Reviens, Léon...

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Jeudi 24 mai 2007

Le truc qui ne m'arrive presque jamais:
Je n'ai pas écrit sur mon blog depuis trois jours.

Moi qui suis, en général, prise de logorrhée plumitive dès qu'une pensée traverse mon cerveau de demi-blonde...
Depuis quelques jours, rien, nada, que dalle, nib.

Putain, qu'est-ce qui m'arrive?

Je vais vous le dire, moi, ce qui m'arrive.

Je suis en plein milieu d'une période "fait-chier-marre-plein l'cul" (encore appelée FCMPC)

Symptômes: Immense lassitude professionnelle, essentiellement. Parce que pour le reste, ça va, merci.
Mais comme mon boulot ne consiste pas à rester le cul vissé sur une chaise, derrière un bureau, et à faire semblant de bosser (tout en jouant au solitaire ou en surfant sur des sites cochons), comme mon boulot me fait ingurgiter de l'humain comme d'autres avalent des Tic-Tac, ben forcément, y'a un certain retentissement sur tout le reste...

Ma vie est un énorme malentendu.
Y'a eu maldonne.
Erreur de casting.

Je rêvais de savoir jouer d'un instrument. N'importe lequel. Résultat: je chante faux et je gratte péniblement "Jeux interdits" sur ma guitare.

Je me voyais blonde, plutôt bien foutue, me voilà brune et pas précisément taillée comme Cameron Diaz (plutôt Whoopi Goldberg, pour ceux qui connaissent).
Je m'imaginais bien dans ma peau, sûre de moi, prenant facilement les boulevards les plus rectilignes. Ben, je fais la fortune de mon psy, je marche sur des chemins tordus et je collectionne les mots qui se terminent en « ose » (névrose...dermatose...)
J'aurais voulu savoir jouer avec les chiffres, eh ben le Grand Manipulateur m'a fait jongler avec les mots.
J'aurais préféré me confronter à des ordinateurs, des bagnoles ou même des tracteurs, n'importe quoi d'inerte et de compréhensible, eh ben je me suis coltiné les humains, et pas les plus faciles, non. Les malades, les moribonds, ceux avec « plaies et bosses » en option.

Ben oui.

Des mots et des maux.
On comprend la logique.

Mais ça m'emmerde.

Le pire, c'est que je suis plutôt douée. Je suis bonne à ça. Je suis une oreille à moi toute seule. On me parle. On se confie. On s'épanche. On se répand, même, dans mon conduit auditif. Et moi, j'éponge. Paraît que j'inspire confiance. Que je rassure.
Que j'ai le « chic ».

Et alors?

Est-ce que j'ai demandé, moi, à avoir le « chic »? Hein? Est-ce que je suis allée le sonner, moi, l'autre Grand Motivateur, est-ce que je suis allée mendier un p'tit rab de compassion, une double dose d'empathie, un chouille de « chic » en supplément?

L'aurait pas pu me faire bourge moyenne, conne au plancher ou génie en herbe? Plutôt que conne moyenne et bourge au plancher, sans une once de génie...

Infirmière, non mais j'vous jure!

En plus, je suis hypocondriaque. 
Depuis toujours.

Quand j'avais douze ans, j'ai fait un trip « angoisse de mort » qui a duré six mois. Ma mère s'arrachait les cheveux.

- Mais enfin merde, quoi! Sors de cette chambre! Et les cours, alors? Hein?
- M'en fous! De toute façon, ça sert à rien de passer son bac! On finit toujours au cimetière!
- Ouais, mais entre ton BEPC et ton enterrement, tu vas avoir pas mal d'années à combler.
- Qu'est-ce que t'en sais, d'abord? 
- Bon, si tu sors pas de cette chambre, j'te préviens, j'enfonce la porte.

Et ça n'a pas arrêté.

Dès que je suis entrée à l'école d'infirmière, j'ai mis la main sur un dictionnaire médical et j'ai fébrilement cherché tous les symptômes possibles et imaginables. De ma première à ma dernière année d'études, je me suis chopé à peu près toutes les pathologies existantes, de la grippe (aviaire) au cancer du nez, en passant par la bilharziose, la peste bubonique et le purpura hémorragique.

Infirmière...

 Ahhhhh....Aller directement à l'ANPE du quartier. Pousser la porte. Changer de métier. Tiens, je suis sûre qu'on a besoin d'une fille qui a le « chic », dans les élevages de chèvres du Larzac. Ou dans ce labo, en Amazonie, qui étudie le cycle reproducteur des fourmis rouges....

Foutu syndrôme FCMPC!
Il me fait dire n'importe quoi.

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Lundi 21 mai 2007

Psssssst...

Hep........

Soyez gentils......

Ne lisez pas ce qui suit, c'est une déclaration.

Ou alors, lisez avec la même discrétion dont vous feriez preuve si, par exemple, vous tombiez sur un p'tit couple en train de se bécoter sur un banc public (banc public, banc public....)

Et surtout, ne lui dites pas que vous avez lu, d'accord? 
Elle me ferait les gros yeux.....


Pourquoi, chère et tendre filoute, adorable peste, pourquoi le fait de revenir chez tes parents, dans ta maison à toi,au fond de ta Normandie,  me fait toujours le même effet?

Pourquoi, quand je vois les photos d'une mini-toi accrochées au mur, avec le petit trou entre tes dents de môme, les traces de tes premières années, les auto-collants "Panini", les quelques Playmobils rescapés, tes croquis d'ado, les peluches mangées aux mites dans ton ancienne chambre, tes livres de chevet...pourquoi, quand je vois tout ça, deviens-je si infoutue de contrôler la putain d'émotion qui me saute à la gorge (la vilaine) ?

Pourquoi tes "Oui-Oui", tes contes de Grimm, tes posters de Pulp Fiction et de James Dean, ta vieille couette, tes premiers livres de droit, sont autant de petits soldats du sentiment qui partent à l'assaut de mon coeur d'artichaut et prennent  inmanquablement ma forteresse en une "blitzkrieg" à l'issue jouée d'avance?

Pourquoi les anecdotes de ta mère, les récits somme toute ordinaires de tes premiers genoux couronnés, me font le même effet qu'un film hollywoodien à grand spectacle?

Pourquoi toutes ces traces de toi, dans ta chambre de gamine, me font chavirer le palpitant et me retournent l'estomac?

Pourquoi les photos, toutes les photos (surtout celles que tu aurais voulu me cacher, oui, oui, je parle de ta bouille de première communiante au brushing "Feux de l'amour"), sont autant de ricochets dans ma petite mare personnelle? 

Pourquoi le simple fait de dormir avec toi, dans ton lit d'adolescente, alors que le chien ronfle au rez-de-chaussée et que la cheminée se met en veille, me pousse à croire, moi l'athée convaincue, l'agnostique sarcastique, que peut-être, au bout du compte, finalement, y'a un Vieil Emmerdeur, là-haut, qui entre deux gaffes monumentales, se permet parfois de donner un p'tit coup de pouce aux pauvres cons que nous sommes?

Eh, le Vieux!
T'es là?
Ah pardon, t'es un peu sourd...
Non, rien, laisse tomber.
Je voulais te balancer un truc gentil, pour une fois...un remerciement râleur et un peu forcé....pour m'avoir fait trébucher sur un ange égaré (tu peux pas regarder où tu ranges tes affaires, non?)

Mais je viens d'ouvrir mon journal, et j'ai changé d'avis.

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