Reviens, Léon...

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Mercredi 23 janvier 2008


Une journée de boulot dans un centre d'hébergement, c'est parfois long.
Très long.
Très très long.
Tellement long qu'on échangerait presque sa place avec Faudel ou Doc Gyneco (anciens "artistes" au chômage technique depuis leur soutien "très classe" à Nicolas Sarkozy...tiens, si j'étais Faudel, pour une reconversion réussie, j'me lancerais dans la vente de pizzas...)

Une journée de boulot particullièrement longue, donc.

Non pas que je me sois fait chier (Dieu m'en préserve) ou que j'aie rien eu à faire, c'est tout le contraire.

Mais...comment dire...y'a des moments, comme ça, de grande, grande solitude.

Tiens, par exemple, quand je dois expliquer à monsieur C. qu'avant d'aller passer son examen à l'hôpital, il va devoir se faire un lavement. Oui, un lavement, ça vous épate, hein? 
Monsieur C, donc. Gentil, le gars. A peu près aussi rapide à la comprenette que Steevy. Mais gentil.
Je le prépare depuis une semaine, monsieur C. Une semaine que, tous les jours, je réponds à ses questions (toujours les mêmes) sur la façon de procéder pour s'auto-administrer un lavement. Interro surprise quotidienne, hop hop! "Et comment qu'on fait, monsieur C? Allez, récitez-moi le mode d'emploi, vous devez le connaître par coeur, maintenant! Alors comment c'est-y qu'on se vide le rectum, mmmm?"

J'étais persuadée que le gars maîtrisait enfin son sujet.
Convaincue qu'il ferait sa p'tite affaire discrètement, dans les chiottes de sa chambre, avant de filer à l'hosto comme un grand.

Naïve emmerdeuse.
Ingénue.
Grosse conne.

Ce midi, au réfectoire, alors que cinquante "hébergés" et quinze salariés se tapent un poulet basquaise à tomber par terre (merci, Omar), alors que les conversations vont bon train, que les couverts tintent et que les lecteurs MP3 beuglent un rap de merde audible à cent mètres, voilà monsieur C. qui passe la tête dans l'entrebaillement de la porte du ref', me cherche des yeux, me trouve, sourit comme un con et hurle:

- Madame infirmière! Madame infirmière! Le truc en forme de zizi, j'me le carre dans l'cul, c'est ça?

Autre temps fort de la journée: cet après-midi, je sors de mon infirmerie et là, à peine le seuil franchi, je m'arrête tout net.
Putain, une puanteur! Des effluves mortifères, la vache, c'est une attaque chimique, un accident industriel, mais qui a ouvert le frigo, bordel, y'a un cadavre de rat oublié dans le couloir depuis l'année dernière?

Ahmed, qui sort de son bureau au même moment, me voit sur le point de rendre mon poulet basquaise et se fend la poire.

- P'tain, Ahmed, mais c'est quoi, cette odeur???
- C'est le fantôme de Saddam qui est venu chier sur ton palier, l'infirmière.
- J'me marre, ducon. 
- Mais nan, allez, c'est monsieur J. qui voulait te voir mais qui n'a pas osé frapper à la porte.

Encore un truc qu'on ne m'avait pas dit, tiens.
Y'a des résidents qu'on repère à l'odeur. Oubliez l'ADN, servez-vous de vos narines.

Enfin, quand même, vers 19h, j'ai commencé à plier les gaules, toute contente, toute frétillante, pressée de regagner mes pénates afin d'y exercer pleinement mon droit de débile  beauf  conne téléspectatrice avisée (faut pas déconner, le Soir 3 c'est quand même un grand moment de télévision, surtout les éditions régionales).

Sauf que, ben voyons, j'avais pas prévu de tomber sur monsieur S., 26 ans et plus beaucoup de dents, un môme de la DDASS qui, depuis quelques semaines, ressemble de plus en plus à un croisement OGM entre Jack Nicholson dans Shinning (pour la tronche "je vais assassiner quelqu'un dans les cinq minutes") et le squelette de Kate Moss  (pour la perte de poids spectaculaire).

Alors, quand il m'a demandé si on pouvait se voir cinq minutes à l'infirmerie, j'ai pas pu dire "non".
On a causé.
Et causé.
Et causé.

Du coup, je suis rentrée chez moi aussi vidée que le texte d'une chanson de Carla Bruni, aussi crevée que François Fillon quand il ne prend pas son p'tit rail de coke, aussi migraineuse que Cauet quand il se concentre sur l'orthographe du mot "prout".

Enfin...
C'est terminé.
Me voilà de retour dans ma grotte, mon nid douillet, mon cocon, mon chez moi, ma maison, je vais pouvoir me détendre, me relaxer, faire tomber la pression, oublier les dures réalités...

Et ce putain de chat a ENCORE gerbé sur le tapis!!!!!!

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Mercredi 23 janvier 2008

Fait chier.

Moi j'avais pas aimé quand River Phoenix était mort.
En règle générale, j'aime pas quand les bons acteurs meurent.
Surtout quand ils meurent jeunes.

Alors bon, quand j'ai entendu ce matin que Heath Ledger avait cassé sa pipe, j'ai tout de suite compris que ma journée commençait plutôt mal.

Moi j'avais bien aimé Le secret de Brokeback Mountain. Encore un film qui ne m'avait pas fait chialer. Pas du tout. A aucun moment. Pas une larme. Parce que, comme dirait  Robert Tripoux, militant Front National à Trouducul-les- Artichauts et chasseur de père en fils: "Chuis pas un pédé".

Heath-Ledger.jpg

Ce qu'il faudrait, là tout de suite, pour que la tendance s'inverse, que je retrouve ma bonne humeur proverbiale et mon sourire Ultrabright, ce serait qu'on m'annonce que tout le casting d'American Pie a eu un accident d'avion.
publié dans : Le potager: pot-aux-films
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