Vendredi 14 septembre 2007
Vous connaissez le proverbe?
"Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé".
N'importe quoi.
D'abord, pour qu'un(e) absent(e) me donne l'impression que la Terre est redevenue vierge, faudrait déjà:
- Que je n'entende plus les scooters pourris des mômes pétarader le soir près du centre commercial (tu m'étonnes que Madame Michu soit sensible à la karcherisation des esprits, elle a pas de cervelle mais elle a des oreilles)
- Que j'en ai quelque chose à secouer, de l'absence, vu que l'absence n'est rien d'autre qu'une sorte de trou au milieu d'une présence, et heureusement que j'ai lu Spinoza et Descartes (toujours ressortir quelque part que vous avez fait de la philo, ça vous pose son bonhomme, ça, on vous croirait presque aussi intello que Fadela Amara).
Ensuite, c'est moins l'absence de quelqu'un, que son absence d'interêt pour votre petite personne, qui est rude à avaler.
Parce que si l'autre n'est pas là (parti rejoindre la guerilla marxiste au Pérou, ou soutenir les Papous en Nouvelle-Guinée), ben vous pouvez toujours imaginer qu'il (ou elle) est en train de se pâmer en pensant à vous, là-bas, tout au fond de sa jungle bolivienne, tandis que vous vous éclatez joyeusement au Macumba, un verre de Jet 27 à la main, chaines en or qui brillent et musique de merde à fond sur la piste.
Alors que quand l'autre est là, et bien là, mais que vous obtenez à peine un regard de lui...
Là, c'est mortel.
- Chérie, j'ai passé une journée d'enfer, à mon nouveau boulot, tu sais, on m'a dit des choses tellement chouettes, j'me sens plus, là, faut que je partage, faut que je me commémore, faut que t'entendes ça, après ça tu vas m'aimer tellement vachement beaucoup davantage plus énormément, tu voudras jamais m'jeter, et moi non plus j'me jetterai plus...
Et là, au moment où vous allez ouvrir la bouche pour laisser jaillir ce flot de conneries, ça claque comme un coup de cuillère dans un banana split:
- Gzrghhhhmmfffff.
- ......?
- Crevée. Pas envie d'parler.
Et c'est le drame.
Vous débandez littéralement.
Vous oubliez tous les compliments que Big Boss a pu vous faire.
Vous n'en avez plus rien à secouer.
Vous aimeriez être une petite souris, une blatte, n'importe quoi de suffisamment petit pour ramper dans le trou le plus proche, histoire d'hiberner quelques petits millénaires.
Et c'est à ce moment-là que vous réalisez que la dernière fois que vous avez vécu ça, c'est quand vous aviez quatre ou cinq ans, que vous adjuriez votre môman de tourner son regard vers vous pendant que vous étiez au sommet de la cage à poules, et que votre môman, plus intéressée par le bouquin de Sullitzer dans lequel elle était plongée, vous lançait, sans même lever le nez de son livre de merde:
- Roooh, oui, mon chéri, rohhhhh c'est bien.
Et de la même manière que vous avez réalisé, alors, perché comme un con tout en haut de la cage à poules (qui, en fin de compte n'était pas si haute que ça, n'était q'un amas de tôle même pas joli), que vous n'étiez décidément plus le centre du monde pour votre môman, vous vous appercevez, trente ans plus tard, que vous n'êtes pas non plus celui de chérie-chérie, que son monde ne tourne pas seulement autour de vous, que vous en êtes peut-être le soleil, mais qu'il y a aussi un paquet de satellites et d'astéroïdes qui gravitent pas loin.
Salopard d'Hubert Reeves.
"Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé".
N'importe quoi.
D'abord, pour qu'un(e) absent(e) me donne l'impression que la Terre est redevenue vierge, faudrait déjà:
- Que je n'entende plus les scooters pourris des mômes pétarader le soir près du centre commercial (tu m'étonnes que Madame Michu soit sensible à la karcherisation des esprits, elle a pas de cervelle mais elle a des oreilles)
- Que j'en ai quelque chose à secouer, de l'absence, vu que l'absence n'est rien d'autre qu'une sorte de trou au milieu d'une présence, et heureusement que j'ai lu Spinoza et Descartes (toujours ressortir quelque part que vous avez fait de la philo, ça vous pose son bonhomme, ça, on vous croirait presque aussi intello que Fadela Amara).
Ensuite, c'est moins l'absence de quelqu'un, que son absence d'interêt pour votre petite personne, qui est rude à avaler.
Parce que si l'autre n'est pas là (parti rejoindre la guerilla marxiste au Pérou, ou soutenir les Papous en Nouvelle-Guinée), ben vous pouvez toujours imaginer qu'il (ou elle) est en train de se pâmer en pensant à vous, là-bas, tout au fond de sa jungle bolivienne, tandis que vous vous éclatez joyeusement au Macumba, un verre de Jet 27 à la main, chaines en or qui brillent et musique de merde à fond sur la piste.
Alors que quand l'autre est là, et bien là, mais que vous obtenez à peine un regard de lui...
Là, c'est mortel.
- Chérie, j'ai passé une journée d'enfer, à mon nouveau boulot, tu sais, on m'a dit des choses tellement chouettes, j'me sens plus, là, faut que je partage, faut que je me commémore, faut que t'entendes ça, après ça tu vas m'aimer tellement vachement beaucoup davantage plus énormément, tu voudras jamais m'jeter, et moi non plus j'me jetterai plus...
Et là, au moment où vous allez ouvrir la bouche pour laisser jaillir ce flot de conneries, ça claque comme un coup de cuillère dans un banana split:
- Gzrghhhhmmfffff.
- ......?
- Crevée. Pas envie d'parler.
Et c'est le drame.
Vous débandez littéralement.
Vous oubliez tous les compliments que Big Boss a pu vous faire.
Vous n'en avez plus rien à secouer.
Vous aimeriez être une petite souris, une blatte, n'importe quoi de suffisamment petit pour ramper dans le trou le plus proche, histoire d'hiberner quelques petits millénaires.
Et c'est à ce moment-là que vous réalisez que la dernière fois que vous avez vécu ça, c'est quand vous aviez quatre ou cinq ans, que vous adjuriez votre môman de tourner son regard vers vous pendant que vous étiez au sommet de la cage à poules, et que votre môman, plus intéressée par le bouquin de Sullitzer dans lequel elle était plongée, vous lançait, sans même lever le nez de son livre de merde:
- Roooh, oui, mon chéri, rohhhhh c'est bien.
Et de la même manière que vous avez réalisé, alors, perché comme un con tout en haut de la cage à poules (qui, en fin de compte n'était pas si haute que ça, n'était q'un amas de tôle même pas joli), que vous n'étiez décidément plus le centre du monde pour votre môman, vous vous appercevez, trente ans plus tard, que vous n'êtes pas non plus celui de chérie-chérie, que son monde ne tourne pas seulement autour de vous, que vous en êtes peut-être le soleil, mais qu'il y a aussi un paquet de satellites et d'astéroïdes qui gravitent pas loin.
Salopard d'Hubert Reeves.




