
Ce matin, comme toujours, je me tape le métro, ses grises mines, ses râleurs des heures de pointe, ses musiciens Péruviens qui jouent en boucle « El condor pasa » et ses contrôleurs bien moins avenants que le Poinçonneur des Lilas (pour Invalides, changez à Opéra…). Sans compter les vieilles odeurs de pieds, de transpiration et de rancune de couloirs (les p’tits chefs allant aboyer toute la journée sur les sous-chefs, qui vont eux-mêmes mordre les mollets des pas-chefs).
A Montparnasse, un type bondit dans mon wagon juste au moment où les portes se referment. Un mec en costard cravate, mal mise la cravate, froissé le costard. Pas rasé, le monsieur. Essoufflé, aussi, on dirait qu’il vient de terminer le marathon. Il me regarde avec des yeux un peu fous, et je me mets à flipper, je me dis que c’est peut-être un psychopathe, un taré évadé de Sainte-Anne, qu’il a peut-être un rasoir dans sa poche, ou bien une hache, ou un flingue, pourquoi pas un missile thermonucléaire ?
Et là, il se met à hurler sans me quitter des yeux. Il invective. Il accuse. Il dénonce. Pêle-mêle, le complot des Petits Hommes Verts qui le téléguident, l’inertie de l’Etat qui collabore avec les manipulateurs de cerveau, la corruption des magistrats qui se font graisser la pate par Georges Bush et le chef des aliens…
Un pétage de plombs ordinaire, en somme.
Je détourne les yeux, parce qu’il s’agirait pas qu’il décide que l’envoyée secrète des Martiens, c’est moi…
Comme j’ai mon Ipod sur les oreilles, vite, je me mets le dernier album du Maximum Kouette et je choisis cette balade que Sister Moon fredonne sur fond de reggae : « On the road again, veux-tu que je t’emmène, on the road my friend ? »
Je me sens tout de suite mieux. Pendant que le psychopathe continue à délirer, je plonge dans l’univers décalé des Kouette, je me saoule avec La nonchalance (« me gusta, me gusta ! ») et puis j’enchaîne sur toute une galerie de portraits brossés avec une tendresse toujours un peu vache (« Best friend »), ou avec une vacherie sans tendresse aucune (« Va t’faire », l’image du beauf absolu). J’en prends plein la gueule, plein les ouïes et surtout, plein l’cœur (pour ça, il faut ouvrir aussi bien ses oreillettes que ses oreilles). Ah, "Karen", l'ado solitaire si bien décrite que je crois reconnaître une bonne dizaine de copines de collège...
Tiens, je suis déjà arrivée...L'autre chtarbé est sorti, sans même que je m'en rende compte.
Ne dites pas : « j’adhère à l’UMP », mais dites « j’adore le LMK ».





