, Sergai, Carine, Zeste, Vieux Félin et les autres squatteurs).

Alors pendant que vous foutiez joyeusement le bordel en ces lieux, moi j'arpentais les Ramblas de Barcelone en quête du sac perdu de Sam Fisher, je me tapais des tapas et je profitais du luxe ostentatoire d'un hôtel "bling-bling" proposant le superflu indispensable à toute personne désireuse de se la péter grave.
A commencer par le plumard, taillé pour accueillir Marlon Brando, Elvis (période "obèse"), Orson Welles, Maïté et Carlos en même temps (dans une sorte d'horrible partouze, difficile à imaginer même pour une fan de films gore comme moi).

- T'es où, mon amour?
- Chuis là, à côté de toi.
- Ah, mais ce lit est tellement laaaaarge qu'une vache n'y retrouverait pas son veau!
- Qui tu traites de grosse vache???

Sans parler des commandes murales discrètement enchâssées dans les boiseries et permettant de jouer sur l'intensité des lumières et de déclencher des listes de lecture ("slows sirupeux", "dance music à chier", "chansons espagnoles typiques qu'on comprend même pas le titre", "salsa cubaine limitée à Compay Segundo en boucle"...)

En bref, des boutons qui permettent d'emballer grave si tu cliques sur "lumières tamisées" et sur "slows sirupeux" en même temps (attention à ne pas te tromper, l'effet visuel "Dancefloor" accompagné de "chansons Star Ac' espagnole" te faisant immédiatement et irrémédiablement passer pour un gros con).

Il est bon de jouer au riche.
Quand on se fait monter un p"tit dej pantagruélique à dix heures du mat' et qu'on se le bouffe presque au pieu avec un fond musical "classique" (éviter la techno espagnole: ça coupe l'appétit ou ça fout la gerbe), on a vite fait de se prendre pour un Bolloré ou un Lagardère. Surtout quand on a ensuite l'option "Spa" ou "Hammam".

Pour bien faire, j'aurais aimé qu'on me donne le choix entre "Maître du monde" et "Mâitre de l'Univers". C'est à peu près tout ce qui manquait à la panoplie "nouveau riche" du lieu.
Oui, j'aurais aimé qu'on vienne me flatter l'ego entre deux massages des pieds.
Qu'on vienne en faire des caisses et en rajouter des louches sur ma beauté, mon intelligence hors du commun et mes talents innombrables.
J'aurais voulu que toutes les pouffiasses un peu arrivistes du coin viennent me proposer un PACS totalement désintéressé, et j'aurais adoré les envoyer péter en leur expliquant que mon coeur n'est définitivement plus à prendre ("Désolée, Carla, non, c'est pas possible, mais essaie Berlusconi...")
J'aurais voulu qu'une nuée de courtisans me lèche les pieds dans l'espoir de grapiller une miette de mon pouvoir, que des journalistes serviles se battent pour glorifier ma petite personne et gagner une place à ma table. Que des connards du show-bizz et des mauvais acteurs viennent se prostituer complaisamment et me dresser des lauriers à longueur de temps.

J'aurais voulu me tenir au sommet de cet hôtel classieux, devant la piscine de la terrasse, et crier à la face de ce monde ingrat: "I AM THE GOUINE OF THE WORLD!!!"

Bon.
En même temps, tout ça est très surfait, hein...
Et puis ce genre d'aventure mégalo, on sait comment ça se termine...suivez mon regard...

Alors en fait, non, j'aurais rien voulu changer à ce petit trip' catalan bien sympatoche (sauf peut-être l'épisode du sac perdu et la tournée des commissariats, parce que vous savez, moi, la police, c'est plus fort que moi, hein, j'ai du mal, j'me sens tout de suite coupable de quelque chose et ça les rend suspicieux, forcément...bon...en même temps j'ai une belle tête d'innocente, je suis l'innocence même, "l'innocence m'aime"...)

Surtout que si on en revient à notre taureau présidentiel, si j'en crois la presse mondiale (et même ces lèche-cul de journaleux hexagonaux), il semblerait qu'on soit bien près de lui couper les deux oreilles. Et la queue.

Comme disait Jean-François Khan: "En France, on lèche, on lâche puis on lynche".

Olé!
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