Reviens, Léon...

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Jeudi 7 décembre 2006



Ce matin, comme toujours, je me tape le métro, ses grises mines, ses râleurs des heures de pointe, ses musiciens Péruviens qui jouent en boucle « El condor pasa » et ses contrôleurs bien moins avenants que le Poinçonneur des Lilas (pour Invalides, changez à Opéra…). Sans compter les vieilles odeurs de pieds, de transpiration et de rancune de couloirs (les p’tits chefs allant aboyer toute la journée sur les sous-chefs, qui vont eux-mêmes mordre les mollets des pas-chefs).

A Montparnasse, un type bondit dans mon wagon juste au moment où les portes se referment. Un mec en costard cravate, mal mise la cravate, froissé le costard. Pas rasé, le monsieur. Essoufflé, aussi, on dirait qu’il vient de terminer le marathon.   Il me regarde avec des yeux un peu fous, et je me mets à flipper, je me dis que c’est peut-être un psychopathe,  un taré évadé de Sainte-Anne, qu’il a peut-être un rasoir dans sa poche, ou bien une hache, ou un flingue, pourquoi pas un missile thermonucléaire ?

Et là, il se met à hurler sans me quitter des yeux. Il invective. Il accuse. Il dénonce. Pêle-mêle,  le complot des Petits Hommes Verts qui le téléguident, l’inertie de l’Etat qui collabore avec les manipulateurs de cerveau, la corruption des magistrats qui se font graisser la pate par Georges Bush et le chef des aliens…

Un pétage de plombs ordinaire, en somme.

Je détourne les yeux, parce qu’il s’agirait pas qu’il décide que l’envoyée secrète des Martiens, c’est moi…

Comme j’ai mon Ipod sur les oreilles, vite, je me mets le dernier album du Maximum Kouette et je choisis cette balade que Sister Moon fredonne sur fond de reggae : « On the road again, veux-tu que je t’emmène, on the road my friend ? »

Je me sens tout de suite mieux. Pendant que le psychopathe  continue à délirer, je plonge dans l’univers décalé des Kouette, je me saoule avec  La nonchalance (« me gusta, me gusta ! ») et puis j’enchaîne sur toute une galerie de portraits brossés avec une tendresse toujours un peu vache (« Best friend »), ou avec une vacherie sans tendresse aucune (« Va t’faire », l’image du beauf  absolu). J’en prends plein la gueule, plein les ouïes et surtout, plein l’cœur (pour ça, il faut ouvrir aussi bien ses oreillettes que ses oreilles). Ah, "Karen", l'ado solitaire si bien décrite que je crois reconnaître une bonne dizaine de copines de collège...

Tiens, je suis déjà arrivée...L'autre chtarbé est sorti, sans même que je m'en rende compte.

Ne dites pas : « j’adhère à l’UMP », mais dites « j’adore le LMK ».

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Jeudi 7 décembre 2006


Benito Zambrano a réalisé un putain de film, avec son « Habana Blues »…et ravivé des tonnes de souvenirs, à travers cette histoire de musiciens fauchés qui ne rêvent que  de partir vers l’Eldorado européen  .

Merci, Benito, pour les odeurs de La Havane, ce mélange inimitable de palmes pourries, de viande qui grille, d’ordures oubliées sous un soleil de plomb, de sel marin, de cumin et de laurier, des parfums bon marché dont s’aspergent les femmes, de sueur, et de bouffe, encore, oignons en train de frire dans une arrière-cour minable, sucre de canne qui roussit au fond d’une poêle noircie, mangues et goyaves trop mûres. Et les fleurs, ces millions de fleurs de bougainvilliers qui vous font tomber amoureux ou gerber, tellement leur parfum est capiteux et sucré.

 

La saveur du vent, le soir, quand il souffle dans les palmes et les fait bruisser comme les commères qui papotent devant les maisons, langues de putes au grand cœur, toujours en train de te tailler un costard dans le dos, mais qui partageront avec toi jusqu’à leur dernier concombre racorni.

 

La cadence de ces nuits, nuits chaudes, moites, si vivantes avec la salsa, le son et le guaguanco  en bruit de fond, rythmes scandés par des milliers de vieux tourne-disques ou ghetto-blasters des années 70, montant de chaque appartement, de chaque bicoque, et les lueurs intermittentes des téléviseurs tchèques ou soviétiques, tous calés sur le même canal, celui qui diffuse la « telenovela », et tous les voisins rassemblés dans le minuscule salon de celui, ou celle, qui a la chance de posséder un vieux poste, une bière à la main, ou un verre de mauvais rhum, parce que le bon rhum, le vrai, le Havana Club, personne ne peut s’en payer ne serait-ce qu’un verre…

 

Et le front de mer, le Malecon, cette longue promenade qui sépare la ville de l’océan, avec sa digue rongée par le sel, ses couples d’amoureux enlacés, ses vendeurs de cacahuètes qu’on appelle « maniseros » et qui marchent d’un pas tranquille en agitant leurs petits sachets et en criant « mani ! mani ! » pour attirer le chaland.

 

Et nos vieilles bagnoles, ces monstres made in USA qui tournent avec des moteurs de Lada…

 

Et malgré tout ça, Benito, malgré l’amour infini que tes personnages ont pour nuestra Cuba, tu nous balance la réalité en pleine figure, le seul désir des compañeros cubanos : s’arracher de cette puta isla, à n’importe quel prix.

J'en reviens pas...j'deviens poète...pas une trace de cynisme désabusé ou d'humour noir dans cet article...
Je dois couver quelque chose, moi.

 

http://wwws.warnerbros.es/movies/habanablues/

 

publié dans : Le potager: pot-aux-films
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